Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

lundi 17 juin 2019

Humour au four

Deux préambules, chers lecteurs :
Ce billet, né d'une poussée de gaudriolesque humeur, ne fait nullement référence aux jeux de mots douteux de certain vieux monsieur indigne à l'oeil en trompe-l'oeil, pas plus qu'il ne vous gratifiera d'une enième recette de cuisine d'apprenti maître-queux semeur de bonne parole de queue de poële.
Non, ces quelques lignes ont pour but de vous livrer les tourments qui peuvent assaillir un condamné aux fourneaux lorsqu'il s'agit de donner à son plat un nom qui le fasse passer à la postérité, voyez? Quelque chose comme les crêpes Suzette, la tarte Tatin, le tourne-dos Rossini, etc, etc.

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La bête est dresséa dans le four, venons-en maintenant aux différentes phases nécessaires à la transformation du malheureux volatile en succulent mets, apothéose pour les chantres de l'alchimie culinaire, abomination absolue pour les tenants des mitonnages végétaux, mais ainsi va le (notre) monde.
Premier point, il faut disposer de cet ustensile qui n'est pas un chapeau de Mexicain interprété par un Jeff Koons devenu potier, le plastique étant devenu fatal à la planète (et nous savons tous son opportunisme).
Donc, il est nécessaire d'acquérir ce plat, comment ? je n'en sais rien, c'est ma soeur Marie-Émilie, vestale des bizarreries du folklore espagnol, qui me l'a ramené de Logroño (connaissez-vous cette ville ? Moi non).
Seconde étape, vous asseyez le poulet (mort, vidé et plumé, ça va de soi) sur le cône qui s'érige au centre du plat en s'assurant, bien entendu, de la stabilité de l'ensemble ; puis dans la rigole circulaire vous disposez les légumes de votre choix.
Bien sûr, je passe sur les matières grasses, assaisonnements et autres herbes, la vocation de ce blog n'est pas en concurrence avec le Guide de la bonne cuisinière de madame C. Durandeau...

Puis, si votre mâchoire, cher lecteur, n'est pas encore décrochée d'ennui, vous revenez à la magnifique illustration de l'incipit, et la boucle est bouclée.

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Cependant, la toile de fond étant posée, reste en suspens la question primordiale qui me taraude l'esprit jusques aux tremblements de l'anxiété la plus extrême, alors je vous soumets mes suggestions, comptant sur votre inextinguible charité pour me délivrer de cet affreux questionnement :

J'ai, en premier lieu pensé à "poulet aux derniers outrages"; Trop passionnel

En second lieu j'ai exclu tout ce qui avait trait aux pratiques nous ramenant aux horreurs de cette ville dont la seule évocation fait dresser d'horreur les cheveux sur la tête et qui est associé à Gomorrhe (Au fait, quel était le vice de Gomorrhe ?)

Le supplice du pal m'est venu ensuite, mais, tant de radicalisme...

Alors, j'ai fouillé dans mes souvenirs littéraires et, je me suis rappelé que l'éditeur de mon cher Lautréamont portait pour patronyme le si noble nom de Poulet-Malassis.

Un poulet "Poulet-Malassis".
Qu'en pensez-vous ?

 

Posté par Henri_Pierre à 11:44 - Commentaires [21] - Permalien [#]

mardi 28 mai 2019

Métaphysique en barboteuse

Prémisses

La plage, Malaga je crois, un poupon de treize mois, bien replet, tourne le  dos au vaste horizon d'une vie qui s'ouvre devant lui et dont l'entonnoir, depuis, ne cesse de se rétrécir.
Il y a si longtemps...

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Une "enfance heureuse"

Un enfant prénommé Henri-Pierre, né à cheval entre deux cultures;
Henri, en espagnol Enrique (Kike pour les intimes) souvent appelé el franchuti, argot quelque peu péjoratif pour dire Francés dans son Madrid natal, devenait, les Pyrénées franchies,  Henri, Henriette, sa maman, avait élevé l'enfant en "vrai" petit Français, fier de son appartenance au "pays des droits de l'homme" avec quelque condescedance pour la franquiste Espagne.
Comment ne pas se sentir à jamais, après tout cela, le séant entre deux chaises ?

