Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

lundi 16 janvier 2012

Charmes, nouveau cycle

passage (13)

Au méticuleux ordonnancement de la table d'entre deux ans, ont succédé les agapes d'amitié qui bouleversèrent les symétries et compromirent la rigoureuse netteté du linge de table.
Une nouvelle année s'est installée, encore un de ces jalons du relatif qui se sont instaurés en rites immémoriaux et ont tissé le fil des jours, bon an mal an, de nos enchantements et de nos déceptions, de nos courages et de nos abattements, brodant de noir, de gris ou de couleurs les cycles du temps, qui, lui, n'en a cure et poursuit, imperturbable, son cours d'indifférence.

En ce mois de janvier qui débutant si suavement se mit soudain à mordre et à pincer, les jours, timidement s'allongent et les matins, plus précoces, atténuent les luminaires du bureau et filtrent à travers les persiennes de pâles caresses sur les objets familiers.
Lors de la descente des degrés vers le rez-de-chaussée, les lueurs blanches diaprées de reflets roses du jour naissant ont déjà envahi l'intérieur de la maison.

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Pourtant, il n'y a guère, les lumières changent plus vite que le temps qu'il ne faut pour les capturer, une symphonie discordante de glace et de sang s'imposait en aube aux lueurs inquiétantes de l'autre côté de l'étang, il est des naissances évocatrices d'enfers ; mais le soleil froid s'empare de la scène, dissipe les tentations de cauchemars et offre aux lieux le calme de son miroir ondulé aux vagues friselis nés du souffle d'une bise coupante. Quelques minutes plus tard Râ met en scène les bâtiments des dépendances sur fond de croupe encore verglacée, le ciel est d'une pureté implacable comme une lame de rasoir, la voûte céleste de la nuit passée n'avait pas menti : la journée s'annonce glorieuse.

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L'univers carpinien est amphibie, située dans une cuvette, la maison reçoit les eaux des croupes boisées environnantes est limitée par le cours d'eau nommé Blaiseron et parcouru par l'étang qui n'est rien d'autre qu'un ruisselet au lit élargi par les paysagistes qui créerent le parc-écrin du bâtiment.
Après les étiages prolongés des dernières saisons les eaux ont maintenant considérablement monté, les déversoirs régulent encore les niveaux, mais si les pluies continuent ils ne suffiront plus. Viendra le temps des bottes pour toute promenade.
Le Pavillon des Thés, enjambant le cours d'eau attend sa résurrection du printemps ; il est fermé et les plantes en pot qui en encadrent sa porte d'entrée hivernent sous leur voile de protection.
La bise s'est calmée, on éprouverait presque une sensation d'indécise tiédeur en franchissant les limites de l'ombre, les arbres se mirent sur la surface liquide redevenue étale et le vieux cyprès chauve en profite pour s'assurer des riches parures d'absinthe offertes par ses mousses.

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Une promenade vers la source s'imose ; le lit élargi se hausse du col et joue à la rivière, les arbres mirent leur nudité dans l'azur liquide qui dialogue en toute symétrie avec celui d'un ciel sans aucune altération ; poursuivant la marche je constate que mon "arbre van Goyen" a perdu de sa ramure, les dernières bourrasques l'ont écrêté de sa superbe cime qui, dans sa chute, a entraîné plusieurs branches, les membres amputés gissent au sol et semblent avoir gardé le sinistre craquement de leur mort dans la mémoire de leurs blessures ; il faudra s'habituer à un autre paysage. Comme le dit si justement Charles, dans l'art du paysage et du jardin il faut compter avec une dimension supplémentaire : le temps.
Tiens, je n'avais jamais pensé à ce lien profond entre le jardin et la musique tous deux subordonnés à la fuite des temps...
Avant d'arriver à la source proprement dite, une barrière de roseaux pétrifiés par la froidure filtre le paysage dotant les lieux d'une poésie de début de monde toute particulière.

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Le retour voit les ombres s'allonger, bientôt le soleil ne dorera plus que les reliefs de la Sapinière, mais en attendant nous jouissons encore de la symétrie parfaite de ce bouquet d'arbres superbement isolé dans sa prairie.
Se rapprochant de la maison le vénérable hêtre pleureur s'arrondit en cercle presque parfait au-dessus de l'étang et l'épine royale se console de la perte de ses baies rouges en volant au soleil déclinant de larges touches de sa splendeur.

