lundi 9 novembre 2009
Al salir de La Habana

Matin de La Havane
Souffle le vent de La Havane, brouille le bleu de bourrasques aux palmiers ébouriffés et délaie les nuages en un nouvel azur implacable. Chaleurs moites, touffeurs suffocantes, brûlures du soleil et, une ou deux fois, trois gouttes d'eau épaisse qui saturent encore plus un air salin imbibé de cette mer toujours présente.
.
.
Inconsolable Espagne
Comme je comprends la nostalgie tragique des Espagnols lorsqu'ils t'on perdue, séductrice rebelle, le traumatisme du désenchantement a été si grand qu'il en est sorti une génération d'écrivains parmi les plus marquants de la littérature espagnole : « la generacion del 98 », mouvement moderniste qui, après la déroute de la guerre contre les Etats-Unis, refuse le rêve d'une Espagne idéale pour regarder leur pays droit dans les yeux : la perte des dernières colonies, dont Cuba, ne peut plus masquer la faiblesse du pays. De ce désenchantement salutaire et apocalyptique naîtra une des plus belles périodes de la littérature occidentale.
Inexorablement Cuba, sous le joug américain, devient un pays serf gouverné par des présidents fantoches où les mafias du monde entier mènent joyeuse vie. Le peuple, lui s'enfonce de plus en plus dans la misère.
En sens inverse, tout à La Havane rappelle ce riche passé colonial, la culture y est avant tout hispanique et le fond catholique s'est enrichi de cultes d'origine Africaine, les Orishas, ce qui n'est, somme toute, pas plus aberrant que les multiples superstitions qui, en palimpseste, se sont perpétuées en terres chrétiennes.
Les maisons racontent l'Histoire...
L'architecture de La Havane raconte avec précision les vicissitudes de son histoire, les vieilles maisons coloniales de Habana la vieja, hautaines et aristocratiques disent la morgue d'une société où la noblesse austère et corsetée tenait les rênes de la jeune colonie. Les églises, baroques s'enivrent de leurs courbes et contre-courbes, véritable cantique de désordres organisés.
Le dix-neuvième siècle entre néo-classicisme et historicisme de Centro Habana marque comme dans le Paris de la même époque la toute puissance de la bourgeoisie, le code du mérite a remplacé celui du l'honneur.
Le luxe s'étale avec insolence jusques en cette pharmacie néo-gothique de 1848 qui mérite le statut de chef d'œuvre de l'architecture d'intérieur.
... et la décoration aussi
Les hautes fenêtres en plein cintre des maisons fastueuses s'ornent, dans l'arc de magnifiques jeux de vitres multicolores aux motifs rayonnants, les « medio punto », Art Nouveau et Art-Déco se déclinent sur un mode plus « international », nous sommes sous tutelle américaine, habileté et richesse du répertoire n'empêchent pas de constater que l'identité nationale est bafouée ou tout au moins délaissée. C'est d'ailleurs à ce moment là, sous la froide exigence de l'argent-roi, que le fossé social se creuse, que la cohésion sociale s'effrite et que les Américains triomphants et autistes, tracent déjà la voie de leur déroute.
Je passerai sous silence le faste glacial et vulgaire du Congrès et du Palais présidentiel qui, en plein vingtième siècle (vers 1927) s'inspirent des lourdeurs du style officiel de la Troisième République. Ils sont transformés en musées et il est étrange de voir les vêtements tâchés de sang des libérateurs de Cuba sous les plafonds emberlificotés de la demeure du sinistre Batista. C'est là leur seul intérêt. En revanche, tout au long du vingtième siècle les nouveaux styles ont continué à s'épanouir dans la ville qui, de plus en plus, s'est étendue le long de l'interminable boulevard longeant la mer, le Malecon.
