Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 16 février 2016

Il suffit de passer le pont

Hendaye, province basque du Labourd, la Bidassoa vient épouser la mer dans la baie de Txinguidi.
Hendaye si près de l'Espagne qu'il suffit de passer un pont, à pied, pour aller boire un vermouth et sa traditionnelle olive dans ce bistrot frontalier, mi-ouvrier mi-canaille.
Hendaye où nous arrivions en ce vingt-six janvier pour une semaine chez ma soeur qui y habite désormais. La réception du pays fut fastueuse, le temps d'une douceur printanière mit aussitôt nos pardessus parisiens en incohérence et, lors de la promenade autour de la baie, avant l'incursion en terres hispaniques, le soleil plongea dans la mer en une révérence d'ombres argentées.

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Pays d'entre-deux, bout de France où l'on parle espagnol et tend la main à sa voisine riveraine Fontarrabie où les Espagnols pratiquent le français. Géographie déconcertante, la mer est toujours dominée par la montagne et l'ascension des hauteurs offre des panoramas de mer vastes comme ceux des cartes géographiques.
Douceur sereine de vents tièdes démentis sans crier gare par de rageuses averses qui contentes de  vous avoir trempés s'enfuient emportées par un nouveau souffle qui balayant le ciel des nuages cède à nouveau la place au soleil.
De la ville bâtie sur les hauteurs, les rues convergent vers la baie où le port de plaisance s'émaille de voiliers immobiles aucune brise ne venant imprimer ses frissons à l'étendue étale.
L'église de Fontarrabie sommée par l'ermitage de Guadalupe invite à la découverte, ce que nous ne manquerons pas de faire pour admirer Hendaye au-dela d'une frontière si floue qu'hormis le bouillonement légendaire des cités espagnoles contrastant avec le calme affairé des localités françaises rien ne viendrait matérialiser. Il est vrai aussi que culturellement nous sommes toujours en pays Basque, le parler régional pratiqué et revendiqué des deux côtés se juxtaposant aux langues nationales. (Je prie Dieu qu'aucun Basque basquisant ne me lise, on les dit assez chatouilleux sur cette notion de nation...)

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La ville d'Hendaye offre en elle-même le charme un peu suranné des petites villes de villégiature "hors saison", on a peine à croire que les mois d'été la population passe d'un peu plus de dix-sept mille habitants à plus de soixante-dix mille ; mais en cette période, fort heureusement la ville appartient aux Hendayais et la vie s'écoule au rythme des train-trains quotidiens de toutes les provinces.
Cependant l'afflux d'estivants qui après un bain de mer vont se dessaler dans les salles de jeux ont rendu le vieux casino mauresque trop exigu pour l'assouvissement de leur hasardeuse passion, aussi le vieil et charmant édifice a été remplacé par un machin moderne sans aucun intérêt ; cependant, rassurez-vous, mercantisation du monde oblige, les pittoresques arcades ne sont pas désertées et abritent tout un lot de commerces.
L'église Saint Vincent est, comme dans tout le pays basque resté très traditionnaliste, tenue dans un état de propreté à agiter de confusion le plumeau de la plus flamingande des flamandes ; le choeur riche d'ors et éclatant de rouge est accessible par une longue nef aux fameuses tribunes sommées d'une voûte aux travées à clefs pendantes, l'ensemble hésite entre pénombre et lumière, simplicité et raffinements pour un effet des plus particuliers et agréables dois-je dire.
A la sortie, nous notons que des automobilistes se signent en passant devant le vénérable monument.