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Nous sommes rentrés, un peu étourdis mais le coeur léger comme chaque fois qu'on accroche son quotidien aux patères des obligations délaissées pour rendre un culte aux merveilles, parfois si humbles et si simples, que nous offre la nature ; sous les roses qui jamais ne fanent, trois putti primesautiers oubliant l'innocente impudeur des rondeurs de leurs fesses offertes au miroir, esquissent un élan vers vous, je leur ai demandé d'être mes messagers pour vous souhaiter l'oeil, le coeur et l'esprit ouverts afin de na pas passer en aveugles sur tous les bonheurs, petits ou grands, que le cycle qui vient de s'ouvrir ne saura manquer de  mettre sur vos chemins, comme les petits cailloux d'un Petit-Poucet furtif et bienveillant.
Ne les manquez surtout pas.

16 janvier 2012 (6)

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samedi 24 décembre 2011

Autour d'un thème. Autour d'un homme.

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Vieux Madrid, calle de San-Mateo, une façade néo-classique des années 1770, n'était l'affiche de l'exposition temporaire, on pourrait ignorer que, derrière l'austérité des murs ocre-rose ourlés de granit, s'offre le musée du romanticisme (traduction littérale de "romanticismo" que je ne veux pas trahir).
Au demeurant, je confesse que j'ignorais l'existence de ce musée instauré en 1920, c'est donc une découverte que je vous invite à partager et qui prouve que dans le connu, ou prétendu tel, la vie peut encore vous réserver de belles surprises.

Il est difficile de cerner avec exactitude ce qu'est le romantisme Espagnol, ce pourquoi j'ai conservé ce qui m'a tout l'air d'un néologisme, le romanticisme.
Donc, pour résumer, je ne suis pas un spécialiste, disons qu' à partir de 1820, après le traumatisme Napoléonien, l'Espagne est parcourue d'un courant que l'Histoire de l'Art a nommé "costumbrista". Le mot vient de "costumbre" notion ambigüe oscillant entre coutume et habitude.
Autrement dit, la bourgeoisie Espagnole, snob, s'était conformé aux normes Européennes ; or, en Europe la mode s'était emparée de l'Espagne et, de ce fait et par effet de boomerang, les Espagnols se mirent à revisiter leurs coutumes se révélant soudain amateurs d'un pittoresque dont l'aspect national ira souvent jusqu'au folklorisme. 
Ce courant allait traverser le siècle que l'enferment franquiste allait, dernier avatar, momifier en "espagnolades" pour le plus grand bonheur du tourisme de masse. olé !

La porte d'entrée franchie, une paire de trépieds supportant des luminaires en porcelaine donnent déja le ton de l'éclectisme qui sera le fil d'Ariane de notre visite ; sur le palier donnant accès aux salles du premier étage, le lustre participe aussi de ce goût international pour les réminiscences historiques puisant allègrement et indifféremment leur expression dans la grammaire moyennâgeuse aussi bien que baroque.

la première salle, n'était l'omniprésence de la Reine Isabelle à tous les âges de sa vie, pourrait se situer dans n'importe quel intérieur bourgeois d'Europe, le piètement néo-gothique s'accomode avec désinvolture des lourds cadres dorés aux moulures compliquées.

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La musique devait être omniprésente dans ces maisons, si l'on en juge par la profusion des instruments qui habitent les lieux et sont intégrés à la vie quotidienne au même titre que les autres pièces de mobilier ; on imagine aisément une famille "faisant" de la musique en soirée avec le bonheur du partage des passions communes plus éloquentes que les mots, et, image classique, les brillantes réceptions faisaient valoir, pour le plaisir de l'assemblée, les belles voix et autres talents musicaux cultivés dans une atmosphère de studieuse émulation.

 

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J'ai tenu à étayer ces spéculations par la présentation, en plus du piano déja aperçu ci-dessus, de ces divers témoins indissociables d'un mode de vie révolu ; on se prend à rêver que, la nuit venue, une fois le musée fermé, des mains d'avant viennent s'égarer pour caresser les claviers ou les cordes qui vibraient autrefois dans les salons.
Soupirs étouffés mais encore audibles pour qui sait tendre ses sens au-delà de l'immédiat.