La Place de la Révolution, siège du pouvoir actuel, est, au milieu d'une végétation luxuriante, l'application des exercices de grammaire du répertoire soviétique.Des demeures d'autrefois sont devenues des musées représentatifs du mode de vie des privilégiés des siècles passés, ainsi si le palais du gouverneur témoigne de la grandeur des époques seigneuriales, le musée des colonies restitue le calme feutré et cossu de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle, tandis que le musée des arts décoratifs, copie exacte d'un château de Chantilly érigé par telle Comtesse ou Marquise en 1927 et réquisitionné par l'État en 1959 est un hommage à l'art classique Français ; dans le grand salon j'ai même retrouvé Marie-Antoinette sur un secrétaire lui ayant appartenu ; avant la rencontre, dans le vestibule, on est accueilli par deux magnifiques Hubert Robert.
.
Et la vie continue...
Ainsi à la beauté très « earl fifties » du grand hôtel où aux débuts de sa carrière s'installa Fidel Castro et à l'architecture fort futuriste du célèbre glacier Copélia répond dans le vieux quartier l'expression artistique sauvage et décalée de la jeune génération.
Déclins et résurrections
Le blocus économique infligé par les Américains et l'effondrement de l'Empire Soviétique, laissèrent le pays sans ressource aucune, aussi les palais les plus prestigieux sont passés progressivement du défraîchissement à la semi-ruine.
Dégradations et avilissements commencent à reculer de plus en plus devant un très ambitieux programme de restauration qui, tout en rendant son éclat aux rues de la ville a l'intelligence de respecter la vocation d'habitation ; La Havane, sa jeunesse retrouvée restera une ville habitée.
Les réhabilitations font refleurir les témoignages d'un art à redécouvrir et qui mériterait étude et monographie, les fresques murales qui, de scènes galantes en paysages et frises, constituent une expression artistique très particulière aux XVIIIe et XIXe siècles.
A pied, à cheval, en voiture
Les voitures particulières sont rares et la plupart vétustes, on trouve encore, de ci de là, quelques « Trabant » vestiges du partenariat soviétique. Mais le blocus a figé le parc automobile dans les années cinquante, les « belles américaines » plus ou moins entretenues, aux revêtements des sièges à fleur de ressorts et les ressorts à fleur d'amortisseurs défaillants rendent le voyage aussi amusant qu'inconfortable.Pour le reste, eh bien on bricole, la production nationale de cocos-taxis qui ne sont jamais que des triporteurs malicieusement et judicieusement « customisés » en forme de noix de coco, mais loin de tout ce luxe, les cyclo-pousses bricolés sont le pain quotidien des habitants de La Havane à moins qu'ils n'optent pour le choix d'un vieil autobus brinqueballant dont l'âge n'a en rien amputé la vaillance.
Quelques automobiles et autobus modernes sont le signe d'une récente ouverture.Évidemment je passe sous silence les sempiternelles calèches hippomobiles où les plus ou moins belles touristes se donnent des allures de Scarlett O'Hara qui aurait laissé sa crinoline au vestiaire.
Et, pour la fin, le plus délectable : les cubains
Que dire de ce peuple sans l'affadir, le simplifier ou le trahir ?
Je dirai simplement que je l'aime, infiniment, et qu'il me bouleverse au plus profond.
Peuple métissé, visages chocolat aux yeux d'océan ou blondeur éclatante sur teint pain d'épice.
Volupté passive des gros culs affublés de shorts fluorescents et trimballés dans une cadence molle et langoureuse à damner un Fellini.
Jeunes hommes si minces, si à la mode et au regard assassin. Yeux-revolver.Jeunes filles obéissant à la tradition de la pose devant le photographe le jour de leurs quinze ans en amples robes « historiques » et volantées tenant avec grâce leur ombrelle à la main.
Papys occidentaux se pavanant au bras de délicieux tendrons qui achètent ainsi leur image de mannequin de luxe.
Vie extérieure, abandon dans les poses et dans la vêture réduite, à tout âge aux strictes limites de la décence la moins exigeante, l'impudeur est toujours frôlée, mais évitée par la si douce nonchalence
Lumières chiches, la nuit du pays de la pénurie est très peu éclairée, les rayons des magasins aussi sont à peine fournis.
