Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

samedi 14 juillet 2018

De fer, de feu, de labeur et de sueur

La Haute-Marne, là où la Champagne s'apprête à flirter avec les Vosges, n'a pas toujours été le désert que l'on sait, La maîtrise du feu par l'homme, depuis les temps d'avant l'Histoire jusqu'à la fin du XIXe siècle, érigea cette région en centre incontesté de la sidérurgie, unissant mutatis mutandis dans une même chaîne les lointains hommes de la forêt et leurs fourneaux rudimentaires aux opulents maîtres de forge aux hauts fourneaux de plus en plus sophistiqués.
Vulcains vêtus de peaux de bête ou coiffés de huit-reflets, héritiers d'une même vocation, ces lignées allaient façonner le pays dans une spécificité bien particulière qui essaie encore tant bien que mal de se maintenir.
Les archives de Charmes en l'Angle attestent que la maison que j'habite fut  l'un des berceaux de cette production, le plus ancien document l'attestant date de 1576 (l'activité étant bien antérieure) jusqu'en 1876, date à laquelle l'usine ne trouva plus preneur : le travail du fer s'était déplacé vers la Lorraine riche en eaux vives et en minerai.
Lorraine, coeur d'acier volé à cette région désormais mienne...
Tous ces bâtiments figurant sur ce relevé de 1838 ont, à part la halle à charbon du bas devenue grange agricole, disparu ; allées, pelouses, grands arbres et verger en ont effacé les traces, mais des entrailles de la terre remontent toujours ces scories industrielles semblables à des cailloux d'obsidienne aux arêtes coupantes.

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Sommevoire et Osne-le-Val furent deux capitales de la fonte, les fonderies du Val d'Osne créées en 1836 par Jean-Pierre-Victor André furent rachetées en 1857 par Antoine Durenne qui avait déja acquis Sommevoire en 1856.
Les productions de Haute-marne allaient orner, à l'instar de Paris, de Washington à Bucarest et à Buenos-Aires, les villes les plus prestigieuses ; Citons au hasard : entrées de métro Guimard, fontaines Wallace, pont Alexandre III, parvis du musée d'Orsay avec les statues commandées pour l'exposition universelle de 1878 ("Cheval à la herse" de Rouillard et "Jeune éléphant pris au piège" de Frémiet)
Osne ferma ses portes en 1986 et toute l'activité se concentre désormais sur le site de Sommevoire qui, ayant fusionné avec Eclarec (éclairage urbain en acier), tourne à plein régime et a du mal à accroître sa production, le métier et le lieu n'attirent guère et la dernière école de fonderie de Chaumont a fermé ses portes.
Il me semble important de dire que les modèles en plâtre, matrices pour les moules d'où sortent fontaines et statues, étaient entreposées dans un hangar et vouées à la destruction, ladite statuaire a été sauvée suite à une importante mobilisation et la forte implication de Madame Anne Pingeot. Les sujets groupés dans une mise en scène fantomatique, sont visibles dans le lieu dit Le Paradis géré par les "compagnons de saint Pierre" et je ne saurais trop recommander la visite de ce conservatoire, véritable passerelle entre l'art et l'industrie, la meilleure définition de cette démarche étant formulée par Antoine Durenne lui-même : "faire du beau dans l'utile", c'est à peu près ce que nous entendons aujourd'hui par "design", me semble t'il.

Pardon, chers et patients lecteurs de ce long incipit, et entrons enfin dans le vif du sujet ; je vous invite à une incursion dans le temple des incandescences, où sur les autels des Moloch sulfureux, les prêtres-pyrandre, entretiennent le culte des brûlantes amours de la terre et du feu au son des assourdissants cantiques des avertisseurs des véhicules transportant les cuves de la matière en fusion sortie des hauts fourneaux pour que puisse s'accomplir le rite de purification et de transsubstantiation des laves en artefacts, témoins de la Beauté sous l'égide de la trinité Art, Labeur et Industrie.  