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Et, de pièce en pièce, la vie semble ne pas pouvoir se résoudre, malgré les intrusions tarifées, assez rares il est vrai, à déserter les lieux ; spectrales dans leur cadre d'or, ces trois générations de beautés diaphanes ont laissé à jamais le sillage de leurs traînes de mousselines légères sur les parquets et les tapis.

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Dans la salle à manger flottent encore les souvenirs de conversations forcément générales ou anodines afin de ne pas livrer aux  serviteurs des informations familiales ce qui eût été parfaitement inconvenant.
Une rose abandonnée sur la courtepointe du lit évoque la tendre beauté de la jeune mère qui a tenu, contre tous les principes d'alors, à garder le berceau au pied de sa couche, Il en existe pourtant  deux de ces chambres d'enfants que l'on se plaisait déjà à nommer "nurseries" signe que, si les précepteurs les plus prisés restaient majoritairement français, la réputation des "nannies" Anglaises était souveraine.
Après dîner, l'intimité devait reprendre ses droits dans l'un de ces salons familiaux où élégance discrète et confort étaient privilégiés par rapport à l'ostentation ; Douces sont les couleurs pour amener à son terme une journée bien remplie qui, après la plage feutrée de conversations, de broderies, de lectures et, bien entendu, de musique glisserait en douceur sur les rivages embrumés des souhaits de "bonne nuit" après lesquels chacun, son chandelier en main, rejoindrait sa chambre,
Bon, tout n'était peut-être pas aussi lisse que cette évocation pourrait le faire croire, mais, croyez-moi, si jalousies, querelles ou vilains sentiments soufflèrent rancoeurs ou amertumes, les murs n'en ont pas gardé trace. 

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Avant de quitter ce lieu si charmant je vous livre trois émotions ; je ne sais à quoi rime ce choix qui comporte forcément tant d'exclusions, je ne suis même pas sûr que cette sélection serait la même demain qu'aujourd'hui, tant est volatile, imprévue et variable la corde de la sensibilité.
Je ne puis ce soir m'empêcher de revenir aux trois femmes d'âges différents en tuniques romantiques, forcément blanches comme l'exigeait la mode vers 1795, et quand je dis "revenir" c'est bien au sens propre que j'utilise le terme car, avant de quitter la belle demeure, je rebroussai chemin rapidement afin de leur dire au revoir et leur exprimer ma gratitude pour si gracieusement hanter la maison.
L'audace vibrante de ces brocards bleu de roi célébrant à tue-tête leur splendeur sur le fond du délicat tissu rose des murs disait en peu de mots, mais avec une évidence souveraine, le faste étudié d'une pièce de réception suffisamment brillante pour dire la fortune du maître de maison sans pour autant éclabousser le visiteur par un étalage de mauvais ton. C'est ce message de "charme discret de la bourgeoisie" auquel j'ai été sensible que je voulais vous transmettre.
Enfin, je souhaitais à ces trois fillettes de grandir au plus vite afin d'échapper à la retenue bien élevée et à l'affectation de   modestie de rigueur chez les demoiselles "comme il faut", pas question d'être effrontées pas plus que d'arborer des couleurs indiscrètes. Plus tard, après leur mariage, les couleurs flamboyantes et les bijoux étincelants affirmeront l'aisance de leur mari, du moins entre deux deuils ou demi-deuils...

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Poursuivons notre promenade et quittons le vieux Madrid pour nous engager dans les vastes avenues résidentielles du quartier de Chambery ; immeubles cossus et hôtels particuliers datant de la charnière des deux siècles précédents s'alignent derrière les frondaisons qui rythment d'ombres portées vigoureuses les éclats généreux du soleil éclatant de cet automne madrilène. Effet impressioniste, et puisque nous évoquons l'impressionnisme, allons rendre hommage chez lui, paseo General Martinez campos, à Joaquin Sorolla, remarquable peintre que l'on rattache communément à ce courant.
Le peintre, né à Valence en 1863,s'éteignit en 1923 après une vie de gloire et comblé d'honneurs.

