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Le blog de HP
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21 mars 2011

Paris, la grâce inopinée d'un printemps avant l'heure

Chacun, peut à Paris peut rêver d'un paradis et même, selon ses moyens et son imagination le bâtir en  s'aménagent ingénieusement une porte sur leur petit Eldorado, comme cet astucieux balconnet qui se donne des airs de jardin.
La capitale, ce mercredi seize mars si doucement printanier, m'offrit au cours d'une déambulation sans but, en ces confins confus où les troisième, neuvième et dixième arrondissements peinent à dire leurs frontières, deux heures où tout semblait concourir à me dire, dans un vaste sourire, la bigarrure de ses diversités.

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Je m'émerveille chaque fois de la vigoureuse virtuosité du ciseau de Michel Anguier qui a su figer dans un mouvement pétrifié la fureur théâtrale des batailles et la majesté impérieuse des allégories de l'arc de triomphe de la porte Saint Denis ; plus loin, laissant le boulevard sur la gauche, cet immeuble prou de navire donne accès à la rue de la Lune, vous savez, celle où Lucien de Rubempré et Coralie, sous la plume de Balzac, abritèrent leurs amours. Cette étroite voie au nom poétique nous mènera droit à l'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, temple Restauration récemment sorti des voiles de la restauration.

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Dans l'alignement des façades, pas très loin de l'illustration du frontispice de cette page, les colonnes classiques de cet édifice inauguré en 1830 sont surmontées d'un fronton à l'esthétique dépouillée qui s'inscrit dans l'azur de ce renouveau précoce ; la poésie n'est jamais loin à Paris03_16_mars_11__9__la_lune témoin cette bicyclette joyeusement personnalisée attachée à la "sucette" qui dit l'essentiel de l'église pour les yeux de passage.

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 A la sortie, avant d'emprunter la volée de marches colonisée de pigeons voraces qui donne accès au boulevard, les yeux buttent sur le printemps délicat de la ville fleurie.

Le lieu connut un destin mouvementé, après quarante ans de vie, l'église dont le nom évoque l'Annonciation, fut détruite sous la ligue en 1591 puis reconstruite par la pieuse Anne d'Autriche en 1628. Le bâtiment souffrit tellement sous la Révolution que, menaçant ruine, il fut passé commande à l'architecte Godde pour une totale reconstruction.
Un panneau explicatif montre l'édifice précédent que Balzac décrivit comme exigu et vétuste, une plaque de marbre parpétue le souvenir de la généreuse donatrice ainsi qu'un tableau attribué à Mignard, je suis désolé de la mauvaise qualité de la photoraphie, les conditions n'étaient pas idéales meis je n'allais tout de même pas chercher chez Monsieur Google ce que mes yeux me donnaient à voir. Non mais...

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 Godde a donné à son oeuvre la forme harmonieuse d'un vaisseau à trois nefs où le bonheur des proportions évite le risque d'austérité de cette grammaire d'un style, qui, voulant oublier les lourdeurs de l'Empire, revint à l'élégance dépouillée de la fin de l' Ancien Régime.
Le choeur est ceint, sous la source de lumière de son dôme à caissons, d'une semi-couronne de grisailles actuellement en cours de restauration, au dessous quelques beaux tableaux anciens hérités du précédent édifice animent les murs, malheureusement la rangée de chaises en matière plastique bleu qui en garnit le tour m'interdit de vous en donner l'image. Des fois que vous pensiez que je les cautionne (comme si j'avais une tête d'Aillagon...)
Au fond de la lumineuse et vaste chapelle de la Vierge, une séduisante Madonne que je pense en tilleul se déhanche gracieusement pour soutenir l'Enfant.

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Je rejoins le boulevard et constate que notre vertueuse époque abrite désormais un musée du chocolat dans le bâtiment qui était, il n'y a guère, le réceptacle sulfureux des vapeurs et des émois d'un sauna échangiste.
Un jeune passant à la vêture de dandy "caillera" fait preuve cependant d'un soin infini dans le jeu des noirs et des roses vifs de sa mise ; la rue, dans ce quartier de tous les contrastes, débouche sur le manièrisme aux grâces conventionnelles de cet oeil-de-boeuf surmontant la porte d'accès à un "centre culturel" chinois. Le choc des cultures...
Dans les plus anciens immeubles, la précision de vigoureuse dentelle de fer des heurtoirs du dix-huitième siècle, offre une plage de calme parmi les agitations de ce bouillonant quartier.

