jeudi 1 mai 2008
Le petit tailleur outremer
Marrakech, ses séduisantes sollicitations des sens et l'innocente rouerie des regards qui zèbrent la paresse des déambulations...
Mais je n'ai pas l'âme aux exotismes, une image diffusée par la presse il y a deux ou trois ans est reprise par Le Nouvel Observateur, se superpose en palimpseste à toutes mes pensées, me hante et me révolte ; la voici :
Cette jolie jeune femme au tailleur couleur bleue d'outremer, accusée de meurtre, va être exécutée, là, immédiatement, d'une balle dans la nuque.
Une corde entoure son cou délicat, et, fortement tirée en arrière, comprime sa gorge l'empêchant de proférer le moindre mot.
Nous sommes en Chine, c'est loin, outre bien des mers...
La femme qui va mourir est solidement maintenue par de jeunes militaires ; leur implacable séduction glaciale a la grâce vénéneuse des Anges de la Mort ; inhumains, ils continueront à vivre après que les yeux fermés de la dame au tailleur couleur outremer aborderont d'autres rivages, outre les mers de la vie terrestre.
Elle ne peut rien dire, on lui a refusé toute possibilité de s'indigner ou bien de demander grâce, de se répandre en injures ou d'accepter dignement son sort ; voudrait'elle demander pardon ou crier son innocence bafouée ?
Nul ne le saura jamais.
Et cet élégant tailleur sous lequel bat encore un coeur, fut'il acheté en confection ? Et dans ce cas j'imagine la complaisance du regard de la coquette sur les miroirs de la boutique de mode.
Mais peut-être ce vêtement fut'il fait sur mesures par une couturière experte ? j'imagine les scènes d'essayage, le difficile choix de la longueur de l'ourlet et les polémiques autour des pinces qui devaient donner à l'étoffe la douceur d'une caresse sur le corps.
Mais, si ça se trouve c'était un tailleur-pantalon.
Pour l'heure le soin mis par l'accusée à paraître à son avantage devant les jurés est nié par la brutalité de la scène qui a bousculé l'ordonnancement du col.
Fut elle ou non coupable du forfait dont on la charge, cette jeune personne au teint de porcelaine ? Dans ce cas quelles circonstances poussèrent la jolie femme à supprimer une vie ? La jalousie, la vengeance ou la réparation d'un dommage ?
Pourquoi ne l'a t'on pas laissé seule, face à elle même, pour dérouler à l'envers le fil de sa vie et comprendre ce qu'elle a fait ?
Voilà une justice qui, la rendant à elle-même, aurait rendu de la dignité à tous les acteurs du drame, y compris l'être assassiné.
Qui peut justifier une "justice" qui sanctionne en répétant l'acte sanctionné ?
Mais, est elle vraiment une meurtrière la dame à la frange impeccable, la dame au tailleur bleu d'outremer ? Tellement de fausses accusations sont le lot quotidien dans ces régimes assis sur la négation des libertés...
Depuis longtemps le frêle corps a été rendu à la terre, à moins que ses yeux ou bien ses reins ou quelque autre organe aient fait l'objet d'un effroyable commerce dont seules les geôles Chinoises connaissent le secret.
La dame au tailleur outremer me hante, je la laisse faire, peut être celà lui rend'il un peu d'une vie trop tôt achevée dans l'effroi et la brutalité.
Vraiment, peut-on cautionner un tel système ?
vendredi 25 avril 2008
Eclipse ?
Éclipse n'est pas oubli...
Non, mes si chers, mes fidèles, tous ces derniers temps mon esprit et mon cœur, sans cesse modulaient les mots et les phrases que j'avais tellement envie de vous offrir mais qu'un agenda pléthorique, m'éloignant du clavier, en rendait l'expression impossible.
Voyez quelques-uns des coupables qui m'ont momentanément tenu éloigné de vous.
Leur en tiendriez-vous rigueur ?
Je prends leur défense, les joies intenses qu'ils m'ont apportées sont ces richesses inestimables qui, donnant des couleurs à mon temps, diapreront de lumière les chemins que mes écrits proposent à vos promenades en mon domaine.
Ils m'ont soustrait à vous pour mieux me rendre à votre bienveillant intérêt.
