Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

dimanche 29 janvier 2017

Porlwi by light

Un début d'été à la désormais familière île Maurice, c'était le début de l'hiver en Europe, mais n'allez pas penser, chers lecteurs, que je vais vous entretenir de cocotiers et de plages cartepostaliennes, non point, désolé, c'est l'activité culturelle de cette jeune nation complexe que je vais évoquer, c'est moins glamour, certes, mais, je pense, au moins tout aussi intéressant.
Port-Louis capitale de cet état à la population kaléidoscopique, unie par le ciment de la langue française et créole malgré les aléas de l'histoire qui ont imposé l'anglais et où Chinois, Indiens, etc. ont perpétué la pratique de leur langue s'est mise pour trois jours en fête, multipliant les événements dans une ville illuminée des quartiers administratifs jusques en ses zones les plus populaires.

Trois nuits d'excitation a essayer, mission impossible, d'être témoins de tous les événements qui émaillaient la ville d'autant plus que le deuxième jour une pluie diluvienne annula les festivités. Mais ceux qui ont parcouru les rues enfiévrées de Port-Louis dès ce premier jour de décembre, n'oublieront jamais le formidable élan de diversités solidaires que fut Porlwi by light.

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En avant-première, nous fumes invités à la cérémonie d'ouverture qui allait motiver et donner le coup d'envoi des trois jours de festivités qui allaient suivre. Le ton fut donné dès le départ, ni compétitions sportives ni étals artisanaux pas plus que de bals populaires, le festival serait centré sur la renaissance souhaitée de la ville et sur les diverses cultures qui ont concouru à faire de Maurice cette nation mosaïque qui nous touche tant par la conscience partagée par tous de concourir au développement d'une nation encore si jeune.
Le Collectif Porlwi explique le but du comité artistique et, ne trouvant pas mieux à dire, je reprends ses propres mots : "Nous écrivons nos histoires qui se croisent et s'entrelacent : chaque fil, chaque rangée importe... Faisons en sorte que ce tissu social soit plus dense et plus coloré"

N'oubliant pas la source de revenus que peut constituer le tourisme pour une ville où le patrimoine restauré et rénové raconterait plus lisiblement l'histoire de la cité, nous avons la surprise de lire sur les transparents projetés que l'exemple retenu, très documenté, est celui de la France, la démonstration s'appuie sur un exemple emblématique : la renaissance de Lille grâce à la politique de réhabilitation qui en a fait une des cités les plus intéressantes à visiter et agréables à vivre de France.

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La conférence conclue nous sommes invités au cocktail de rigueur ainsi qu'à déambuler  dans le vaste entrepôt, "le grenier", ancien bâtiment industriel où plusieurs artistes exposent des oeuvres très loin des préoccupations cérébrales de l'art conceptuel mais prenant très à coeur de fixer les racines multi-culturelles menacées par l'uniformisation du monde à laquelle n'échappe pas l'île qui entre dans le monde actuel fébrilement mue par un véritable dynamisme industriel.
Il a été difficile, une recension étant impossible, de faire un choix dans les diverses expressions artistiques proposées.
Je vous propose donc, en préambule, cette sculpture qui vaut autant par les sujets que par leur ombre projetée par un faisceau lumineux, elle peut, à mes yeux, symboliser les multiples facettes d'un même peuple engagé dans un avenir commun.

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Les évocations d'un passé qui peu à peu s'estompe des mémoires sont nombreuses, je passe sur la bicyclette du marchand de glaces et autres scènes de la vie  quotidienne d'il n'y a guère pour favoriser les témoignages plus humbles des tâches ménagères, domestiques d'antan comme cette colonne colorée des brosses en coco conçues depuis des temps immémoriaux  pour fourbir les sols et inexorablement remplacées par les outils industriels, un autre stand propose les humbles objets de toute maîtresse de maison avant l'irruption des appareils modernes.
Un homme, mis en situation sur un lit de tiges séchées de canne à sucre parle du dur labeur des cueilleurs de ce qui, avant la diversification des productions locales, était quasiment une monoculture.
A ce sujet je voudrais faire une mention spéciale aux Chagossiens victimes du cynisme des Anglais et des Américains qui, sans explication aucune, et avec l'accord de Maurice qui négociait son indépendance, déportèrent les habitants de l'archipel afin d'y établir une base militaire américaine. Dépossédés de leur terre, apatrides, les déportés qui vivent dans des conditions misérables réclamant encore leur retour dans leur pays volé. Je ne saurai trop vous recommander la lecture de ce livre qui lève le voile sur un drame humain soigneusement occulté et qui a eu lieu à la fin des années soixante, c'est "Le silence des Chagos" de Shenaz Patel.

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S'ouvre enfin, dès la nuit du deux décembre, le festival des lumières proprement dit, nous parcourons fébrilement un Port-Louis magnifié par une débauche de couleurs qui rendent la ville presque immatérielle ; d'imposantes statues en maillages métalliques peuplent les rues de personnages semblables à des hologrammes ; tout est irréel et magique comme un rêve qui aurait atteint la réalité, on a quasiment l'impression de marcher en apesanteur, les innombrables badauds, au gré des caprices des rayons lumineux qui zèbrent la ville, apparaissent verts ou bleus pour resombrer dans le néant et renaître aussitôt sous d'autres couleurs..

