Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mercredi 16 janvier 2019

Poésie impromptue

Monde en bataille, temps rongés par la lèpre de la véhémence, paroles démesurées pour pensées racornies. Même, ici, en ce janvier de Marrakech, "l'actualité" gangrène l'espace médiatique et les réseaux qui dits "sociaux" sont de plus en plus asociaux.
De fureur sont les temps, le coeur est de grisaille.

Et puis, les tours et détours de ces souks aux ruelles enroulées sur elles-mêmes, débouchant sur des riens mystérieux ou joyeux ou s'ouvrant sur des aveuglements de lumières inattendues.

"Mon petit antiquaire" pourvoyeur de tant d'objets qui depuis vingt-quatre ans peuplent l'espace de ma maison de l'ailleurs, tentures, caftans et soieries aux patiences oubliées, chinoiseries, mobilier et autres vestiges des demeures coloniales ou des palais marocains abandonnés ou furieusement mis aux normes de l'indispensable "confort" (Dieux que je hais ce mot "confort", mou et encombrant comme un canapé où s'asseoir est se vautrer).

Et là, soudain, tapi dans l'ombre caverneuse, entre un kipao de soie d'or et une vaisselle anglaise : un livre.
Une couverture aux tons effacés hantés par une silhouette diffuse étrangement tranquille, dramatiquement hallucinée.
Un titre : Le crieur.
Un auteur : Omar El Malki
Une maison d'édition : Imprimerie de Fédala à Mohammedia, collection Pro-Culture
Une date 1976.
1976...
trois ans déjà que j'avais fermé la parenthèse marocaine Marocaine de ma jeunesse.
L'air de ce temps était doux, nous fumions et buvions en refaisant un monde qui s'annonçait si beau, Occidentaux et Marocains, chrétiens, juifs ou musulmans sans même penser à la "différence" ; les filles se dévoilaient et le jeûne du ramadan semblait une "affaire de vieux".

16 janvier 2019 (1)

Irrésistiblement j'achète l'ouvrage, son toucher a la douceur suave des semi-cartons polis, les angles se soulèvent en cornes usées par de multiples lectures, je l'ouvre.
Les feuilles sont au nombre de 176 et reproduit l'écriture, appliquée sans prétention de calligraphie mais si belle, si vraie, qu'elle est en elle-même un message.
Le papier aux bruns vibrants s'orne de phrases et de mots entrecoupés d'espaces qui sont autant de soupirs, de murmures, de respirations. Certains mots, isolés dans le vide jaillissent comme le cri d'une gemme sertie dans les airs. Chaque partie du recueil est illustrée d'une gravure de Benaâs (?) so seventies
Émotion !
Les remugles de notre monde fou s'évanouissent, le coeur se remet au rythme de la soif de savoir un nouveau voyage.
Poésie salvatrice qui, au bon moment, vient me dire que la beauté existe.

16 janvier 2019 (2)

16 janvier 2019 (3)

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la terrasse, au chaud du soleil d'hiver, Je me suis immergé dans les rythmes des poèmes, j'ai roulé avec gourmandise les mots sur ma langue, avec ferveur, je me suis ému de ce monde perdu que disent les vers libres, un monde de liberté des moeurs et des paroles, un moment de croyance au futur, où l'esprit vaguait dans les sphères des vraies questions car non polluées encore par les poubelles de l'intolérance et des crispations de nos aujourd'hui.

De chacun des huit chapitres, je vous livre, chers lecteurs, quelques émotions.

Impression (1) Pour Nadim 

Je suis
triste
Je suis
nu
L'aigle du froid
      m'a violé.

