Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mercredi 16 janvier 2019

Poésie impromptue

Monde en bataille, temps rongés par la lèpre de la véhémence, paroles démesurées pour pensées racornies. Même, ici, en ce janvier de Marrakech, "l'actualité" gangrène l'espace médiatique et les réseaux qui dits "sociaux" sont de plus en plus asociaux.
De fureur sont les temps, le coeur est de grisaille.

Et puis, les tours et détours de ces souks aux ruelles enroulées sur elles-mêmes, débouchant sur des riens mystérieux ou joyeux ou s'ouvrant sur des aveuglements de lumières inattendues.

"Mon petit antiquaire" pourvoyeur de tant d'objets qui depuis vingt-quatre ans peuplent l'espace de ma maison de l'ailleurs, tentures, caftans et soieries aux patiences oubliées, chinoiseries, mobilier et autres vestiges des demeures coloniales ou des palais marocains abandonnés ou furieusement mis aux normes de l'indispensable "confort" (Dieux que je hais ce mot "confort", mou et encombrant comme un canapé où s'asseoir est se vautrer).

Et là, soudain, tapi dans l'ombre caverneuse, entre un kipao de soie d'or et une vaisselle anglaise : un livre.
Une couverture aux tons effacés hantés par une silhouette diffuse étrangement tranquille, dramatiquement hallucinée.
Un titre : Le crieur.
Un auteur : Omar El Malki
Une maison d'édition : Imprimerie de Fédala à Mohammedia, collection Pro-Culture
Une date 1976.
1976...
trois ans déjà que j'avais fermé la parenthèse marocaine Marocaine de ma jeunesse.
L'air de ce temps était doux, nous fumions et buvions en refaisant un monde qui s'annonçait si beau, Occidentaux et Marocains, chrétiens, juifs ou musulmans sans même penser à la "différence" ; les filles se dévoilaient et le jeûne du ramadan semblait une "affaire de vieux".

16 janvier 2019 (1)

Irrésistiblement j'achète l'ouvrage, son toucher a la douceur suave des semi-cartons polis, les angles se soulèvent en cornes usées par de multiples lectures, je l'ouvre.
Les feuilles sont au nombre de 176 et reproduit l'écriture, appliquée sans prétention de calligraphie mais si belle, si vraie, qu'elle est en elle-même un message.
Le papier aux bruns vibrants s'orne de phrases et de mots entrecoupés d'espaces qui sont autant de soupirs, de murmures, de respirations. Certains mots, isolés dans le vide jaillissent comme le cri d'une gemme sertie dans les airs. Chaque partie du recueil est illustrée d'une gravure de Benaâs (?) so seventies
Émotion !
Les remugles de notre monde fou s'évanouissent, le coeur se remet au rythme de la soif de savoir un nouveau voyage.
Poésie salvatrice qui, au bon moment, vient me dire que la beauté existe.

16 janvier 2019 (2)

16 janvier 2019 (3)

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la terrasse, au chaud du soleil d'hiver, Je me suis immergé dans les rythmes des poèmes, j'ai roulé avec gourmandise les mots sur ma langue, avec ferveur, je me suis ému de ce monde perdu que disent les vers libres, un monde de liberté des moeurs et des paroles, un moment de croyance au futur, où l'esprit vaguait dans les sphères des vraies questions car non polluées encore par les poubelles de l'intolérance et des crispations de nos aujourd'hui.

De chacun des huit chapitres, je vous livre, chers lecteurs, quelques émotions.

Impression (1) Pour Nadim 

Je suis
triste
Je suis
nu
L'aigle du froid
      m'a violé.

Impression (2)

      Que puis-je ?
L'enfant
est passé avec la tempête
L'enfant
attend sur la rive
L'enfant
vomit la faim du soir
             Et pleure la
      Mort

Énigme

Ami
            qu'as-tu ?
L'issue est proche
Ton phallus bat la
             mesure
de l'éclosion du matin
Et l'enfant psalmodie
la prière du grand aigle

L'Attente

J'ai connu l'homme
et son ombre couleur
              d'acanthe
J'ai vu la femme
allaiter l'orphelin du
          ventre de la
                    mort
Et l'oiseau-devin

Ivresse

       O mes frères
Nous naviguons sur l'écume
                         des rêves
et l'écho des sirènes porte
                            au loin
la douleur des maraudeurs
Le ventre jongle de rage
la langue aigre de
                       Servitude

Ironie

Sont blêmes de rancune
Le coeur s'engouffre
           dans les darses
           du
          désespoir
La rue cimetière baignée
du sperme
                de l'aigle
                       fantôme

Un soir pour Abdelaziz Laghrari

La fête du délire était
aux portes de l'aube
                 humaine
J'ai vu
Une ombre recouvrée
Une ombre des
                instances
Une ombre...