 

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Hiératique dans ses habits rituels, l'un des officiants veille sur l'orthodoxie de la célébration, le minerai en ignition, passé de l'obscurité des entrailles de la terre à la lumière aveuglante a changé de nature et se soumet au vouloir des hommes pour que l'idée devienne matière.
Les nouveaux prométhées se sont fait entendre des dieux qui se sont résignés à partager avec les hommes la maîtrise des éléments, les voleurs d'étincelle sont désormais habilités à dire la puissance des forces de la Nature, l'aigle du mont Ida devra assurer sa subsistance autrement.
Le contenu des cuves est déversé dans les moules de sable durci, les gaz contenus dans le métal en fusion brûlent au milieu des fulgurances et des fumerolles, dans les cercueils du feu s'opère la métamorphose dont le stade final peuplera villes et espaces publics de statues, fontaines, réverbères et mobilier urbain.

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Remontons vers le haut-fourneau laboratoire de la transmutation, nous sommes en jour de chance, Héphaïstos mitis nous offre le fruit de son travail en une coulée de lave vomie par la gueule rougeoyante.
Une série de réverbères traditionnels en fonte vient d'être démoulée, un autre homme du feu arase les imperfections à grand renfort de gerbes d'étincelles. Les vérificateurs décèlent le moindre défaut, ils ne meulent pas seulement mais sont aussi capables de combler les manques de matière et, artistes aussi, savent recomposer les motifs de reliefs imparfaits ; ils savent aussi, avec humour, mettre en images leur travail.

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Sorties des moules, leur cocon, les sujets, comme certains représentants du règne animal  n'ont pas encore atteint la perfection, ce sont à ce stade des nymphes auxquelles ébarbages et polissages donneront accès à leur stade final d'imago.
Enlacées par un hasard fripon, deux cerfs attendent la mue définitive dont l'ajout d'une hautaine ramure de dix-cors.

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Voici le moule en sable où le modèle a laissé son empreinte et qui recueillera le métal en fusion d'où sortiront, après refroidissement, les statues d'ornement, les fontaines ou les réverbères.

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Dieu sait si dans mon passé en entreprises j'ai visité des lieux de production où le personnel, simple pion d'une exigence financière était soumis à des cadences minutées, sans considération autre que celle qu'exige le strict droit du travail.
La GHM (Société Générale Hydraulique et Mécanique) de par son implantation si loin de tout, la sérénité due à un carnet de bons de commande rassurant, la demande excédant les possibilités de production et une tradition de gestion du personnel en "bon père de famille" nous renvoie au temps béni des trente glorieuses où les travailleurs attachés à l'entreprise se targuaient de leur ancienneté.
Perfectionniste et fier de ses vingt ans d'ancienneté, ce monsieur me prie de le photographier montrant l'appui de fenêtre qu'il polit méticuleusement.
Je me sens très loin de ce climat d'entreprise actuel où la logique financière a transformé les ouvriers en mercenaires angoissés par la menace des fusions et autres restructurations dont on connaît la plus que probable issue.

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Dans l'espace dévolu au travail de l'acier, après avoir tranquillement fumé sa cigarette, ce polisseur se remet à l'ouvrage, les plaques de métal attendent d'être façonnées en tubes à section ronde, comme c'est le cas dans l'image de droite, ou hexagonales pour l'élaboration de réverbères au design contemporain, des machines très sophistiquées pourront, au moyen de programmes informatiques, imprimer des motifs décoratifs sur les parois des luminaires.

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Je n'abuserai pas, cher lecteur, de votre patience par une recension des nombreux métiers dont les derniers sont la peinture et le conditionnement, et vous conviendrez avec moi que l'emballage n'est pas toujours chose évidente comme en témoigne ce cerf qui trônera en majesté sur son lieu de destination.

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Remerciements : Je tiens ici à remercier nos attentionnés mentors lors de cette visite : Madame Lysiane Thièblemont et Messieurs Davy Huitema et Renaud Parayre, ambassadeurs passionnés d'un savoir-faire qui a grandement contribué à donner son visage culturel à notre région de Haute-Marne.

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vendredi 6 avril 2018

Le jeu en valait-il la chandelle ?