Mais il n'y a pas un seul mendiant, vous êtes certes sollicités pour des cigares ou pour des filles, mais personne ne tend la main.
L'état fournit le nécessaire en nourriture et aussi les soins médicaux les plus avancés, j'apprends que les médecins cubains sont parmi les plus réputés.
Pénurie matérielle, certes, mais quelle soif de culture ; d'anciennes demeures aristocratiques sont transformées en écoles primaires et l'université est offerte à tous.Malgré l'embargo, les Cubains ont préservé leur fierté et, annonciatrice d'une nouvelle aube que je pressens prochaine, la course au savoir est frénétique.
La doxa conservatrice et homophobe se dissoudra dans cet appétit de construction d'un monde à l'image de ce peuple en reconquête de lui-même.
Quels que soient les excès d'un régime fossilisé depuis trop longtemps il a su rendre aux cubains la fierté que l'occupation néo-coloniale des américains lui avait volée.
Les épiceries sont pauvres, mais partout, partout, des librairies ouvertes et fréquentés, des étals de libraires et en plein air ; et même si le portrait du Che et les ouvrages qui lui sont consacrés pullulent ad nauseam, le livre, en maître, règne partout.
Le musée des Beaux-Arts, étonnant témoignage de la prospérité d'autrefois est scrupuleusement entretenu dans les murs de l'ancien et somptueux cercle des galiciens, il regorge d'œuvres innombrables et capitales, de Memling à Sorolla.
Je n'ai pas osé trop voler leur image aux gens, mais eux m'ont volé de mon âme,
Il me vient une idée, comme une évidence, ce peuple est à l'image de sa musique, il vous enveloppe, vous séduit de toute cette gaîté doucement affichée masquant avec élégance les abîmes insondables d'un fond de tristesse, de nostalgie naturelles. Les regards ne trompent pas.
Voici quelques portraits d'atmosphère, communs peut-être, mais qui pour moi disent tellement.
Je te quitte La Havane, et, sur ce dernier crépuscule s'accroche une part de mon cœur que je te laisse pour un retour.

I cry for you
mercredi 21 octobre 2009
Climats

En ce début d'octobre au Maroc l'été était encore à son apothéose et la chaleur assez inhabituelle pour cette arrière saison, les nuages du soir, roses du souvenir des incendies diurnes, semblaient en suspension ouatée, immobiles au dessus des minarets à l'heure de la dernière prière.
A Bab Doukkala, franchis les remparts qui enserrent la vieille médina, les bicyclettes-enseignes proposent les services des artisans sans boutiques qui se louent à la tâche.
A Casablanca, nous retrouvons avec bonheur l'ex club des marins américains, le Seamen's au décor intact des années cinquante où nous avons désormais nos habitudes.
Je suis toujours fasciné par les nostalgies de mondes qu'on n'a pas connus...
La surprise du voyage se révèle être Meknès, je n'y étais pas retourné depuis de nombreuses années, et gardai seulement le souvenir des prestigieux monuments fruit de la fièvre constructrice du grand monarque que fut Moulay Ismaïl : porte admirablement restaurée, délirants haras et ce mausolée, seul lieu saint où un non-musulman puisse entrer au Maroc.
Ces monuments là, inclus dans le circuit "Villes impériales" proposé par les voyagistes, font le plein de touristes qui ne font que passer à Meknès.
De ce fait, la médina, propre et accueillante est restée miraculeusement préservée, son lacis de ruelles hanté de félins omniprésents et voluptueusement alanguis au soleil, sert d'écrin à une médersa mérinide bâtie en 1358 par Abou Inan où est restée intacte une atmosphère d'aimable reccueillement sous les voûtes de cèdre, les dentelles de stuc et les zelliges chatoyants.
De cette ville si attachante, préservée, accueillante et nullement vendue aux excès du tourisme, je veux pour symbole cette jeune fille-fleur à la beauté sauvage et quelque peu altière sous l'ondoiement soyeux de sa djellaba violette.