Le chant du vent. En hommage à mon ami Thami El Azemmouri

Leurs voix de maille de fer
comme mille bouches
autour de l'anus du désir
Psalmodient
               l'éternel retour
De l'aigle fou
              des hautes vallées

Un rêve

je suis né présumé
Victime d'un malentendu
D'une douleur
        D'un cri de falaises
            C'était
Un jour de prières

Et voilà, un choix, arbitraire, j'ai préféré ouvrir des pages au petit bonheur la chance pour chaque chapitre...
J'eusse tant aimé savoir de lui autant que je sais de son époque, mais la Toile a été chiche en renseignements :
Omar El Malki
Né à Essaouiara.
Directeur de la revue "pro-culture" à Rabat
"Le Crieur" 1976
"Soundiyi" 1981.

C'est tout.
Je continuerai mes recherches et me fie à ma bonne étoile. Si vous, cher lecteur en savez davantage...

 

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lundi 7 janvier 2019

Hybris

Hybris, ou encore hubris : sentiment de démesure extrême fait de passions et d'orgueil exacerbés qui appelle fatalement la vengeance des dieux, la destruction, la némésis.

La légende grecque nous fournit en illustration Prométhée ou Icare et la religion Lucifer ;  l'Histoire nous donne en exemple Kassapa 1e, le roi patricide, le fondateur du palais-citadelle de Sigiriya.
En ce moment de notre Histoire, où l'hybris collective fait de l'homme, par ivresse de pouvoir et soif de lucre le destructeur conscient de la planète, nous pouvons voir déjà les prémisses des effets de la colère de Gé, la Terre-Mère, violée et bafouée.

Mais transportons-nous à Anuradhapura, capitale sacrée de ce royaume cingalais depuis déjà sept siècles, en cette année de grâce 473 où le premier monarque de la dynastie Moriya, le puissant Dhatusena, vient d'être, suite à une révolution de palais, détrôné par son fils, Kassapa.
Aucun ingrédient ne manque à cette histoire de folie du pouvoir, de trahison et de vengeance, pas même le dignitaire félon qui, pour se venger d'un différend, manipule méthodiquement les comparses aveuglés par leurs passions, en l'occurence, Migara, chef des armées royales qui mit ses forces au service de Kassapa afin qu'il détrônat son père.
L'horrible forfait couronné de succès, l'héritier du trône, Mogallana, demi-frère cadet mais légitime car né d'une épouse royale alors que Kassapa n'est que le fils d'une concubine non royale, s'enfuit en Inde du sud le coeur débordant de ressentiment.
Le rusé Migara fomente un complot qui conduit Kassapa à emmurer son père, ajoutant ainsi le patricide à l'usurpation, le nom sous lequel le retient l'Histoire est celui de Pithru Ghathaka Kashyapa, autrement dit Kassapa le Patricide.

10 décembre 2018 Anuradhapura_Mihintale (139)

Anuradhapura dont les impressionnants vestiges témoignent de sa splendeur passée, touchée dans ce qu'elle avait de plus sacré, ne cacha point son horreur indignée devant tant de vilenie, si bien que le nouveau roi, en proie à la réprobation de la ville et hanté par la crainte d'un retour armé de son frère, entreprit de fonder sa propre capitale pour se mettre à l'abri.
Et ce fut le rocher de Sigiriya qui parut lui offrir toutes les garanties nécessaires.