Deux portraits de la fin du dix-huitième sont sujets à controverse et qui concernent tous deux une même personne que je me propose de vous présenter.
Mais, avant toute chose, venons-en aux deux objets de litige.
La première effigie, un pastel suscite la polémique, non quant à l'identification du modèle, mais quant au talentueux artiste à qui nous le devons.
Il s'agit, et ça nul ne le conteste, de la ravissante Madame Chalgrin, cependant, le portrait attribué jusqu'à présent à Élisabeth Vigée-Lebrun et figurant en tant que tel dans le catalogue raisonné de l'exposition de décembre 2015 consacrée à l'artiste sous l'autorité de M. Joseph Baillio, serait, selon l'écrivain dix-huitiémiste, M. Olivier Blanc, l'oeuvre d'une autre portraitiste contemporaine, Rosalie Filleul. Le tableau, au demeurant, est toujours au château de Montbouy, chez les descendants de Rosalie.
La tendre sensibilité qui émane de ce portrait est vraisemblablement dûe au fait que, quelle que soit l'artiste, c'est l'amitié qui a présidé à son l'exécution, les trois femmes, jeunes, jolies et mondaines étaient amies. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

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Mises à  part certaines considérations de style, pas aussi convaincantes, à mon avis,  que ne le voudrait Olivier Blanc, le même écrivain attribue ce pastel à Rosalie Filleul de Besne née Rosalie Anne Boquet de Liancourt au prétexte que la mise du modèle serait plus à la mode de 1793-94 que celle de1789, l'argumentation repose essentiellement sur la coiffure dénuée de poudre et flottant librement sur les épaules ainsi que d'autres détails antiquisants du costume (ou du moins le peu que l'on en voit). L'argument me semble mince car Vigée-Lebrun, férue de "pittoresque" détestait poudre, paniers et falbalas, elle "arrangeait" à son goût, coiffures et toilettes de ses modèles, exhortant même la Reine à ce faire, laquelle déclina la proposition au prétexte que les malveillants attribueraient ce changement de coiffure à la volonté de masquer le front qu'elle avait grand.
D'autre part, de nombreux portraits de Vigée montrent des femmes aux cheveux au naturel et ce depuis les années 1770, beaucoup de robes de ses modèles ne sont pas de fidèles reflets des modes de son temps, puisqu'elle les arrangeait à sa manière, à cet effet, je vous renvoie, cher lecteur, à la description de la "fête athénienne" donnée par madame Vigée-Lebrun, en 1788 et où elle s'empressa de recoiffer et habiller à l'antique ses invitées dont madame Chalgrin.
En tout état de cause il me semble donc plus pertinent de s'en tenir à l'attibution de Joseph Ballio.

Le deuxième portrait, une toile inachevée, est dû au talent incontesté de Jacques-Louis David, peintre à l'immense talent mais aux faibles qualités humaines. Il représente une jeune femme, simplement mise comme il était de bon ton dans les premières années 1790. Seul le visage est achevé, mais il s'en dégage une grâce quelque peu vaporeuse et nostalgique qui rend le portrait très attachant.
Ce portrait tangue quant à lui, entre deux identifications, le musée du Louvre le présente actuellement sous l'identification de Madame Trudaine après l'avoir présenté comme une représentation de Madame Chalgrin.
Il est plaisant de penser que si ce portrait, comme j'en suis quasiment convaincu, est celui de Madame Chalgrin, son image est retournée dans le palais où son père, peintre du roi, occupait le logement où elle vécut du temps de sa jeunesse.
Que faut-il en penser ?

David Chalgrin

Nous savons que David fut éperdument amoureux de la belle Félicité et que cet amour ne fut pas réciproque, il fut donc éconduit, probablement lors d'une séance de pose, ce qui pourrait expliquer que le tableau restât inachevé ; L'amour de l'ami de Marat se transforma donc en ressentiment et il fit très cruellement payer à l'infortunée rétive le dédain dont elle le gratifia, David jouissant de grands pouvoirs de par son adhésion à l'aile dure de la Révolution. Nous en verrons les circonstances plus loin.
Le portrait insupportable aux yeux de la fille de Félicité alla alimenter les pleurs de la famille Vernet demeurée inconsolable, et il me semble tout à fait vraisemblable que pour ne pas entacher d'opprobre la réputation de l'opportuniste révolutionnaire rallié à Napoléon, on préféra ne pas transmettre à la postérité cet épisode si peu glorieux.