Cependant, "le petit Henri" grandissait en apné dans l'amour d'une famille harmonieuse ou qui, du moins, jouait à la perfection la comédie du bonheur, encadré de parents aimants, chlorophormisé dans un cocon d'affection et éperdu d'admiration pour l'élégance et la beauté de papa et de maman.
Aucune tension familiale, soigneusement mise au secret sous les rites du culte des apparences, pas plus qu'aucun remugle émanant de la laideur du monde extérieur ne venaient troubler l'âme innocente du chérubin sur-protégé.

Les rues étaient propres, les vêtements appropriés à chaque circonstance, le "bon ton" souverain, maman lisait Femmes d'aujourd'hui et Le petit écho de la mode, je les dévorais.
Papa, lui, excellait au jeu d'échecs et au sacro-saint football, je détestais l'un et l'autre

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Le ver était-il dans la pomme ?

J'étais, cependant, un enfant grave, étranger aux jeux de la rue qui m'étaient interdits.
Seul, Marie-Émilie, ma cadette de 18 mois, étant élevée en France par notre grand'mère maternelle, ma vie se déroulait, papa et maman travaillant, entre le jardin d'enfants du lycée français et l'appartement du centre ville ; une bonne faisait la liaison entre les deux pôles de ma prime jeunesse.
En ma solitude à la maison, je résistais au bain de sirop où je risquais de me confire en m'inventant des enfers : je m'infligeais, pieds nus, quelques pas sur les carreaux surchauffés de la terrasse.
Et je lisais, précocement et beaucoup, je dessinais aussi, chaque chef oeuvre étant saluée par les exclamationns admiratives de la famille.

Voici quelques clichés fixant à un jamais réduit à la durée des photographies de famille, les débuts de cette prime enfance dont le retour en France, à l'âge de sept ans, âge dit "de raison", serait le point final.
Je savais (déja) poser avec complaisance et ce chien oublié est le précurseur de mon vieux Donuts d'aujourd'hui, cependant, j'ai définitivement abandonné le port de la barboteuse en imprimé "liberty"

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Des fleurs, des oignons et du riz

Je ne devais déjà pas connaître le repos mental, tout m'interrogeait, et j'interrogeais en vain les adultes pris au dépourvu.

Les fleurs étaient pour moi une énigme, à quoi était dûe l'étrange douceur de leur texture ? Je les comparais à ma peau, tout a été créé par Dieu, n'est-ce pas ? Comment donc établir le lien entre ce dont j'étais fait et ce qui faisait les pétales?
La cohérence du monde à laquelle mon jeune entendement sans doute aspirait ne pouvait s'expliquer le lien qui liait tout l'existant. A mon grand désarroi

Un jour, Juanita préparant le dîner épluchait des oignons, le même questionnement s'imposait, heureusement papa était là :
-Papa, un oignon est-il vivant ?
-Oui, mon fils, comme toi, comme tout, l'oignon est fait de matière vivante
-Alors, papa, j'aurais pu être un oignon ?
-Ben, Enriquin, euh... c'est que... Ben non.. enfin, tu vois bien que tu es un petit garçon.
Encore heureux, lors de ma prière du soir, je remerciai le Petit Jésus de ne m'avoir pas fait oignon compte tenu du sort que la bonne leur fait subir...

Je n'aimais pas le riz (guère encore aujourd'hui)
Maman, je n'aime pas le riz
Henri, mon chéri, tu dois apprendre à manger tout ce que maman te donne
Ce n'est pas bon...
Mais si, force-toi, tu finiras par aimer
Mais maman, quand je serai au paradis, je mangerai du riz ?
Tu sais bien, Henri, qu'au Paradis on ne se nourrit pas de ce qui est sur terre mais de choses délicieuses dont on ne peut avoir idée.
Jamais de riz, maman ?
Jamais.
Le riz, ce futur fruit défendu, me parut ce jour-là succulent.

Un zingue, dans une poignée d'heures, me ramène au madrid de mon enfance...