Les voici, nous voici.
Je les ai quittés, après la soutenance de leur mémoire en ce début d'après-midi ; leurs facéties et leur implication, leur tendresse friponne, leurs ignorances et leur avidité de savoir éclairent ces débuts d'itinéraire que je leur voudrais si accompli.
Ah, si la réalité économique et le contexte social étaient à la mesure de leurs attentes et de leurs ardeurs !
Le monde serait, j'en suis certain, justifié tellement ils sont réconciliants.
Bonne chance mes chers étudiants, soyez les jalons d'une marche vers le mieux, que ce que nous vous offrons, vous offrirons, soit à la hauteur de ce que votre jeune enthousiasme est en droit d'exiger de la vie.
Soyez au moins sûr que si mon modeste enseignement avait tant soit peu contribué à affirmer vos pas j'en tirerais justification et fierté.
Charmes, ce dernier week-end, hésitait entre ondées et soleil, l'objectif de Julien a su capter avec sensibilité ces sombres fulgurances que n'aurait pas désavouées Ruysdael.
Les arbres dressaient leurs haubans et la Haute-Marne nous jouait la comédie d'une marine ; abusé, le ciel se noyait dans les eaux de la source.
En ce printemps frileux, la tendresse des fleurs du verger chantaient un air de promesses qui rendaient incongrus les piquants des chardons de l'an dernier qui, pour se consoler, tentaient un flirt avec les barbelés.
Les renoncules d'eau, déjà mourants, disaient que malgré la fraîcheur de l'air, le printemps, inexorablement, continuait sa progression.
Ainsi le temps de nos attentes et de nos déceptions aussi bien que de nos joies continue, opiniâtre, à tisser sa toile. Araignée de nos jours, que nous réserve le fil inexorable et ténu que ta laborieuse attente dissimule sous les leurres les plus séduisants ? Es-tu Parque ou Chronos ?
Ou les deux ...
Dans trois heures je m'envole vers Marrakech, ses zelliges et ses poussières, ses fontaines et ses cornes de gazelle.
Ainsi jusqu'au 9 mai je serai moins assidu.
Mais de mon cyber-aquarium, au pied de la Koutoubia, je viendrai vous dire que "loin" n'existe pas.
P.S. Les photos de Charmes (non, non, pas les photos de charme, ne rêvez pas) qui illustrent ce billet sont dues à Julien et Jean-Christophe que je remercie.
vendredi 11 avril 2008
Livre précieux, livre témoin
Hier, à dîner, J-P B nous a honoré de sa présence et comblés de ce présent.
La carrière de J-P s'est déroulée dans la cadre des Affaires Culturelles, et à Zagreb en particulier où il a dirigé, en pleine guerre, l'Institut Français.
C'est en cette période troublée et secouée des spasmes qui mirent à feu et à sang l'Europe de l'Est que fut édité ce livre, véritable miracle incongru dans ce contexte de haines et de passions.
Sur fond de déflagrations, il y avait à Zagreb, une présence culturelle qui, se penchant sur les manifestations baroques de la culture Croate, témoignait d'une dimension humaine dans l'abomination.
Un sourire d'Ange dans l'enfer.
Le maigre tirage d'une grande qualité artistique est depuis longtemps épuisé et cette transmission n'en a que plus de valeur ; le délicieux humaniste m'assure aussi qu'au sortir de la presse le livre était imprégné de fragrances d'encens pour accompagner les illustrations de la sensation olfactive qui règne dans les églises, écrins de toutes ces beautés.
Le parfum fugace est évanoui ; avec beaucoup d'insistance et une bonne dose de foi, je crois que mon nez a su capter encore quelques traces des effluves.
Baudelaire et les correspondances des sens vivent donc toujours dans l'esprit Français lorsqu'il se donne enfin la peine de se manifester.
Mais, il y a de cela trois ou quatre ans l'Institut Français de Zagreb a été,comme tant d'autres, supprimé.
Pourquoi la droite qui maintient et soutient sa présence militaire à l'étranger se soucie-t'elle si peu du rayonnement culturel de la France ?
Pendant ce temps l'Anglais continue à asphyxier les autres parlers. Et nous sommes complices...