Mais pourquoi, me direz-vous, ce long préambule autour de deux portraits ?
Eh bien, il n'y a guère, Bayonne consacrait une exposition au peintre Joseph Vernet qui résida un temps à Bayonne,  pour satisfaire la plus importante commande de Louis XV, la vue des 24 ports de France, dont quinze seulement furent exécutés et parmi lesquels celui de Bayonne, ville où naquit de son union avec sa femme Virginie Parker rencontrée à Rome, le 20 juillet 1760, Emilie-Félicité, notre héroïne.
Ma soeur habitant le pays Basque et connaissant ma dilection pour le dix-huitième siècle, me fit parvenir cette coupure d'une publication locale qui profitait de l'occasion pour évoquer la figure de celle qu'ils considèrent comme une "payse" et dont je me propose de vous narrer le destin.

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Avant d'aller plus avant, attardons-nous sur l'aspect physique de celles qui devinrent d'inséparables amies unies jusque dans la mort.
Le portrait de la jeune fille à l'âge de neuf ans est dû au talent de Lépicié et figure dans les collections du Petit Palais, la beauté qui vaudra tant de succès au modèle point déjà sous l'afféterie quelque peu conventionnelle de la pose et ira s'épanouissant avec éclat comme l'atteste la belle représentation d'Élisabeth Vigée-Lebrun faisant partie des collections d'un hôtel particulier du centre de la France ; l'oeuvre, selon la mode et la date d'émigration de la portraitiste de Marie-Antoinette est de 1788-89.
Madame Vigée aurait pu au demeurant figurer dans cette galerie puisqu'elle fut grande amie de Rosalie et d'Émilie. De Rosalie Filleul,  voici un médaillon qui vaut ce qu'il vaut et dont j'ignore la localisation mais qui a l'avantage d'être dû au pinceau d'Elisabeth Vigée-Lebrun ; de la dame il existe bien des figurations car elle était belle, célèbre et protégée du couple royal ; si votre curiosité est aigüisée, la Toile vous satisfera pleinement.
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Passons vite sur les années heureuses, le bonheur comme chacun sait n'est jamais de longue durée...

Mademoiselle Boquet fut la grande amie de jeunesse d'Élisabeth Vigée, elles étudiaient l'art de la peinture ensemble et la beauté des deux amies devait être grande, laissons la parole à Madame Vigée qui évoque ces temps heureux dans ses mémoires où il apparaît que la modestie n'était pas sa qualité cardinale : " nous ne pouvions passer dans cette grande allée du Palais royal, mademoiselle Boquet et moi, sans fixer vivement l'attention. Toutes deux alors étions âgées de seize à dix-sept ans, et mademoiselle Boquet était fort belle" plus loin "Mademoiselle Boquet avait un talent remarquable pour la peinture, mais elle l'abandonna presque entièrement après avoir épousé monsieur Filleul, époque à laquelle la reine la nomma concierge au château de la Muette". Petite précision, en fait le concierge en titre était l'heureux époux qui eût cependant le mauvais goût de mourir jeune et Louis XVI conserva la charge à la jeune veuve qu'appréciait Marie-Antoinette. Cette faveur aurait plus tard des conséquences désastreuses...