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Le musée Sorolla est en fait l'hôtel particulier du peintre qui l'aménagea et le décora selon un goût très personnel et avec un degré d'exigence ne laissant rien au hasard tout en cultivant une impression d'inattendu.
La maison est entourée d'un grand "patio" compartimenté en plusieurs espaces aux atmosphères différentes, s'y mêlent évocations andalouses ou du siècle d'or et y fourmillent statues de tailles diverses, le tout révélateur de cet éclectisme dont la cohérence ne tient qu'au goût très sûr d'un collectionneur passionné et de grande culture.
Une nymphée antiquisante distille sa mélancolie des lieux rêvés et cet autre bassin évoque les délicatesses murmurantes des jardins andalous.
L'entrée se fait par la cuisine qui réunit une impressionnante collection de céramiques espagnoles de toutes les époques qui à elle seule vaudrait une étude.

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Les collections sont éblouissantes et se répartissent dans des pièces où le temps semble s'être figé ; objets précieux et toiles du maître forment un ensemble unique passionnément entretenu comme si le propriétaire dictait encore ses volontés en son domicile.
L'un des thèmes de prédilection de Sorolla est la mer, n'oublions pas qu'il vit le jour à Valence et que, même dans Madrid la continentale, le culte à la mer qui lui donna un empire reste vivace.
De chaque côté de ce bahut sommé d'une magnifique taille du quinzième siècle s'ouvrent ces fenêtres sur l'immensité liquide habitées par la tendresse des mères abritant leur enfant des morsures du soleil, les contrejours traités avec maestria n'en avivent que plus la lumière joueuse sur les linges immaculés.

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Une alliance mystérieuse, païenne, sourd de l'harmonie naturelle entre le frêle enfant nu au corps ruisselant de l'or du pacte entre l'eau et le soleil et la robe immaculée et irradiante de l'équidé.
Parmi les vagues mourantes qui caressent nonchalamment la plage tandis que le mouvement de l'onde, appareillé à celui des corps impatients des gamins, jette mille éclats d'azur et d'or qui semblent vouloir transgresser les limites du cadre.
Nombreuses, quasiment obsessives, sont les figurations de jeux d'enfants dans l'eau  qui devaient sûrement ramener leur auteur vers le paradis perdu de son enfance.
Distinguées, protégeant la blancheur de leur teint par des gazes, ces dames doivent s'enivrer du claquement sec du vent agitant l'ampleur de leurs jupes. Les amazones vêtues de "robes de bain" en tricot moulant n'avaient encore pas fait école dans cette classe sociale. Nous sommes du côté de chez Proust...

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 la vie mondaine, autre thème récurrent de notre peintre témoigne d'une époque brillante où la sociabilité était toujours de mise ; deux tableautins nous disent que la vie en société ne s'arrêtait pas aux portes des salons mais qu'une vogue récente la prolongeait en collations ou conversations sur la grève, mais toujours avec une élégance de bon aloi, sans laisser-aller aucun, et toujours aussi avec cet émerveillement perpétuel des jeux de lumière inhérents à la production de Sorolla.
Quelques décennies plus tard, les enfants, contrairement aux sombres fillettes vues au musée du romanticisme, commencent à s'affirmer et s'intègrent à la vie sociale, voyez leur insouciant abandon sur ce tableau, mais tout de même, apanage du sexe "fort" encore incontesté, le garçonnet plastronne fièrement tandis que les jeunes demoiselles ont l'air de papoter entre elles. Ce tableau montre bien l'amour de la famille que professait Sorolla et qu'il entretint toujours dans sa sphère privée. Ses courriers à sa femme et à ses enfants témoignent toujours d'une incontestable affection.
Pour témoignage ce portrait de son fils, peint à tous les âges de sa vie, et qui incarne le parfait représentant de cette classe privilégiée à l'élégance déjà sportive, un aristocratique nonchaloir supplantant progressivement les silhouettes raides trop amidonnées.

