Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

lundi 20 novembre 2017

Juvenilia

Heureusement qu'il est des "rangements" pour faire parler "les p'tits papiers".
Papiers oubliés... ou presque
Au hasard d'un vieux protège-livre en cuir desquamé, mon passé d'étudiant en lettres à la faculté de Pau me revient avec son cortège de tendres nostalgies.
Un passé, somme toute banal, inhérent aux bourgeoisies provinciales du siècle d'avant, époque de bonne éducation, de familles apparemment harmonieuses cultivant derrière les façades policées, la bienséance et les sourires convenus, des conflits de tout ordre érigés en véritables forteresses de non-dits refoulés, ces "nids de vipères" dont le romancier François Mauriac se fit le chantre.
Heureusement, la faculté déracinait les convenables rejetons aux "bonnes manières" qui, projetés hors du cadre familial rassurant mais contraignant, se retrouvaient plongés dans le milieu estudiantin en toute autonomie (entretenue cependant) par la générosité paternelle et pouvaient donc, à leur guise, jeter leur gourme en affectant les postures, alors à la mode, de poètes maudits fébrilement torturés d'angoisses existencielles ou de désinvoltes anticonformistes affranchis des codes sociaux  ; aujourd'hui, en ces temps nettement plus délurés tout cela prêterait à sourire, d'autant plus que spleens et révoltes s'arrêtaient à l'obligation de résultats éxigée en contre-partie.
C'était hier, un hier si lointain qu'il se teinte des lueurs fantomatiques de vies antérieures.
Combien de vies vivons-nous ?
Oh la la, je m'éloigne, revenons-en à nos petits papiers-titres de transport pour un retour en âge dit heureux.
J'étais donc étudiant en lettres à Pau et faisais du théâtre dans une troupe d'amateurs dont la renommée ne devait guère franchir le boulevard des Pyrénées, cette promenade balcon qui, selon Lamartine, serait la plus belle vue de terre.
Cette année là (pas celle de CloClo, la mienne) l'aventureux metteur en scène décida de donner, dans la magnifique "salle des Ambassadeurs" du fastueux casino de Pau une représentation tirée du répertoire du célèbre Luigi Pirandello : "Comme ci, comme ça" ; j'endossais donc l'habit de l'élégant, lucide, désabusé et cynique Diego Cinci.
Voici donc, sorti de la liasse endormie, le programme constellé des félicitations manuscrites de mes indulgents amis, voici encore la "photo de famille" où sous la croix rouge vous pouvez admirer sans retenue aucune ma jeune prestance en habit. Les robes très 1920 furent, disons-le au passage, conçues et réalisées entre deux répétitions, par mon industrieuse activité.
Vous remarquerez, chers lecteurs, que la découpure du journal est amputée du texte du reporter, je me rappelle parfaitement ne pas avoir voulu laisser à la postérité quelque chose comme "On peut déplorer qu'Henri-Pierre Rodriguez à la belle assurance et au physique de jeune premier ait cependant trop besoin du souffleur..." , je n'allai tout de même pas laisser le vil folliculaire ternir la gloire de celui qui sut clore la pièce d'un éclat de rire dont l'ampleur sarcastique gratifia l'assistance admirative de frissons jusqu'alors jamais ressentis.

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Entre les répétitions, les cafés sirotés avec parcimonie (la munificence familiale ayant ses limites) afin de nous laisser le temps de reconstruire un monde à notre mesure, quelques joyeux monomes faluche en tête, et, tout de même, la nuit, tenus éveillés force cafés et guronsan, la révision des cours, je trouvai le temps de scribouiller quelques vers grivois en quatrains très ronsardiens, dont je ne vous infligerai pas la lecture, rassurez-vous, mais aussi quelques dessins tournant en dérision les oeuvres littéraires dont nous étions abreuvés depuis le biberon ou les émissions marquantes de la très conventionnelle télévision d'alors.
Rescapés d'impitoyables autodafés qu'une éternelle insatisfaction vouait au feu, oubliés dans le tiroir de ce secrétaire où ils dormaient paisiblement après je ne sais quelles tribulations déménagières, voici ces chefs d'oeuvre revenus à la lumière ; une généreuse pulsion m'invite à les partager avec vous.