Revenons-en à Émilie-Félicité, choyée par ses parents, elle fut mariée à seize ans à Jean-François Chalgrin, célèbrissime architecte neo-classique de la phase dite "grecque" ou "dorique" à qui nous devons entre autres, l'église Saint-Philippe du Roule, l'hôtel Saint-Florentin et les plans de l'arc de triomphe de l'Etoile que seule la mort l'empêcha de mener à bien.
Le marié avait juste le double de l'âge de sa belle épouse, et le mariage ne fut pas heureux  si bien que peu après la naissance de leur fille, Louise, le couple se sépara laissant tout loisir à la jeune madame Chalgrin de mener une vie des plus libres et mondaines elle eût, entre autres, comme amant le chevalier de Conti, la belle était de toutes les fêtes brillantes du crépuscule de l'Ancien Régime mais n'émigra pas les jours sombres venus.
De cette période insouciante gardons le joli mot d'un Voltaire ébloui  : Quand "l"part, il reste "chagrin"
Résidant au Louvre après le décès de son père en 1789, Émilie-Félicité dut quitter précipitament le palais saccagé en 1792 sous la pression des événements et fut  hébergée contre un modique loyer par son amie Madame Filleul en son hôtel de Travers à Passy.
Le décor du drame est planté...
Madame Filleul avait mis en vente chez un brocanteur de menus objets disparates en provenance du château de la Muette comme sa charge, datant du temps de la royauté l'y autorisait, mais elle fut dénoncée par le haineux et intraitable policier Blache informant le Comité de Sûreté Générale du vol des biens de la Nation par  "la nommée Filleul, intime amie de Messaline Antoinette", si bien que la malheureuse portraitiste fut arrêtée avec ses "complices" dont sa mère de plus de soixante-dix ans.
Le jour d'après, l'appartement d' Émilie fut perquisitionné et l'on découvrit quelques paquets de bougies, pour vingt livres, qui provenaient du château de la Muette, don de son amie pour agrémenter le mariage de la jeune Louise Chalgrin.
Madame Chalgrin à 34 ans rejoignit son amie à la Conciergerie. Carle Vernet, frère de la malheureuse promis à un brillant avenir de peintre comme son père, fit des pieds et des mains pour soustraire sa soeur aux rouages de l'affreuse mécanique mise en marche, il supplia David d'intervenir auprès de Robespierre, mais l'amoureux éconduit tenait sa vengeance : il fut inflexible.
Le 6 thermidor de cette année ci-devant 1794, après un semblant de procès inique, les huit accusés finirent leurs jours sous le couperet du "rasoir national".
Quatre jours plus tard ils eussent été sauvés, Robespierre suivait le même chemin...

Je me suis toujours tenu éloigné de toute idéologie, doxa ou doctrine, et, en ces temps convulsifs que nous vivons, cela me semble de plus en plus salutaire, le destin de cette aimable femme que fut Émilie-Félicité nous le rappelle, elle qui fut victime de deux passions exacerbées : celle des idées et celle de l'amour.

 

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dimanche 4 mars 2018

Marche ou rêve

Marcher, un plaisir retrouvé qu'un ancrage à la campagne un peu plus long que d'habitude a rendu quasi quotidien ; en ce mars des temps bousculés et mêlés telles les aiguilles d'un jeu de mikado jetées à l'aventure, se sont succédées, télescopées, superposées, mêlées et affrontées les froidures glaciales et les douceurs pluvieuses, avec de temps à autre, inopinément, les fulgurances de soleils aux éclats de rire bleus dans le moutonnement d'étoupe des nuages de gris et d'argent.

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La neige d'une nuit couvrant la glace de l'étang fut le point de départ d'un redoux, qui, dans ces cinq premiers jours du mois, ont d'abords fait crisser les semelles de mes souliers de marche sur les feuilles ourlées de givre et les flaques glacées pour, deux jours après, dans un bruit de succions cadencées, les crotter de boues gluantes.

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Les chemins vicinaux, défoncés et transformés en fondrières par les pneus des colossales machines agricoles, ne furent bientôt plus praticables, et de l'itinéraire des vallées je passai à l'itinéraire des crêtes ; aux cieux griffés des squelettes nus des arbres de l'hiver ont succédé, sur les hauts plateaux venteux, les étendues immenses et moutonnantes de ces grands horizons de la Haute Marne si chers au général De Gaulle.
Aux encaissements des sentiers creux dans le sauvage dont les ramures des bois qu'ils traversent forment souvent des voûtes ombreuses, succèdent les vallonnements cultivés et sommés de couronnes de forêts ; au point de rencontre des deux, il n'est pas rare de lever les hôtes de ces étendues,  lièvres, cheveuils ou sangliers, partagés entre la soif des aventures au découvert lumineux mais exposé et la protection des profondeurs du couvert.