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N'allez cependant pas croire que l'intérêt de Sorolla se bornât à sa seule sphère sociale, il regarde avec une tendre attention le menu peuple de son pays, les jeunes gitans des vagues de Valence nous l'attestent , mais il nous donne aussi à voir l'entassement fatigué d'un groupe de voyageurs visiblement démunis et cette toile n'est pas loin de la dénonciation sociale.
Les labours n'étaient pas toujours garants de moissons à la hauteur des efforts pénibles d'un homme arc-bouté sur son araire. Les sols sont souvent ingrats et le climat trop brûlant. Je précise que cette scène agricole de laquelle se dégage une forte impression d'espace doit avoir la taille d'une grande carte postale.
Et nous revenons à la mer, non du côté des villégiatures mais, en marge de la mère attentive déja rencontrée, de celui des travaux de pêche. La mer n'est douce que pour les nantis ou les enfants en liberté, pas pour les gens qui vivent d'elle.

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En préambule, je vous disais le soin quasiment maniaque qu'apportait notre homme à l'aménagement de sa maison ; sa famille vivait dans ce cadre privilégié parmi les oeuvres et les collections du maître, cette atmosphère chaleureuse nous est parvenue intacte et je ne connais pas beaucoup d'exemples où lieu de travail et lieu de vie se confondent avec autant d'aisance ; en effet; voyez comme Sorolla avait su intéger son oeuvre à sa vie, on est loin du désordre de l'atelier du peintre bohême gravé dans nos gènes mémoriels, ici tout est harmonieux et invite à la douceur de vivre comme en témoigne ce sofa garant de doux repos au coeur de la pièce couverte d'une verrière où il travaillait. Atelier-salon ou salon-atelier ?
Une vaste pièce lumineuse en hémicycle, aux volumes dépouillés se prolonge au-delà du bow-window par les patios traversés tout à l'heure, on se plaît à imaginer que le lieu était propice à la méditation et à la contemplation.
La salle à manger s'orne de guirlandes animées de personnages peintes de la main du maître, là aussi élégante simplicité, espace clair et fonctionnel semblent être les maîtres mots.

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Et pour conclure, une anecdote :
Sorolla, lors d'un voyage tomba amoureux fou de l'Alhambra de Grenade et il se promit d'y retourner un jour pour peindre le prestigieux palais des Nasrides; il tint promesse, à deux reprises sinon trois, je ne me souviens plus, et, à chaque fois il se mit à faire un froid de gueux dans cette ville qui, bien qu'au pied de la sierra, n'est pas réputée pour jouir d'un climat polaire.
Eh bien, Sorolla, transi, dût se contenter de peindre fugitivement, entre deux ondées aux rares moments où le soleil daignait faire une brève apparition. Et de fait, nous avons là une nouvelle façon de travailler de notre peintre, une manière rapide, à la mince couche picturale et sans aucune complaisance dans le détail.
Quand circonstances et nature se mêlent d'art...

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jeudi 15 décembre 2011

Hay tardes de otoño hechas de sol de Madrid

Il est des après-midi d'automne faits de soleil de Madrid...

Ainsi dit une chanson de mon enfance madrilène ayant pour théâtre le café "Platerias" où les illusions d'amour non partagé se noyaient dans le frou-frou de soie grise d'une belle coquette ; le lieu a disparu tout comme ce siècle qui se mourait en même temps que s'évanouissait la gloire des Espagnes, Cuba et ses richesses lui étaient ravies par l'Amérique mais un ferment intellectuel intense dotait le pays d'une pléiade d'écrivains dont la gloire ne sera jamais ternie : la "generacion del 98"..

Même si vous ne comprenez pas l'espagnol, je vous invite à écouter les notes désuètes de cette chanson que fredonnait Crescent mon père et qui m'est restée clouée en coeur
http://www.youtube.com/watch?v=nXZzKBpxaZk&NR=1

Chanson qui me ramène à cette époque presque mythique, où une propension à la nostalgie déjà chevillée en âme, m'empêchait de goûter pleinement la beauté d'un parc de la grande ville entre deux êtres aussi beaux et aimants. Pourquoi la quête effrénée du plus ou du différent nous rendent aveugles, quel que soit l'âge, aux richesses que nous offre une vie que nous devrions remercier ?
Calle del desengaño, rue du désenchantement, j'aime que d'aventure tu t'offres à moi, pour m'amener à la place du Palais Royal, où, près de l'opéra "El real", temple de la zarzuela, est évoquée la figure de Julian Gayarre le chanteur emblématique évoqué justement dans la chanson que, plus haut, je vous propose.

