Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 16 juin 2009

L'ombre s'enfuit...

Premiers mots de cette chanson de Tino Rossi intitulée "Tristesse" parce que composée sur la musique éponyme de Chopin.
Je n'ai pas d'affection, ou plutôt je n'avais pas d'affection, particulière pour ce chanteur "de charme".
Mais un être cher l'aimait et, quasiment en même temps que j'en découvrais les paroles griffonnées à la hâte sur une enveloppe de fortune, je trouvai, au hasard d'une brocante de Marrakech, un crayon quelque peu malhabile du compositeur.

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L'ombre s'enfuit...
Les mots me hantent, se sont fichés en moi et ne me quittent plus.
L'ombre qui s'enfuie n'est pas celle qui annonce l'aube, car cette ombre-là ne fuit pas, elle s'efface.
Qui es-tu ombre fugace, démone insaisissable ? Les traits ou la silhouette des aimés disparus et qui peu à peu se dissolvent dans les méandres des incertains des souvenirs qui se dérobent ?
L'ombre d'un amour que la nécessité de vivre entoure des gazes des défaillances de la mémoire ?
Ces mots me submergent de nostalgie car ces ombres vaporeuses qui, comme de sombres écheveaux d'étoupe, s'effilochent et désertent nos pensées, rampantes et implacables, doucereuses et cruelles, sont celles des "jamais plus".

Pour qu'elles ne fuient plus, ces ombres délicieusement mortifères, j'ai essayé de les tuer en allumant cette lampe à l'abat-jour d'incandescence.
J'ai cru l'anéantir cette ombre, mais soudain, la tourmente s'est levée sur la ville, et, dans une sarabande infernale, les lumières tueuses tentaient de précipiter la fuite des ombres.

Mon cœur béant battait l'apocalypse, enivré du vaste chagrin des vides démesurés.

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Que ne puis-je retenir ton ombre ?

Posté par Henri_Pierre à 17:47 - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 4 juin 2009

Des arrois et désarrois

Vingt-huit ans, Casablanca

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La rue, la ville, le monde, je les regardais du haut de mon balcon.

Henri-Pierre semblait avoir encore la vie devant lui, du moins en apparence, mais déjà le ver était dans la pomme puisque dès l'âge de dix-neuf ans le fervent lecteur de Lautréamont savait que si à dix-huit ans on n'a rien fait on ne fera jamais rien.
Trop vieux sous l'apparence d'une extrême jeunesse attardée.
Un vieil adolescent.
Bourré disait-on de talents mais aux multiples possibilitées avortées par cette maudite tendance à la procrastination.
Alors je dessinaillais, écrivallais avec plus ou moins de bonheur et ma vanité consciente de l'imperfection détruisait cycliquement ce qui avait été construit.
Henri-Pierre, Pénélope de l'inaccompli.

Certes je cultivais un art avec bonheur, le plus facile, celui de la séduction, affublé de la dernière chemise à la mode le jour et d'un gilet lamé d'argent en soirée.
Je savais rire et faire rire.
Et manier le paradoxe lors des conversations. Je connaissais aussi par coeur tous les codes sociaux d'un monde encore très référencé.
Je plaisais, pour un temps bien sûr, car rares sont les attachements qui ne s'enlisent pas dans le quotidien ; alors Henri-Pierre s'était inventé une malédiction "je séduis, mais je n'attache pas".

J'eus des amours passionnées et malheureuses, car ne sachant pas quitter j'étais toujours quitté.

Je me vengeais bien en rentrant à Paris où je décidai de cumuler les conquêtes sans jamais rien donner en échange. Quelques égratignures au coeur sparadrapées de rires bruyants ne faisaient que passer.
Jusqu'à un soir d'un printemps de Saint-Germain-des-Prés où un amour instantané devint un attachement pérenne.
Je remercie cet amour tous les jours pour avoir imprimé un sens à mes errances.

Henri-Pierre et sa joie de vivre, Henri-Pierre et son mal de vivre.

Une seule réussite à l'actif d'Henri-Pierre : un paysage affectif qui est son seul moteur de vie.
Mais il n'en est pas le seul responsable.

J'avais vingt-huit ans, je me croyais vieux et je me gaspillais, mais mes aspirations dépassaient le monde et j'avais la misère conquérante.
Je regrette tout ce que j'aurais pu faire car je crois de moins en moins que je ferai.
Mais au moins suis-je resté lucide et gardé de toute arrogance, de tout mépris.

Comme une vie, pourtant si mouvementée, vous paraît soudain dérisoire et pauvre.

Pourquoi, après le départ d'Henriette, le triste tri qui a suivi son absence m'a t'il jeté cette image froissée en plein coeur ?

Casablanca, j'avais vingt-huit ans.

Posté par Henri_Pierre à 17:46 - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 28 mai 2009

Tu aimais les fleurs

Tu aimais les fleurs Henriette.
Lors de la célébration religieuse ta fille Colette, ma sœur, a bien dit que sous tes doigts le moindre brin d'herbe devenait espoir d'une rose.
Si dans ton appartement et ton balcon, ta jungle dépossédée s'étiole, les fleurs, innombrables, sont venues masquer pour un temps la scandaleuse froideur de la terre qui t'ensevelit désormais.
L'amour que tu as semé t'a été rendu en des milliers de pétales qui au-delà de leur flétrissure et de leur propre mort continueront à clamer le vide irrémédiable que tu as laissé ; j'en veux pour témoin l'éternel cri muet de ce coq si près de ton lit végétal.

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J'ai froid maman, froid de toi ; nous tous tes enfants, et Paul le si fidèle, et tous les innombrables parents et amis qui ont eu le privilège de s'émerveiller de la beauté restée intacte de ton sourire et des paysages contrastés de tes yeux d'océan sommes désorientés par la perte de ton sillage.

 

Tout est douleur, Henriette, parce que tout parle de toi, la ténuité pure de ce dernier arc-en-ciel, comme l'embrasement de ma dernière nuit Bordelaise et les mille lucioles que la ville, à nos pieds, avait allumées pour toi.

arcVillefeu

Abandonné sur ta table de chevet, ton téléphone est là qui me vrille le cœur, tu n'as jamais été très douée pour les nouvelles technologies et l'objet est posé sur le répertoire papier où, d'une écriture devenue maladroite, tu avais écrit les numéros de ton quotidien.

t_l_phone

De retour à Paris je t'ai appelée, uniquement pour te dire sur cette messagerie de l'inutile que tu ne pourras plus écouter, combien je t'aime.

Posté par Henri_Pierre à 19:31 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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