mardi 7 avril 2009
Mon humanisme
Le ciel sans début ni fin, limpide ou brouillé, resplendissant ou menaçant, sombre ou lumineux, vit ses caprices ou ses pulsions, impavide au-dessus de nos têtes.
Mais vit-il vraiment ? Drôle de propension que celle de l'homme à prêter ses affects aux éléments pourtants dénués de sentiments ; le ciel n'a cure d'être aimable ou terrifiant, pas plus que les forces obscures et titanesques qui ont accouché de notre monde, de notre univers.
Les planètes tournent, la voie lactée saupoudre la voûte céleste de son lumineux poudroiement et les étoiles scintillent ou balafrent le ciel des queux de leurs comètes.
Mais tous ces mouvements sont hors de toute conscience ; aucun vent ne se veut ou typhon ou alizée, aucune onde ne décide d'être le salut de la fraîche pureté de ses transparences, pas plus que le châtiment cataclysmique des typhons déchaînés.
Immuables et malgré elles, dans leur balancier inexorable, les marées ne maîtrisent ni leurs flux ni leurs reflux, ils sont c'est tout, ni malgré elles ni par elles, parce que les mystérieuses évidences des attractions sont ainsi, tout comme les gravitations et le mouvement des planètes, les floraisons des printemps et les morts des hivers.
Tombe la neige, d'elle même et parce qu'il en est ainsi, et qu'aucun flocon ne peut se soustraire à sa chute toute de légèreté suspendue.
Les saisons ne vont ni ne viennent, elles sont et rien ne peut altérer les effets des lois de l'univers.
Le monde subit son animation. Il est en motion.
Et l'homme est, dit-on, une infime poussière perdue dans le flux des Temps, une petite chose fragile et de si brève durée, victime et jouet des éléménts qu'il a appris à craindre.
Un homme n'est rien d'autre qu'un frémissement qui ne laissera trace, son souffle aussitôt éteint que né n'est que quantité négligeable et l'Histoire tout comme les histoires sont peu à peu ensevelies dans les strates des oublis inéluctables.
Oui, mais l'homme vit de sa vie propre, les miracles d'un rire ou d'une larme, qu'ils soient affichés ou contenus, libérés ou retenus n'appartiennent qu'à lui.
L'homme écrasé et misérable secoue la malédiction de son existence en se rebellant contre l'ordre naturel des choses ; en voulant vivre mieux ou autrement il forge sa liberté ; en voulant apprivoiser les éléments, tenter de s'en prémunir, demander par ses efforts et son ingéniosité à la terre plus qu'elle ne voudrait donner, l'homme conquiert son autonomie qui, même si relative, a bien plus de prix que la passive soumission .
L'homme aime et déteste.
L'homme secoue ses torpeurs, marche, avance, fabrique,.
La dimension d'un sourire ou d'un attendrissement, d'une injure ou d'une imprécation est bien plus immense dans sa consciente volonté, plus bouleversante dans son défi, que les chocs tectoniques aveugles et sans conscience.
L'Homme est plus grand que l'univers ; l'amour et la haine, le bien fait ou le mal accompli, la main tendue ou la course effrénée à la satisfaction de ses égoïsmes sont, dans leur autonomie décidée, bien plus vastes que les mouvements de ce vaste monde.
L'Homme est é-motion parce que ce qui le meut lui appartiennent..
Commentaires
Emotions de te retrouver le temps d'une éclipse, sans être lunatique, juste ailleurs.
@ marie : Eclipse dis-tu ? Mais tout continue, en cours souterrain, mais bien vivant.
Sois heureuse en tes ailleurs, Marie d'ici et Marie d'ailleurs.
Nihil sum, ergo sum
Difficile de commenter, bel ami, un tel billet, si juste et si plein que lui ajouter quoi que ce soit tient presque de l'ornement un peu "déplacé".
Pourtant ce que tu dis est essentiel, dans la mesure où ton propos justifie une des activités les plus émouvantes de ce rien qu'est l'Homme : l'art. Qu'y-a-t-il de plus dérisoire qu'une musique dont rien ne restera une fois que les instruments se seront tus ? Qu'y a-t-il de plus fragile qu'un panneau de bois ou une toile tendue sur un cadre que la moindre étincelle suffit à embraser ? Même ce qui paraît si solide, marbre ou bronze, finit par céder face aux convulsions de la terre et du temps. Et pourtant, de toute éternité, l'Homme a fait de la musique, il a peint, il a sculpté, il a écrit. Il a immortalisé son regard, ses émotions, ses colères, toutes ces choses qui ne sont même pas un accroc dans le tissu du Temps. Pour quoi ? Pour tout ce qui comptait à ses yeux, qui s'il n'est rien à l'aune de l'éternité, peut être toute une vie, tant de temps à apprendre, s'éprendre, se méprendre, s'apprendre. Tout l'Homme est là, il l'est intensément : c'est parce qu'il n'est rien qu'il lui est permis de devenir un tout.
A Jean-Christophe
Merci de ce prolongement sur l'art que tu apportes à mon billet.
J'avais pensé à l'artefact et aussi au dépassement de l'homme voleur d'étincelle mais me suis retenu pour condenser mon propos.
Tu vois donc que ton commentaire est le bienvenu qui enrichit le sujet...
Et puis l'homme cultive son jardin, quoi de plus éphémère que l'arrangement floral. C'est de l'art aussi. Il reste les photographies et le regard de l'homme, aiguisé et malicieux.
Homo ecce
L' Homme : une drole d' idée, une conception étrange, peut-être éphémère, aux promesses aléatoires comme équivoques.
L' Homme : un point d' interrogation sur l' échelle de l' Evolution.
L' Homme : une révolution ?...
Et l' Humanisme, en tant qu' idée philosophique, deviendrait-elle une promesse corrompue ?...
Ut fata trahunt
Je salue l' excellence de ce billet, Henri-Pierre. Et le partage, c' est aussi l' Homme !
@ marie : Oui, marie, et fragile comme tous les arts. Le regard est mien, mais chuut, il faut pas le dire.
@ Cyrille : "promesse corrompue", je te la jalouse furieusement cette alliance de mots somptueuse. Merci de ta visite ;-)
Le mythe de Prométhée revisité avec un regard d'enfant...
Mais dis moi: quel cadavre embarrassant as tu enfoui sous tes bulbes en guise de macabre terreau(allusion à la photo bien sur)
@ Harold : merci de cete allusion à Prométhée que je n'ai voulue que sous-jacente.
Quels cadavres, puisqu'il y en a plusieurs ? certaines illusions mais aussi certains désespoirs pour équilibrer mes errements.
par hasard, ne chercheriez-vous pas le trésor (extincteur plein de diamants) pour remuer toute cette terre avec un tel acharnement ? je veux en être : pas du labourage, mais du trésor quand vous l'aurez trouvé !
@ Mitcha : pareseuse et intéressée, comme toutes les blondes, na ! Aïe, je vais me faire des copines sur ce coup-là !
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