09 décémbre 2018 Sigiriya_Polonnaruwa (37)

Vaisseau fantastique émergeant de l'immense nulle-part de la jungle, nimbé de vapeurs de brume il flotte, le rocher formidable, massif et onirique au-dessus des vagues ondoyantes de la canopée.
Du haut de ses 370 mètres, l'impressionant rocher de Sigiriya cerné de plaines s'aperçoit de fort loin, se précise au fur et à mesure de l'avancée aimantant les regards, intimidant comme une puissance incompréhensible, fascinant comme une possibilité de frissonnants mystères aventureux
C'est cette forteresse naturelle que le régicide élaborera en citadelle inexpugnable, sa nouvelle capitale sommée de palais et de bassins de plaisance féeriques. Ce projet fou sera mené à bien en un temps record faisant ainsi de Sigiriya une parenthèse de vingt ans dans l'histoire des rois d'Anuradhapura.
Avant Kassapa le rocher était habité par des moines anachorètes et de cette occupation nous restent les témoignages de quelques décors pariétaux et un Bouddha couché de treize mètres, notons au passage qu'après la défaite de Kassapa la ville sera rendue aux religieux pour sombrer peu à peu dans l'oubli, noyée dans la sylve avant que les découvertes archéologiques du dix-neuvième siècle ne lui donnent une deuxième vie.
Sur ce fond de toile historique je vous invite à la découverte de l'ancienne capitale de ce roi aux rêves trop grands pour un homme, un homme cruel et paranoïaque, amateur d'art et de jardins raffinés.
Passée la double enceinte de murs et de canaux qui ceinturait la ville, la succession de jardins de styles divers rappellent curieusement Versailles ; anticipons la découverte par une vue d'ensemble offerte du haut d'une des terrasses du palais sommant le rocher afin de comprendre l'organisation des jardins : l'axe central, une immense promenade rectiligne divise l'espace en deux parties rigoureusement symétriques faites de parterres géométriques, de canaux et de bassins ; ces water gardens ne sont pas sans me rappeler le jardin à la française cher à Louis XIV, où l'homme assujettit la nature à sa vision d'un monde idéal.
Une lente déclivité qui va s'accentuant progressivement amorce la montée vers la citadelle, c'est sur ce sol en pente parsemé de rochers que les jardiniers du roi se soumettent aux caprices de la nature, nous avons quitté le jardin raisonné pour un savant semblant de chaos, des jardins pittoresques les Boulders gardens, ou jardins de rochers, curieusement parents des jardins anglais de Versailles, où une reine jamais en retard d'une mode se fit construire un univers champêtre au naturel avec ses méandres et sa fausse grotte plus vraie que nature.
Enfin, des escaliers taillés dans la roche se faufilant entre deux rochers faisant porte, ouvrent l'accès aux Terrace gardens destinés aux cultures vivrières. Un  potager du Roy sous les tropiques...

09 décémbre 2018 Sigiriya_Polonnaruwa (92)

09 décémbre 2018 Sigiriya_Polonnaruwa (28)09 décémbre 2018 Sigiriya_Polonnaruwa (114)

Kassapa, ne se contentait pas de cultiver les plantes ornementales, il s'adonnait aussi au culte des femmes-fleurs qu'il aimait passionnément ; une rampe vertigineuse mène jusqu'à un long corridor concave où la paroi de l'anfractuosité naturelle est ornée de fresques représentant une théorie de ravissants portraits féminins représentatifs des canons les plus purs, les plus classiques de l'art cingalais ; il reste vingt et une ineffables beautés sur un ensemble qui, pense t'on, en comptait cinq-cents.
Sensuelles et fluides les créatures de rêve parées essentiellement de bijoux et d'écharpes bayadère ploient leur corps avec grâce en des gestes d'offrande, aux dieux ou à l'amour, de lotus et de coupes à libation.
Un gardien, devant mon admiration qui gênait la circulation de l'étroite galerie, loin de s'en offusquer me prit à partie pour me livrer sa lecture de ces représentations, il s'agirait selon lui des femmes et concubines du roi, y distinguant même deux types physiques : les compagnes royales arrivées d'Inde du sud et celles originaires de l'île même ; explication quelque peu terre à terre mais cohérente dans ce pays où le pouvoir s'est toujours disputé entre Tamouls hindouistes et Cingalais bouddhistes.
Pour d'autres esprits plus éthérés il faudrait y voir des Apsaras, ces nymphes à la beauté parfaite de la mythologie hindoue.