Cernée d'oliviers, majestueusement étagée sur deux pitons rocheux, Moulay Idriss, première ville musulmane du Maroc et, à ce titre, sainte abrite le tombeau du fondateur de la première dynastie Marocaine les Idrisides, il n'est bien sûr pas question de pénétrer dans le mausolée de celui qui fût aussi le bâtisseur de fès ; alors nous montons à l'assaut de ses ruelles pentues au milieu de l'indifférence générale, les cafés retentissent des exclamations des mâles palabreurs tandis que les femmes vaquent à leurs tâches ménagères quand, soudain, un jeune cavalier, capte nos regards malicieusement et nous offre un échantillon de sa virtuosité de voltigeur, en équilibe à genoux, au galop de son... âne. Moment de grâce facétieuse qui met de la musique en tête.
.
.
Volubilis n'est pas Pompéï, alors, libérés de leur rôle de surveillant à crocs, les chiens dont aucun "cave canem" ne vient troubler la léthargie, s'abandonnent aux bonheurs des zones de soleil ombragé tout en quémandant, dès qu'on les regarde, une caresse qui clot leurs yeux de volupté.
De primesautières petites huppes couleur de terre viennent narguer votre objectif, et, irrespectueuses de la majesté des colonnes antiques, les cigognes coiffent les chapiteaux de la chevelure ébourrifée de leurs nids.
Puis enfin Fès, Fès la mystérieuse, l'antithèse du Marrakech à la bruyante joie de vivre, Fès l'intellectuelle, effleurée par les flots de touristes qui jamais n'en percent les secrets.
Fès dans sa cuvette glaciale en hiver et chauffée à blanc en été.
Fès où le temps arrêté ne nuit en rien à la fièvre du négoce.
Métropole aristocratique encombrée d'ânes, de mulets et de chats qui conditionnent les déambulations des passants dans ses ruelles grouillantes.
Qui dira jamais la ténébreuse beauté de tes impasses nocturnes, la vie intense de tes multiples fontaines où, surpris par sa toilette ce jeune homme ne semble pas réticent au vol de son effigie ; admirables fontaines de cette ville d'eaux, l'oued Fès, canalisé, traversant même l'admirable médersa Bou Inania qui, contrairement à son homologue de Meknès, est toujours en activité.
Ce vénérable sage donne dans cette ville, pourtant occidentale, un avant goût de l'Orient ; il arpente de ses babouches jaunes les délicatesses de l'art Andalou dont cette médersa est un des plus inestimables joyaux.
On n'en finirait pas de vanter les multiples beautés de cette ville unique au monde, une de celles que je préfère, mais le voyage touche à sa fin et nous ne rejoindrons Marrakech qu'après plus de dix heures de route, alors que la nuit nous vole peu à peu les splendides paysages que nous traversons.
Puis ce fut le retour à Paris, et Charmes où, le matin, la maison fantômatique, émerge des brumes et du givre comme un songe de palais de Belle-au-bois-Dormant.
Les fruits de l'automne alourdissent la brouette de Charles le jardinier, et l'épine royale se couvre de ses baies écarlates éclatantes sous le soleil qui finit, tardivement, par s'installer.
Il a fallu remettre le chauffage en marche, le temps des feux de bois est revenu.

Épilogue :
Aujourd'hui j'ai fermé le Pavillon des Thés et mis à l'abri les grands éventails de papier qui ornent ses murs pour lesquels les rigueurs humides à venir seraient assassines. J'ai donné un tour de clef aussi à la porte de l'orangerie.
Demain je quitte Charmes pour Paris, et, samedi, m'envole pour La Havane.
Vers un autre climat...
mardi 29 septembre 2009
Rien, un petit rien
Un rien, échoué, suite à la fortune des transmissions, sur cette coiffeuse de la "chambre des iris".
Ce rien c'est cet angelot porte-miroir que vous apercevez sur la gauche du meuble.
Quel fut l'itinéraire de ce putto à la lisière de la laideur ?
Si j'en juge par son époque, charnière du dix-neuvième et du vingtième siècle, il dût appartenir à la deuxième épouse de mon grand'père Jules avant qu'il n'épousât sa très très jeune cuisinière, Marie, ma grand'mère.