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Bien heureusement rares auront été les jours où Dames Pluie et Bourrasque nous auront assigné à résidence, aussi avons-nous multiplié les parcours dans cette zone sans frontières passant d'un pays à l'autre sans que rien, hormis les panneaux indicateurs au double langage, vernaculaire et national, ne vienne nous préciser si nous sommes en Monarchie ou en République.
Les côtes sauvages s'échancrent parfois en plages ceinturées de charmantes localités comme Guéthary et Ciboure pour ne citer qu'elles, mais de toutes ces "stations balnéaires" rendues à leurs habitants pour quelques mois émane un parfum de temps arrêté.
La relation intime entre montagne et mer se fait toujours sentir sauf dans de charmants villages enchâssés dans leur couronne de cimes comme Biriatou ; Jorge Semprun l'écrivain déraciné de son pays par le totalitarisme franquiste s'éprit de ce village au point d'avoir désiré y dormir à jamais, si le retour triomphal en son pays d'origine en tant que ministre de la culture, lui a rendu les honneurs qu'il méritait, il lui refusera en revanche la réalisation de ce souhait et seule une stèle à la gloire de l'illustre rappelle son voeu inaccompli : "J'aurais désiré que mon corps fut enterré à Biriatou"...  

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Les lieux habités restent dans l'ensemble préservés, les constructions récentes se conformant au "style basque", plus ou moins interprété il faut bien le dire, si bien que les localités n'apparaissent pas caviardées d'édifices indiscrets et incongrus comme c'est hélas trop souvent le cas.
Ce même respect des identifiants locaux se manifeste également dans la préservation des espèces animales, sur la côte française une race singulière de vaches noires, trapues et laineuses est jalousement perpétuée, sur les montagnes qui mènent au col du Jaizkibel ce sont les fameux pottocks, ces poneys sauvages qui disputent les hautes pâtures à une race de moutons aux longues laines lisses et à une autre espèce bovine à la robe rousse plus svelte que celle de leurs consoeurs "d'en bas".

Outre ces agrestes contemplations, le pays basque est riche de sites urbains témoignant des fastes mondains d'époques révolues que rappellent casinos et hôtels au luxe suranné, l'animation y est constante même hors saison, les habitants arpentent les plages immenses en promenades sans fin jouissant de la clémence du climat ou surfent inlassablement dans les vagues qu'ils apprivoisent avec maestria. Ainsi San Sebastian, la symétrique de Biarritz sa concurrente en élégances, ourle de ses complications fin de siècle la spectaculaire plage dont la forme a déterminé le nom : la Concha, appelation ibérique de la coquille Saint-Jacques. 

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Qui connaît Fontarrabie ? Ce n'était pour moi jusqu'à présent qu'un nom de ville frontalière où les Français peuvent aller rapidement, comme à Irun, s'approvisionner en produits alimentaires, cigarettes, alcools et carburant à moindre prix.
Eh bien, la belle inconnue me réservait une surprise à la hauteur des richesses architecturales dont elle allait si généreusement me gratifier et qui, si elles eûssent été italiennes, figureraient sur tous les manuels d'Histoire de l'Art.
L'imposante église, dont nous avons dû nous contenter d'une visite extérieure pour cause de fermeture, occupe le centre de la ville haute d'où les rues de la vieille cité descendent vers les remparts et, plus loin le port.

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D'immenses et hautains blasons dévorent les façades des aristocratiques demeures, et comme les hidalgos pulllulaient dans ces Espagnes de toutes les vanités, ils sont nombreux à affirmer la noble lignée de ceux qui les firent édifier, ainsi, de palais en hôtels, la ville a quelque chose d'un armorial à ciel ouvert.
La ville basse, plus populaire est traversée par une large avenue plantée de platanes et bordée de singulières maisons de taille modeste tout droit surgies d'un conte d'Andersen, le soir tombe et à l'heure apéritive des vermouths et délicieux pinchos, ces délicieuses et variées mises en boucheailleurs appelés tapas, si les hommes et la jeunesse envahissent les bistros, les dames âgées, telles des parques dévident les fils de ce que je suppose être toutes les médisances. Vit-on jamais symposium de duègnes provinciales tresser couronnes de lauriers ou de roses ?

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Ayant sacrifié au rite d'un puissant  vin du cru et de ces délicieux pinchos plus haut évoqués et qui nous tiendront lieu de dîner, nous décidons de regagner nos pénates françaises, il est temps de mettre un terme à cette journée, d'ailleurs même les bateaux rentrent en ville s'accorder un repos bien mérité.