Impression (2)

      Que puis-je ?
L'enfant
est passé avec la tempête
L'enfant
attend sur la rive
L'enfant
vomit la faim du soir
             Et pleure la
      Mort

Énigme

Ami
            qu'as-tu ?
L'issue est proche
Ton phallus bat la
             mesure
de l'éclosion du matin
Et l'enfant psalmodie
la prière du grand aigle

L'Attente

J'ai connu l'homme
et son ombre couleur
              d'acanthe
J'ai vu la femme
allaiter l'orphelin du
          ventre de la
                    mort
Et l'oiseau-devin

Ivresse

       O mes frères
Nous naviguons sur l'écume
                         des rêves
et l'écho des sirènes porte
                            au loin
la douleur des maraudeurs
Le ventre jongle de rage
la langue aigre de
                       Servitude

Ironie

Sont blêmes de rancune
Le coeur s'engouffre
           dans les darses
           du
          désespoir
La rue cimetière baignée
du sperme
                de l'aigle
                       fantôme

Un soir pour Abdelaziz Laghrari

La fête du délire était
aux portes de l'aube
                 humaine
J'ai vu
Une ombre recouvrée
Une ombre des
                instances
Une ombre...

Le chant du vent. En hommage à mon ami Thami El Azemmouri

Leurs voix de maille de fer
comme mille bouches
autour de l'anus du désir
Psalmodient
               l'éternel retour
De l'aigle fou
              des hautes vallées

Un rêve

je suis né présumé
Victime d'un malentendu
D'une douleur
        D'un cri de falaises
            C'était
Un jour de prières

Et voilà, un choix, arbitraire, j'ai préféré ouvrir des pages au petit bonheur la chance pour chaque chapitre...
J'eusse tant aimé savoir de lui autant que je sais de son époque, mais la Toile a été chiche en renseignements :
Omar El Malki
Né à Essaouiara.
Directeur de la revue "pro-culture" à Rabat
"Le Crieur" 1976
"Soundiyi" 1981.

C'est tout.
Je continuerai mes recherches et me fie à ma bonne étoile. Si vous, cher lecteur en savez davantage...

 

Posté par Henri_Pierre à 20:07 - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires

  • De Mitzy sur facebook :
    une parenthèse poétique qui nous emmène loin de la grisaille.....et pour toi, un moment suspendu dans ce monde éclaboussé de haine, de diatribes insipides,et pourtant si beau quand on le voit sous un autre angle

    Posté par Henri-Pierre, jeudi 17 janvier 2019 à 15:58
  • sur l'écume des rêves...

    Merci cher Sidi H.Pierre tu as raison fions nous à notre bonne étoile et ce matin c'est a toi que je dois ces belles émotions encore sur l'écume des rêves... la journée commence bien .Lalla France

    Posté par Lalla France, vendredi 18 janvier 2019 à 10:32
  • @ Lalla France : Ravi d'apporter un rayon de lumière à ma Lalla Françounette que j'embrasse bien fort

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 18 janvier 2019 à 15:31
  • Ambiance...

    "Sur la terrasse, au chaud du soleil d'hiver, Je me suis immergé dans les rythmes des poèmes, j'ai roulé avec gourmandise les mots sur ma langue, avec ferveur, je me suis ému de ce monde perdu que disent les vers libres, un monde de liberté des moeurs et des paroles, un moment de croyance au futur, où l'esprit vaguait dans les sphères des vraies questions car non polluées encore par les poubelles de l'intolérance et des crispations de nos aujourd'hui."...

    tu es sur le retour... et moi je suis restée avec toi, "sur la terrasse"... miracle !... mirage... c'est bon ! c'est chaud, c'est doux !...C'est beau... merci mon ami...

    Posté par eva, samedi 19 janvier 2019 à 10:56
  • @ Eva : De t'avoir invitée à cette pause et que tu y ais trouvé ton repos est pour moi, chère Eva, un plaisir

    Posté par Henri-Pierre, mardi 29 janvier 2019 à 18:12
  • Je suis heureux que vous ayez découvert ce texte .
    Je me souviens de l’epoque lointaine de sa rédaction....
    Bien à vous
    N. EL MALKI

    Posté par EL MALKI Nadim, jeudi 31 janvier 2019 à 23:38
  • Si vous souhaitez quelques infos sur l’auteur du texte, n’hésitez pas à me contacter.

    Posté par EL MALKI, jeudi 31 janvier 2019 à 23:47
  • @ Nadim El Malki : Merci de votre providentielle intervention. J'attends vosinformations avec impatience et vous en remercie très vivement.

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 1 février 2019 à 16:04

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