Posté par Henri_Pierre à 14:35 - Commentaires [14] - Permalien [#]

mercredi 1 mai 2019

Chroniques carpiniennes d'un dernier jour d'avril

Avril verse en mai agité de sautes d'humeur imprévisibles, chaleurs précoces suivies de gels imprévus qui assassinent les floraisons naissantes des magnolias, escapades de soleils brûlants en alternance avec pluies glaciales, il fait chaud, il fait froid, il pleut, il mouille ce n'est pas la fête aux crapauds saisis par la froidure en pleins ébats amoureux.
Heureusement, dans la semi-touffeur de la serre, le jasmin commence à embaumer plus généreusement que jamais.

27 avril 2019 (1)

Ce 30 avril, le temps, tant bien que mal, essaie de se montrer aimable ; temps propice à une promenade impromptue, chaussé de solides souliers de marche et bardé d'un blouson de cuir, selon les caprices du soleil, sera tour à tour ôté et ré-endossé.
En entrée de forêt, l'église continue sa cure de jouvence, il faut qu'elle soit prête et au sommet de sa séduction pour la messe annuelle du 18 août ; la vieille bâtisse composite au chevet médiéval, aux boiseries XVIIIe siècle et à la nef Restauration accueille enfin Fée Électricité qui nous permet, fait inédit, d'admirer encore, le soir ou par temps sombre, les tableaux fraîchement restaurés.
Notre vénérable Belle au bois dormant est enfin sortie de son long sommeil.

30 avril 2019 (2)

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A l'extérieur, c'est au tour des travaux d'assainissement de protéger les bases de l'édifice de la lèpre d'humidité qui rongeaient ses fondations depuis des lustres ; sortis de leur gangue de mousses et de moisissures, d'émouvants graffitis témoignent des générations de tâcherons qui ont contribué à préserver jusqu'à nous le bucolique lieu de culte.
La nouvelle municipalité s'est donnée pour mission de transmettre aux générations futures ce qui reste du patrimoine d'un village qui connut, grâce aux hauts-fourneaux, son heure de gloire aux temps de fer et de fonte.
J'avoue en tirer belle satisfaction. 

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Puis s'ouvre le grand vert, pas âme qui vive, des atavismes de crainte naissent de l'esprit vagabond qui louvoie de bruissements en solitudes ; "on" aurait aperçu un loup il y a de cela un an ou deux ; bon, ne laissons pas la folle du logis s'installer, je n'arbore aucun couvre-chef rouge et le beurre n'est pas mon fort. Et puis, je suis grand, non ?  Un chevreuil aboie sous le couvert de la sylve, la canopée bruit au gré des vents ; un ronronneent d'avion dilué dans le bleu, la-haut, nous ramène au présent.
Je constate l'immensité de mon ignorance devant la multitude d'espèces végétales insoupçonnées, il est des fleurs vertes comme leur feuillage, elles n'en sont que plus troublantes ; parmi les mille et une espèces de fleurettes qui enchantent les bas-côtés du chemin, le violet et le bleu dominent, la rutilance des pissenlits et des boutons d'or est réservée aux espaces découverts ; quelques violettes résistent timidement au creux des fossés, plus hardis, les myosotis dressent la douce insolence de leur azur sans pareil au-dessus du tapis herbeux.

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30 avril 2019 (14)30 avril 2019 (19)

Là où le chemin se meurt au bord de mystérieuses et sauvages profondeurs, à l'heure où les ombres allongées annoncent la fin de l'après-midi, je rebrousse chemin ; une quiétude qui pourrait faire croire au paradis sur terre enchante les lieux d'une secrète et silencieuse musique de l'âme, comme une invite au bonheur.
De loin la cime dominante du grand hêtre pourpre me dit la proximité de ma demeure des bois, j'avance... languides les vaches animent de leur dolence les abords de la mairie et de l'église et j'accoste enfin aux rives de la grande maison par l'oblique des accès "cachés"

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30 avril 2019 (24)30 avril 2019 (26)

La journée fut belle qui sonne le glas de l'avril pour nous ouvrir la porte de mai...

 

Posté par Henri_Pierre à 10:28 - Commentaires [11] - Permalien [#]