Le compteur "temps de vie enfui" s'évalue t'il à la vivacité du souvenir de ces célébrissimes stars que furent les somptueuses avancées sus-pulmonaires de Jayne Mansfield que les moins de... huit ans ne peuvent pas connaître ? Paut-être, mais en tout cas suite à une commémoration retraçant la vie et la fin tragique de celle qui, en toute innocence rêvait d'interpréter "La Mouette", je croquai irrévérencieusement la Kitschissime complètement "out" (le vocable "ringard" n'existait pas encore) et sa propension à dévoiler juste ce qu'il faut ses généreux appâts ; j'imaginais comment une facétieuse abeille pouvait réduire à néant une séance de pause accordée par la l'idole blonde.
Et puis, pour en revenir au répertoire classique, je crayonnai les insupportables vertus de cette idiote de Junie qui faisait tourner en bourrique le pauvre Néron ébloui par  la beauté de celle qui "belle, sans ornements, dans le simple appareil..."  (découvrez l'original après vous être infusés quatre actes du Britannicus de Racine). Ma passion de l'Histoire, la Grande bien entendu, donna à la belle captive les volumes de la Montespan que le le Roy-Soleil commençait à trouver trop... encombrants.IMG_6071

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Et puis, cette pauvre amante de Lamartine qui n'en finissait pas de hanter le lac où elle implorait en vain un arrêt-image du Temps, occupait avec la même obstination nos mémoires de lycéens et étudiants qui devions sacrifier la part de temps qui nous était imparti à l'étude de son injuste sort ; remarquez, la méthode devait être efficace, l'infortunée phtysique ne nous a plus quittés...
En attendant, Vlan, la voici immortalisée dans son allégorique pesanteur ! On est toujours puni par là où l'on pèche.

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Cultivais-je une fascination compensatoire pour les gorges plantureuses, moi dont tous les entours féminins arboraient des modestes et distingués reliefs contenus avec des audaces permises dans de délicieux balconnets ?
Ah ! les rêves des boutonneux...
En tout cas, dans un vain élan salvateur, je dotais cette pauvre fiancée Myrto, la jeune Tarentine de Chénier de magnifiques flotteurs qui rendaient encore plus incompréhensible sa disparition dans les profondeurs, Fallait-il qu'elle soit déchaînée la houle vers Camarine !
Parangon du devoir maternel et de la fidélité à la mémoire de son époux, sans laquelle toute veuve Méditerranéenne serait une catin, Andromaque aux pieds du rusé Pyrrhus m'inspirait une telle admiration que je ne pus qu'immortaliser le désespoir de celle qui ne se savait pas encore future reine (un happy-end chez Racine, ça vous marque).
Femez les yeux après vous être concentrés sur la magnifique allégorie de la supplication ; n'entendez-vous pas, entre deux sanglots, le cliquetis lancinant des bijoux sonores ?

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 "Once upon a time", l'anglais s'insinuait traîtreusement déjà dans l'apprentissage à une vie d'adulte.
A chaque époque son cheval de Troye.

Posté par Henri_Pierre à 08:04 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Juventud !...

    "Juventud, divino tesoro, ya te vas para non volver/ Cuando quiero llorar no lloro, / y a veces lloro sin querer !..." poème de Ruben Dario...

    Posté par eva, lundi 20 novembre 2017 à 16:37
  • @ Eva : Que verdaderos son esos versos, y como nos caen bien...

    Posté par Henri-Pierre, lundi 20 novembre 2017 à 17:11
  • sourire du matin, beau temps en chemin !!!!

    oui j'ai souri
    dans ce petit matin
    le ciel rougeoie magnifiquement
    fera beau
    pas de pluie à l'horizon...
    ah les petits papiers qui nous remonte le temps
    le petit graffiti qui nous rappelle une autre époque
    la nôtre pas si lointaine (quand même !)
    oui il semble parfois que nous avons eu 1000000 vies
    et les mots d'Eva vont biens !!
    belle journée amigo

    Posté par jeanne, vendredi 24 novembre 2017 à 07:52
  • @ Jeanne : Hasta pronto amiga, y gracias por tu fidelidad. Besos

    Posté par Henri-Pierre, samedi 25 novembre 2017 à 16:25

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