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05 mars 2018 (8)

La marche densifie le temps ; qui n'aligne pas les kilomètres au gré des pas, tantôt courts et précipités, tantôt allongés et réguliers, selon les variations du relief, ne peut imaginer à quel point le quotidien est prodigue de mille et un détails réservés au seul promeneur affranchi de toute hâte, la course étant une griserie du corps dans la nature, la marche, elle, un pacte avec la nature.
Le réel au temps ralenti vous révèle l'insolite dans le quotidien, le fortuit dans l'attendu.
Le lit de la rivière piqué d'une branche tombée réinvente le cadran solaire, le vieil arbre mourant infuse ses restes de vie aux champignons qui, montés à l'assaut de son fût, se nourissent de ses dernières substances tandis que les festons aux bistres virides de cette autre espèce ornent de leurs précieuses guipures la taille du frêne abattu.
La mort et la vie, en de mystérieux programmes, s'enlacent et s'étreignent pour se passer le relais des cycles éternels où les fins s'ouvrent sur de nouveaux recommencements.

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01 mars 2018 (26)01 mars 2018 (37)

Cependant, la solitude et la contemplation s'allient subrepticement pour vous soustraire à votre raison et libérer votre imaginaire sur le vaste champ des rêveries où constructions mentales et réflexions spontanées naissent des infinis et des microcosmes qui s'offrent à vos yeux.
Un amas de vieilles pierres de taille sous quelques bris de tuiles et de gravats mousseux disent qu'à cette intersection de chemins de forêt, il y eut une habitation ; la réalité transfigurée par la mélancolie qui sourd de ces vestiges nous donne le souvenir de ce, de ceux, que nous n'avons pu connaître et dont le souffle nous parvient, convoyé par les vents qui balaient les désolations de ces hauteurs où, à part le passage hypothétique d'une machine agricole, plus rien ne parle d'activité humaine ; ma pensée retourne vers la partie basse du chemin où quelques centaines de mètres couverts d'asphalte lui ont valu le nom pompeux de "rue". Vous parlez d'une rue, seules deux habitations, abandonnées finissent de se démantibuler aux quatre points cardinaux de l'incurie, le plafond écroulé de la première a enseveli tout signe d'occupation, mais la deuxième, arborant encore une jolie marquise de fer forgé et de verre, s'ouvre par sa porte béante sur les pauvres aménagements d'une vie rurale disparue, une cuisinière à feu continu, luxe des années cinquante se loge sous la belle cheminée de pierre tandis qu'un lit-cage témoigne de ces temps d'économie domestique où, lors des rudes hivers, la vie se concentrait dans l'unique pièce avec feu. 
Ils étaient pourtant nombreux les paysans d'alors qui, lorsque la mécanisation a outrance a réduit les petites étendues agricoles à la misère, ont dû céder peu à peu leurs biens aux plus aisés quittant leurs terres pour aller fournir en main d'oeuvre ouvrière les industries des villes.
Les nouveaux exploitants en vrai chefs d'entreprise, ont eux déserté les fermes des villages pour construire à l'écart les imposants hangars rendus nécessaires par la culture intensive sur les immenses surfaces issues du regroupement.
Les cours de ferme du village, désertées par les chars et les machines, sont devenues des basse-cours et, esprit d'économie aidant, les vestiges des mécaniques d'antan sont récupérées pour se muer en insolites et pittoresques clôtures.

04 mars 2018 (9)04 mars 2018 (10)

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L'un de mes itinéraires favoris m'amène à passer devant la mairie de Charmes la Grande dont le fronton s'orne d'une étrange inscription au sens jusqu'ici demeuré mystérieux.
Donc, puisque la mode est aux quizz (serions-nous assez rétrogrades pour parler de "tests" ?), je vous laisse, chers lecteurs avec l'énigme en poche... reconnaissance éternelle à qui déchirera le voile de mon inculture.
D'avance merci.

04 mars 2018 (15)

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