 

Avec papa et mamanSDC11382SDC11276

 

 

 

Il y avait bien sept ou huit ans que je n'étais revenu dans la capitale espagnole, et cet automne de lumière, pour ne pas faillir à sa réputation, allait sceller les retrouvailles d'une ville changée et fidèle avec un homme mûr toujours resté, dans un coin de lui-même, le plus profond, un petit garçon.

Vous vous doutez bien que je ne vous convie à aucun itinéraire touristique, pour grand que soient les musées et imposants les édifices de cette métropole en perpétuel bouillonnement, c'est le remue-méninges de l'ordre rigoureux des cartes brouillées, perdues et retrouvées, battues par les méandres d'une mémoire ayant intégré d'autres mémoires jusqu'à les faire siennes que je propose à votre patience.

.Retour au point de départ

Te souviens-tu de moi, quartier de Chambery ? C'est en ton coeur, au numéro 62 de la calle Garcia de Paredes, que je passai ma petite enfance, avant qu'Henriette la Française, ma mère, ne "rapatrie" mari et enfants dans son pays.
Tu me restitues "ma" rue telle qu'elle a toujours été du plus loin de mes souvenirs d'enfant à ceux entretenus par les régulières visites que je te rendais, la voie qui prend naissance sur l'imposant "Paseo de la Castellana" se détourne immédiatement des trépidations de cette voie quartier d'affaires pour, entre commerces "de bon ton" et imposantes portes d'entrée, nous conduire à la façade néo-gothique de la Milagrosa presqu'en face de chez moi ; ici, avant la guerre civile professaient en français les Dames de Saint-Maur, toute jeune madrilène de "bonne naissance" se devait de s'exprimer dans la langue de Voltaire. Les Dames furent balayées par les années d'atrocités et de haines fratricides ; restent les jardins oublieux des tribulations de l'histoire.
Hasard ? J'entamai à mon retour de Madrid la lecture de "Paradis inhabité" d'Ana Maria Matute où, en ces lieux mêmes, une fillette peine à se dépouiller de son enfance, me mettant encore, si besoin était, devant cette évidence : il est des êtres définitivement enfants et étrangers au monde des "autres", c'est à dire celui des adultes.

Au bout de la rue, à la station de métro Iglesias j'assiste à un office dans l'édifice où se déroulèrent tous les événements familiaux, de mon baptême aux mariages ; je ne connus aucun enterrement, à l'âge de la prime fleur votre paysage affectif ne ressemble encore pas à un cimetière.

Le temps aussi semble s'être arrêté dans le marché où la famille s'approvisionnait, les étals quelque peu revisités, il est vrai, sont toujours le théâtre de l'agitation fébrile des pourvoyeuses et les senteurs n'ont pas changé. Je ne quémande plus de friandises auprès de ma grand'mère Emilia, c'est tout.

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L'appartement est resté soixante-dix ans environ dans la famille, ma grand'mère en essuya les plâtres et l'indélicatesse d'une proche le brada récemment.
S'il était à démontrer les liens entre l'Espagne et la Flandre, la méticuleuse propreté du vestibule de l'immeuble en serait la preuve éclatante. Les marbres brillent et les cuivres scintillent mais plus aucune boîte à lettres ne porte notre patronyme.
La courbe si pure de la cage d'escalier est toujours d'une blancheur aussi nivéenne mais je n'ai pas osé emprunter l'ascenseur qui lui fait face, je suis finalement intimidé en pays de connaissance.
Je pars rassuré par la pérennité des lieux restés intacts mais un petit ver s'est introduit dans la pomme qui me dit que je suis devenu étranger.

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Madrid des nuits dorées

En marge des grandes artères, autour de la magnifique "Plaza Real", le vieux Madrid des Bourbons évoque, n'étaient les affreux plots de nos villes, les promenades langoureuses des majas jouant avec grâce et rouerie de leurs éventails sous l'oeil des "protecteurs" enroulés dans leurs capes.