Je vous laisse le choix de la version qui vous conviendra le mieux, mais admirons tous, leurs cheveux poudrés de vert, leurs cous ployants et leurs seins lourds ainsi que la mollesse d'oreiller de leur ventre si éloignée des diktats modernes des salles de fitness mais si propice aux abandons de l'amour.
Divines ou humaines le Damsels restent révélatrices de l'érotisme raffiné qui régnait à la cour du monarque.
Le mur-parapet longeant la galerie est enduit d'un revêtement qui, réverbérant les rayons du soleil éclairaient doucement les jeunes femmes, et de ce fait connu sous le nom de mirror wall.

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Toute bonne chose ayant une fin, il faut bien se résoudre à quitter les séduisantes courtisanes et poursuivre l'ascension vers le palais-forteresse ; la galerie débouche sur une esplanade où une volée de marches taillées dans la pierre permettent l'accès au premier niveau de l'ascension, l'escalier prend place entre les deux pattes d'un gigantesque protome de lion en briques qui devait parfaire la ressemblance du rocher avec l'animal incarnant l'autorité royale ; de cet appendice, seules subsistent ces griffes.
Cette première étape, aisée, de l'ascension se poursuit par une série d'escaliers suspendus agrippés aux parois verticales du socle colossal, exercice à déconseiller aux explorateurs sujets au vertige... Cependant l'intrépide est récompensé par la vision de ce que son imagination la plus folle n'aurait pu lui laisser pressentir,  l'invraisemblable ensemble palatial des nues, mirador improbable d'horizons sans fin, se mérite.
Les vestiges de salles creusées à même la roche et complétées de murailles de briques s'étagent en pyramide sur ce piton de l'impossible où la démesure du patricide s'exprime en gigantesques bâtiments étagés dans un rêve dément où se rejoindraient le Potala et la Cité Interdite.
Le bastion des cieux dit avec force l'obsession de la sécurité chez celui qui a enfreint toutes les lois, rien ne peut se dérober à la vue, on surplombe à la ronde l'immensité de la plaine, aucune attaque surprise n'est possible.
Le luxe des palais, des piscines d'agrément, du trône taillé dans le roc racontent l'ivresse de la puissance dans l'abandon à tous les plaisirs.
Tout est prévu, l'usurpateur peut dormir tranquille.
Sauf que...

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... Soeur Apsara, toi la Belle aux yeux d'étoile, toi la Voluptueuse aux lèvres si savantes, ne vois-tu rien venir ?
- Je vois mon Roi, une armée, immense, qui ondule inexorablement dans notre direction.
- Bah, bah, ma Douce, reprenons nos langueurs, nul ne pourrait franchir les accès si étroits, j'ai tout prévu dans notre aire inatteignable.

Nous sommes en 495, vingtième année du règne de Kassapa, l'homme qui défia les dieux, le roi qui voulut régner près des nuages.
Mogallana le demi-frère légitime, vient assouvir sa rancoeur et reconquérir son trône à la tête d'une immense armée.
Kassapa a tout prévu, un système d'irrigation qui assure l'eau vitale.
Kassapa a tout prévu, sauf... le ravitaillement.
Faiblesse de Kassapa qui a voulu égaler les dieux.
Après une semaine de siège, les défenseurs sont affamés et c'est la fin de Kassapa.
La version la plus répandue de la mort du mégalomane : ses troupes fuient devant les assaillants, Kassapa tente une sortie mais son éléphant trébuche, désespéré, il se tranche la gorge avec sa propre épée.
Une autre version : Affamé, l'usurpateur se rend à son frère qui l'assassine.
Là aussi, selon votre sympathie pour ce personnage hors normes, je vous laisse le choix entre la sortie glorieuse ou la fin misérable.

La ville d'Anuradhapura, antique capitale depuis 377 avant JC, redevint le centre du gouvernement jusqu'à sa destruction par la dynastie tamoule Chola au Xe siècle ; A cette ruine succède la gloire de Polonnaruwa, nouvel épicentre du pouvoir.
Mais ceci est une autre histoire.
Sigiriya, abandonnée, enfouit le souvenir de ses vingt ans de splendeur sous la touffeur moite et étouffante de la jungle envahissante ; désormais, seuls les macaques hantent les ruines grandioses ; entre deux facéties, cette guenon au regard insondable médite, j'en suis certain, sur la vanité de toute entreprise humaine.
hybris, némésis...