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Posté par Henri_Pierre à 11:39 - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

    Un bateau par ici, un Marin par là et je navigue dans un port sans salut (provisoire) je n'ai pas vu de porc noir, oubli ou bien ne suis-je pas en Basquie ? bises bucoliques

    Posté par Marie, mardi 16 février 2016 à 13:12
  • La baie de Chingoudi !

    J'adore cette région, oh que j'adore ! et comme tu en parles bien... Txinguidi ! ouiiii ! je la préfère ainsi ! Mille merci mon Henri-Pierre

    Posté par eva, mardi 16 février 2016 à 18:40
  • Decouverte

    Merci pour cette belle balade virtuelle mais qui me semble réelle
    Un coin de France et d'Espagne que je ne connais pas du tout!
    Ta belle écriture et tes photos donnent envie de corriger ceci au plus!
    Merci les joyeux voyageurs!

    Posté par Marco, jeudi 18 février 2016 à 13:30
  • Je suis ravie que vous aimiez et que vous en gardiez ces bons souvenirs. Je me mets à la recherche d'autres lieux et je vous en promets beaucoup d'autres ! On n'oublie pas Ficoba et ses vermouths ! mille bises.

    Posté par mitcha, vendredi 19 février 2016 à 13:51
  • les vaches

    A titre de renseignements, les vaches marrons sont une race sauvage et primitive transfrontalière portant l'appellation de Betizu ou Betiso. Quant aux noires à la tête ronde, ressemblant à des petits bisons, poilues, on ne les trouve que sur la route de la Corniche, menant de Hendaye à Ciboure.
    Pour Marie, j'ai des photos de cochons noirs basques mais je ne sais pas si sur le blog de H.P. je peux les joindre. Ou ne suis-je pas assez douée ?

    Posté par mitcha, vendredi 19 février 2016 à 13:59
  • @Marie : Je n'ai pas vu de porcs noirs, mais ma sœur Colette, se propose de t'en envoyer des photos afin de parachever ta documentation sur le bestiaure de Basquie

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 19 février 2016 à 15:54
  • @ Eva : Il est vrai que cette région si unique dans toutes ses mille et une hésitations est particulièrement attachante.

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 19 février 2016 à 15:57
  • @ Marco : Si j'ai été un bon ambassadeur pour cette région qui vaut tellement mieux que sa réputation de stations de vacances, je m'en réjouis.

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 19 février 2016 à 15:59
  • @ Mitcha : A moins que je sois moi-même handicapé de ce blog je ne pense pas que ce blog permette l'inclusion de photos dans les réponses. Pour les cochons noirs je te mets en relation avec Marie

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 19 février 2016 à 16:00
  • C est depuis mon travail que je découvre ton nouvel article Ét l espace de ma lecture , je me suis échappé dans des contrées d hendaye que je ne connaissais que de noms ! Ces mots agrémentés de superbes photos me donnent envie un jour de découvrir par moi même ces paysages ou d y étre convié 😜
    Merci à toi car chaque lecture m emmene dans des terrains méconnus tant géographiquement que personnellement .

    Posté par John doe, vendredi 19 février 2016 à 23:46
  • @ John Doe : Merci de ta visite, mon ami, et je suis heureux que mes petits mots trouvent un tel écho chez toi.

    Posté par Henri-Pierre, samedi 20 février 2016 à 09:02
  • voyage voyage

    et je t'accompagne
    de découvertes en découvertes
    et j'aime bien

    Posté par jeanne, jeudi 3 mars 2016 à 18:02
  • @ Jeanne : Et moi, tes visites me ravissent toujours

    Posté par Henri-Pierre, samedi 5 mars 2016 à 04:29
  • Merci pour ce partage qui donne envie d'évasion 😉👍

    Posté par Reglisse1973, mardi 10 mai 2016 à 21:16
  • @ Réglisse : Merci de ta visite

    Posté par Henri-Pierre, dimanche 15 mai 2016 à 18:37

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