L'ancienne mairie du seizième siècle est désertée, le maire actuel de Madrid ayant opté pour un transfert dans un édifice plus somptueux, nous le verrons. Le bâtiment triomphe de cette désaffection par sa certitude qu'en son coeur battent les plus nobles pulsations de la ville capitale.

Dominant l'industrieuse "Gran Via", le phénix emblématique s'élance dans un ciel complice qui lui fait don de son immense manteau sombre, l'immeuble "Metropolis" enchantait déja mes premières années..

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Au centre du Madrid moderne, deux édifices se partagent la vedette, le palais des ducs de Linares, inauguré en 1900 après 18 ans de travaux ; le somptueux édifice était le don d'amour d'un marquis à son épouse adorée qui se révéla être sa demi-soeur, le père n'était pas un parangon de fidélité, la maman de la dulcinée non plus, soit dit en passant.
On dit le palais hanté bien que le duc et la duchesse, fervents catholiques, obtinrent l'autorisation papale de vivre sous le même toit mais dans des appartements séparés, il y aurait eu une enfant du pêché mystérieusement disparue.
L'immeuble, heureusement classé en 1970, a échappé à la démolition comme la plupart des "palacetes" de la Castellana remplacés par des sièges sociaux aux audaces indigentes et pharaoniques des firmes internationales, il est actuellement Maison d'Amérique et les splendeurs de ses intérieurs se visitent, cependant aucune photographie n'est autorisée.
L'autre édifice, celui que je vous présente ici, "La Telefonica" ou ancienne poste centrale, a attiré les convoitises du maire de la capitale qui y a justement établi sa mairie en lieu et place de l'ancien hôtel de ville, je reconnais les guichets et les lutrins de marbre désormais inutiles, mais la montée aux terrasses vous offre une vie sur la capitale à couper le souffle.

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Quelques rencontres

Pour qui aime observer, la rue ménage sans répit des rencontres poétiques ou insolites, ainsi ces ouvriers rénovant une façade Art-Nouveau sous une gaze rose qui, par magie, donne une légèreté de rêve à la rude tâche.
Une très jolie jeune femme rêve sur un banc de pierre, oh pas pour longtemps, un galant aux cheveux de neige viendra au rendez-vous et, sans s'occuper le moins du monde des passants, la demoiselle et le barbon s'embrassent goulûement avant de s'éloigner, heureux et légers, la main dans la main.
Un soir, dans un quartier de restaurants un voleur de poubelles est surpris par mon objectif.

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Plaza Santa Ana, Federico Garcia Lorca qui mourut victime de la bêtise et de l'intolérance nous offre l'envol de son âme vers une paix que son siècle lui refusa.
Et comment parler de Madrid sans évoquer les devantures de magasins constituées de pittoresques carreaux de céramique, les "azulejos" évoquant des scènes de rêve ou populaires qui perpétuent nos émerveillements de gosses.

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Au revoir Madrid

Avant de quitter la ville, je voudrais rendre hommage à la joie de vivre qui, malgré la violence de la crise économique, n'a pas remisé les plaisirs traditionnelles des tournées de bars à vin à la mode et des tavernes à "tapas" de toujours.
La rue n'est pas morose, le service dans les établissements est attentif, souriant et professionnel, les rires fusent et les conversations animées colorent d'un air de fête les nuits madrilènes.
Nos hôtes Victor et JuanMa nous ont cornaqués avec une maestria affectueuse aussi touchante qu'efficace ; le premier vin dans cette auberge tradtionnelle ou cet autre dans ce bar à vin à la mode ont ravi nos papilles par des saveurs méconnues, connaissez-vous l'incroyable Pedro Ximénez ? une robe de velours sombre recélant des douceurs liquoreuses totalement inattendues.
Et, bien sûr, pérenne et inchangée, la brasserie Gijon qui fut de tous temps l'abri de l'intelligentsia hostile à la dictature, les clients désargentés payaient leurs consommations de leurs oeuvres.

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Le ciel de la dernière nuit nous fixe de sa pupille de lune ourlée des ors de l'automne.

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Il y aurait encore tant à dire, mais cela dépasserait le cadre d'un simple billet, peut-être déjà trop long, mais il y aura une suite, moins subjective autour de deux musées.
A bientôt

 

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