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vendredi 21 décembre 2018

Une vie de chien

Tu t'appelais Chitan, mon chien, mon ami, mon fidèle.
Chitan, "Satan" en arabe, nom-transfert peut-être, puisque c'est le sobriquet que m'ont valu mes facéties dans mon chez-moi marocain.
Tu es né un 17 mars 20006 dans le petit élevage champenois de Vallant-Saint-Georges et tu avais deux mois et demi en ce mois de juin quand tu entras dans notre vie à Charmes, le printemps t'allait bien.
Tu nous a quittés ce 12 décembre 2018 après 12 ans, 8 mois et 12 jours de complicité et d'amour, l'hiver t'allait mal, mon Solaire.
Nous étions loin, mon Élégant, tu as voulu partir en toute discrétion, merci.
Yannick qui t'aimait t'a enseveli dans un petit cercueil confectionné par ses mains... mais la terre froide n'était pas ton élément, mon Aérien ; de toi je veux garder l'image de tes acrobaties dans les airs, préludes aux allègres plongées dans l'étang.
Mon Dieu, combien étais-tu beau mon petit braque...

été 2010 186

Tu as passé ta vie à Charmes, à part quelques vadrouilles non autorisées et les rituels "suivis" chez le vétérinaire ; la grande maison, ses dépendances et son vaste parc ont été le théâtre de toute ta courte er riche vie.
Tu n'as pas été le premier chien de Charmes, Belle, ce magnifique fauve de Bretagne que la route nous avait donnée, t'avait précédée, il fallait bien lui donner un compagnon, et ce fut toi...
Une annonce en ligne nous amena jusqu'au lieu où tu devais naître, tu étais encore dans le ventre de ta maman... Deux mois et demi plus tard, nous te ramenions dans un carton tapissé d'un vieux chandail et posé sur mes genoux, ton sommeil fut de courte durée, mon Curieux, dressé sur tes petites pattes, tu regardais droit devant toi la route qui t'amenait vers ton destin, notre destin commun...
Ton enfance se déroula sous la férule de l'attentive Belle qui prit ton éducation en main, au premier et seul pipi dans la maison, ce fut elle qui te sortit manu militari, et à part les franges d'un fauteuil-crapaud, pas si beau que ça au demeurant, aucun méfait n'est à compter à ton actif.
Tu étais un petit chien comblé, baignant dans l'amour de tes maîtres entièrement conquis et celui de ta mère de substitution, tes jouets étaient abondants et avant de les déchiqueter avec obstination, tu nous organisais des concerts stridents de carottes et poissons en caoutchouc.
Très vite, le couvert du cyprès de Lawson est devenu votre QG, il faut dire qu'à la croisée de tous les itinéraires autour de la maison, il est un excellent poste d'observation.

printemps 06

 Janvier 2008

03 nov 10 (1)

Pendant les temps heureux de l'adolescence et de ta belle jeunesse s'est affirmé le caractère d'un animal somme toute assez particulier, spécial et terriblement présent.
Je ne sais qui a inventé la maxime selon laquelle il ne manque aux animaux que la parole ; les regards et la gestuelle sont un langage éloquent qui disent toutes les demandes, les attentes, les sentiments et les émotions et puis il y a les aboiements, de colère, d'appel, d'avertissement, de joie, etc. Chitan  donnait de la voix puissamment, obstinément,  mais, aussi et surtout, il modulait toute une palette de sons variés, maugréant, affirmant, contestant, approuvant, réclamant, à la grande surprise de qui assistait à nos "dialogues". Mon Bavard impénitent...
Il aimait être le centre du monde, si je le revêtais d'une nappe-cape à traîne, il se pavanait avec componction, à pas comptés, ivre des acclamations de l'asistance. Mon Vaniteux.
Racé et vigoureux, sa vétérinaire voulait le faire "homologuer", nous avons décliné, nous n'allions tout de même pas atteindre à sa dignité par des jeux aussi dégradants que les concours de misses...
Mais dieux, qu'il était énergique, il s'adonnait à tous les exercices physiques que le vaste domaine lui rendait possibles, sauts dans l'étang et nages effrénées, tout était prétexte à faire jouer sous sa robe truitée le magnifique jeu de sa puissante musculature. Mon Intrépide, mon Facétieux.