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Rue du Fauboug-Poissonnière, au numéro 30 exactement, une entrée d'hôtel particulier donne accès, entre deux vigoureuses colonnes au prestigieux hôtel Benoït de Sainte-Paule bâti, selon les différentes versions par Peyre le jeune ou Lenoir, de 1773 à 1776. Enfin, accès réservé uniquement aux habitants des lieux, car le corps principal et les trois cours sont lotis en appartements.
La maison fut occupée, dans sa totalité, par la scandaleuse Mademoiselle O'Murphy, amante de louis XV à qui elle donna un fils et de qui Boucher immortalisa la splendeur callipyge de sa chute de reins, ce qu'a surtout retenu cette friponne d'Histoire qu'on n'oserait de taxer de "petite" devant la splendeur épanouie du sujet.
Les miracles existent, je n'avais jamais pu franchir le porche obstinément clos, mais là, un blonde et charmante gardienne, voyant ma curiosité, engagea la conversation et me donna quartier libre.
Et je ne fus pas déçu.
La cour aux proportions admirables tempère la rigueur de son néo-clacissisme par un jeu de courbes d'une extrême harmonie, c'est un bel exemple de cet appel à l'antique d'inspiration athénienne et qui, l'époque avançant, glissera peu à peu vers le modèle romain.
Les colonnes ioniques du prostyle ofrent un goût de perfection et la douceur de porcelaine des magnolias en caisse joue sa partition romantique en ce lieu où rafinement et bonheur des proportions vous feraient envier un destin de courtisane.

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En face du porche de l'immeuble s'ouvre la rue Sainte-Cécile où, vis à vis du Conservatoire, s'élève la façade de l'église Saint Eugène.
L'édifice, né des libéralités de l'Impératrice Eugénie, est d'une unité de style parfaite, sa constuction s'étagea de 1854 à 1856 sous l'égide des architectes Boileau et Lusson.
Ce style néo-gothique de l'ère industrielle applique la grammaire d'un treizième siècle idéal de Violet-Leduc aux règles architecturales de Labrouste, c'est une vaste nef de fonte entourée d'une chemise en maçonnerie.
Avant d'en franchir le seuil, les carrelages du sol invitent déja au voyage d'un gothique fantasmé. Poussons le heurtoir...

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Une église jaune, oui... dans la polychromie sans retenue de l'ensemble, éclatent les jaunes, rient les jaunes, s'exaltent et vibrent les jaunes ; la couleur est paraît-il symbole d'intelligence, elle est ici hymne à la joie éperdue de l'adoration du Dieu d'une époque riche, industrieuse et optimiste.

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 Galeries ajourées et peintes, autels en pâte de verre et cuivre servent de cadre à des objets emblématiques tels ce vase de la chapelle de la Vierge ou ce rutilant bénitier. Les vitraux nous ramènent aux illustrations des vieux missels conservés dans nos familles.
Saint Eugène est un lieu qui apaise et met en joie.

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 Le retour offre toujours sa mosaïque d'impressions, à Paris les pigeons n'ont plus peur des barrières de piquants destinées à les faire fuir, elles sont même utilisées par les volatiles pour contenir les parois de leurs nids.
Rue du faubourg Saint-Denis, le bistro "Chez jannette" draine sa population de branchés décalés qui lézardent en ce pré-printemps et fait face à l'entrée du passage Brady, la Delhi parisienne ; je me fournis en thé aux épices au passage.

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 Je rentre le coeur léger, Paris m'a gâté aujourd'hui, mais tiens, il faudra que j'entre dans une prochaine église demander au Bon Dieu d'épargner nos bistros du raz de marée des immondes "Starbucks" sans âme.
Cela aussi, je vous le dirai.

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Commentaires
H
@ Eva : Si toutes les "vilaines" étaient à ton image, la vie serait un conte de fées ;-)
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E
Bon, c'est vrai je suis une vilaine... je n'avais pas réalisé qu'il fallait cliquer sur les photos pour les voir en grand... Mea culpa ! A bien y regarder de près, les deux églises que tu nous montres et nous décris sont de vrais petits bijoux...
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H
@ Eva : La Sainte Chapelle est un chef d'oeuvre du gothique classique arrivé à son apogée, c'est vrai. Mais je reste toujours aussi enthousiaste devant les beautés que me présente la vie, je ne sais pas établir de comparaisons.
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E
Il semblerait que les plantes vertes du balcon s'évertuent à chercher l'eau jusque dans la gouttière... <br /> Il y a 10 ans, j'ai découvert avec une stupeur émerveillée la Sainte Chapelle... et depuis, toutes les églises me semblent... ratatinées et ternes...
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H
@ Jerem : ce sera avec joie :-)
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