L'ornement dut aller de l'appartement de Bordeaux à la villa d'Arès, et après un passage à Moumour, petit village au nom si rigolo près d'Oloron-Sainte-Marie où s'était retirée Marie la jeune veuve, il échut en mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept à Henriette, et, dans ce désordre charmant et inextricable dont elle seule avait le secret, il émergeait des autres riens qui encombraient sa table de chevet gauche.
Suite à la disparition de maman, le voici arrivé en cette chambre de Charmes.
Parle-moi donc un peu, bibelot de semi-pacotille, fus-tu acquis dans le rayon "décoration" d'un grand magasin tel que "Aux Dames de France" de Bordeaux ou dans un de ces boutiques de frivolités de cette volage "Belle-Epoque" ? As-tu été un choix ou un cadeau ?
En tout cas, dérisoire ornement, tu manques singulièrement d'audace, tu ignores avec dédain les formes de l' Art Nouveau que les bourgeois de "bon goût" appelaient, dans une moue de mépris, le "style nouille" ; oui, tu es bien timoré face au vase et à l'encrier qui te tiennent compagnie et qui, eux, sont résolument "modernes".
Tu restes terriblement conventionnel et représentatif de cette "République des Jules", troisième du nom et où le "bon ton" voulait que le salon soit de ce Louis XVI raide et empesé de fabrication récente, la chambre à coucher du Louis XV lourd et pâteux des fabrications en série de l'époque et la salle-à-manger de cet inévitable Henri II au répertoire "Renaissance" répété ad nauséam.
Sur ce socle de marbre d'un rose pâle les pieds qui te supportent sont vaguement rocaille tandis que les guirlandes et les perles qui décorent la monstueuse mandoline ue tu supportes sur ton épaule droite se veulent une évocation du style de Trianon.
Mélange des styles, "historicisme" de pacotille, si représentatifs du "goût bourgeois", précautionneux et vaguement vulgaire, repu de références desséchées.
Mais toi, petit elfe au périzonium en goguette, quelle fut ton histoire ? Tu as dû en subir des malheurs, pourquoi le manche de ta mandoline dont le miroir biseauté ne sert qu'à réfléchir passivement s'est-il brisé ?
La médiocrité du composant qui te constitue, un régule incertain et la disproportion entre la lourdeiur de la caisse et la fragilité du manche ont eu raison de ta résistance. A moins qu'une chute ou un mouvement de colère...
Et cette couverte d'un bistre douteux qui te recouvre ? Masque t-elle la précoce dégradation de la matière ou est-elle une tentative plus tardive de "rajeunissement" ?
Qu'as-tu reflété ? Ou qui ? Par hasard je suppose car l'exiguité de ta surface pouvait tout au plus permettre une rapide retouche du fard.
Tes profondeurs virtuelles ont-elles gardé en souvenir les visages qui, parcellairement, ont été piégés par ton reflet ? Dans ce cas je suis désormais ajouté au vivier des vanités ou des rages que tu recèles.
Tu ne dis rien, taiseux, figé, mièvrement laid ; ton instrument abîmé, tu gardes coites tes paupières inertes, la lèpre de la peinture qui t'enrobe n'ajoute rien à l'idéal d'insignifiance que tu représentes ; dans un marché aux puces tu serais vendu dans un bric-à-brac de "tout à cinq euros" et on te marchanderait à trois.
Mais tu as eu une vie de témoin, tu as voyagé, tu as trouvé ta place ici ; tu fais partie de l'itinéraire qui t'a amené jusqu'à moi.
Je crois que je t'aime.
Un peu ?
Attends-moi sagement, je pars à Marrakech prolonger un peu l'été, jusqu'au treize.
Peut-être, au retour, un reflet de ton sourire s'animera t'il sur ta vilaine petite bouche...






















