été 2010 189

04 mai 2013AOÛt 2007

Mais aussi et surtout, Chitan avait un trop plein d'amour qu'il distribuait avec enthousiasme et une entière confiance, jamais je ne l'ai vu faire montre d'agressivité, quémandeur de caresses il séduisait tout un chacun, allant jusqu'à attendrir les plus réfractaires au monde canin, mes plus délicieux souvenirs avec lui sont ces longues siestes où je sentais son petit coeur battre la mesure de son affection sur ma poitrine ; ne dormant plus, je ne bougeai pas pour ne pas le réveiller, il ronflait comme un sonneur et ses vibrations sonores me berçaient à la vie. Mon Tendre.

avril 2008 (1)23 juillet 09

août 2007 bis

N'oublions tout de même pas qu'un braque allemand est un chien dit de chasse, et que Belle, fauve de Bretagne, aussi, l'une chien courant et l'autre chien d'arrêt ; à tous deux nous leur devons de sacrés carnages ; en vrac : renards(les pauvres), ragondins(tant mieux), putois et belettes (tant pis), oiseaux (les pauvres encore), un chevreuil (quelle horreur) et les cinq canards des gardiens d'alors (je leur avais bien dit de ne pas les lâcher)... j'avoue, que pour moi, l'opposant à la chasse, ce ne sont pas là les titres de gloire que je lui décerne, mais bon,il paraît que c'est atavique... Mon Cruel.

Les années passant, l'épisode Belle prit fin sur la route fatale sous le choc d'une voiture en ce jour de malheur du 13 février 2011.
Le désarroi fut total, Chitan, pour la première fois de sa vie me lécha frénétiquement les visage en poussant des cris déchirants, il mit deux ans avant de réintégrer son "nid" sous les cyprès de Lawson, sa seule vue l'attristait. Mon Fidèle en amour.

Ne pouvant laisser l'orphelin sans compagnie, nous décidâmes de lui donner un compagnon de jeux adulte, une semaine après la mort de Belle, nous amenâmes Chitan à la SPA de Chaumont et, de concert, ce fut Donuts, un bleu de Gascogne, tricolore et quatre-oeillets, autre chien d'arrêt au regard profond et qui n'aboyait pas frénétiquement, qui fut élu. Cependant, circonspect et pour mettre les choses au point, Chitan, s'installa sur mes genoux, histoire de montrer au nouveau "frère" à qui j'appartenais. Mon Jaloux.
Mais ils devinrent vite inséparables.

05 mars 11 (18)

Les années filent, vite, Chitan avait onze ans révolus et la vie de nos compagnons à quattre pattes étant courte, il fallut, la mort dans l'âme, prévoir une "transition" douce.
Nemrod, un bébé drahthaar, autre chien d'arrêt, né le 24 avril 2017, vint augmenter la fratrie, en ce 9 août 2017.
Les trois amis ont filé le parfait amour fusionnel, une mini-meute qui entre deux courses folles et leurs jeux rien qu'à eux, adoraient nous tenir compagnie durant les heures de repos ou de travail, la maison leur restant toujours ouverte.
Je n'ai jamais éprouvé autant de quiétude que dans ces moments de recueillement rythmé par le souffle du trio à poils.

23 décembre 2017 (1)

Chitan vieillissait, inexorablement, une hernie discale le rendit infirme de l'arrière train et, il y a un an, une opération dans une clinique de Reims lui rendit sa mobilité. Chitan, la rage de vivre chevillée au corps surmonta l'épreuve, je rends ici hommage à Jacques qui le veilla pandant deux mois, sa maison étant de plein-pied. Etonnament vite Chitan se remit à marcher, voire à courir, pathétique comme un petit jouet désarticulé, stimulé par l'impétuosité de Nemrod ses progrès étaient rapides et constants, allant jusqu'à se disputer bâton comme "avant".
Cependant Chitan ne s'aventura plus à nager, Mon pauvre Amphibie.

juillet 2018

Nous sommes partis, en ce mois de décembre,  à Ceylan en toute tranquillité, Chitan allait si bien...
Le reste je l'ai déjà dit.
Il n'y a plus de paroles, la mort d'un tel compagnon est la mort d'un proche. Une part de moi est partie et reste un grand vide.
Je remercie tous ceux, et ils sont nombreux, qui l'ont aimé.

7 juillet 2010

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