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 Le parc public nous immerge dans un univers à la Hiéronymus Bosch et son jardin des délices aux splendeurs inquiétantes, d'énormes sphères aux variations chromatiques insolites flottent sur les eaux qui réfléchissent les arbres tour à tour habités de rouges infernaux et de bleus d'apocalypse glaciale, la façade du théâtre sert de toile de fond à une fantastique scénographie de sons et lumières où un couple se rencontre, s'aime et se sépare dans un bouleversant constat de l'inanité d'une éternelle quête d'amour.
Plus loin, fait de bouteilles en matière plastique savamment éclairées, un immense champignon-méduse semble flotter au-dessus des curieux qui l'ont investi. 

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On ne saurait évoquer Port-Louis sans une mention spéciale pour une partie de son coeur, Chinatown, dont la population diminue malgré le dynamisme de ses habitants qui se sont donné pour but de mettre un frein à la diaspora ; seules quelques très vieilles personnes ont encore en mémoire les rites quotidiens d'une communnauté qui peupla le port dès le dix-neuvième siècle avec d'abord les Foukiénois suivis des Hakkas et enfin des Cantonnais.
Les archives de la chambre de commerce ayant brûlé, les témoignages vivants se faisant de plus en plus rares, une Française qui en ayant épousé un Chinois a également épousé la ville a mis à profit, avec ferveur, deux ans d'un travail intense pour éditer un livre fixant ce qui peut l'être encore et s'achevant sur une note d'optimisme, il s'agit de Pascale Siew qui vient d'éditer "Chinatown au coeur de l'île Maurice".
Nous sommes invités à la cérémonie de signature qui a lieu le10 décembre dans la plus ancienne pagode de Port Louis, le temple Kwan Tee. Dès l'arrivée le ton est donné par la douceur émouvante de l'affection qui unit la vieille tortue qui paît librement dans l'enceinte et un petit habitué des lieux qui a visiblement conquis son coeur de vieux philosophe.
Je garderai toujours dans l'esprit le contact de soie grenue du cou tendu vers ceux qui l'approchent avec bienveillance. J'avoue même l'avoir un instant chevauchée, mais chuuut, la facétie est sûrement incompatible avec la sereine harmonie des lieux...

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La tortue délaissée poursuit ses rêves protégés par les énigmatiques écailles de ses paupières, nous traversons plusieurs salles d'adoration où l'exubérance pourpre des autels et des idoles débouchent sur ce sentiment d'attraction pour tout ce qui n'est pas connu, je pense que nos églises d'avant la fièvre ménagère conciliaire savaient abstraire le visiteur du réel par cette profusion de couleurs et d'objets de culte qui lui ouvrent les portes d'un monde supra humain.
Puis diverses personnalités, dans l'attente de la Présidente de la République, présentent le livre de Pascale Siew et s'en suit une émouvante évocation de ce monde d'une Chine préservée de la révolution culturelle de la terre mère et donc gardien d'une Tradition multi-séculaire ; une frêle et délicate très vieille dame, Madame Venpin, dit ce monde englouti d'une voie frêle démentie par la flamme de fierté qui allume son regard, l'émotion est à son comble.
Enfin, la Présidente, dans un français irréprochable dit son attachement à ce coin de Chine du pays aux destinées qu'elle préside, elle même est musulmane, encore et toujours cette cohésion d'un peuple mosaïque et fier de ses diverses cultures.
Ah oui, j'oubliais, l'Ambassadeur de la Chine communiste était là qui a préfacé le livre en français, sous la langue de bois d'un discours conventionnel perçait une drôle lueur d'amusement bienveillant. Son nom est Li Li...

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19 janvier 2017 (14)

Mais Maurice sait aussi s'ouvrir à d'autres cultures, et à notre grande stupéfaction, nous sommes conviés, le cinq décembre, à un concert donné en la cathédrale de Port-Louis par le grand Jordi Savall ; oui vous avez bien entendu Jordi Savall.
Le Maître qui professe toujours le même intérêt pour toute forme musicale exécute ce jour là en compagnie d' Andrew Lawrence-King à la harpe celtique et au psaltérium et David Mayoral au bodhran (instrument à percussion irlandais que j'igorais jusque là) un répertoire consacré à la viole celtique, lui-même passe avec une aisance remarquable d'un instrument à l'autre, notamment d'une basse de viole de Pelegrino Zanetti fabriquée à Venise en 1553 à un dessus de viole de Nicolas Chappuy exécutée à Paris vers 1750.
Toujours mû par une vocation de pédagogue, Jordi Savall, désenclave la musique irlandaise des poncifs répandus, j'apprends que les sonorités pratiquées à présent par la cornemuse étaient obtenues par l'inversion de la 4e et 5e cordes de la viole.

Lors de l'entracte je m'enhardis et approche le maître pour lui dire la pensée des amis communs du festival de Richelieu où il a pour habitude de se produire, s'en suit un chaleureux échange en espagnol, langue que je pratique autant que je le peux, ne serait-ce que pour faire la nique à l'impérialisme de la culture anglo-saxonne.

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15326554_10210339356053201_2815702991282928038_nMerci, chers et patients lecteurs, de m'avoir suivi dans la lecture de ce pensum, mais si je suis arrivé à vous convaincre que Maurice est autre chose qu'une suite de plages de sable fin, de cocotiers et de palaces, je ne puis que m'en féliciter...

Posté par Henri_Pierre à 10:42 - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

    Avec toi, c'est toujours le dépaysement assuré !.. Avec toi, où que tu ailles, c'est toujours sur une autre planète ! Un instant de rêve, loin du morne quotidien... Avec toi, on tutoie le Merveilleux, et on approche les Dieux...

    Posté par eva, dimanche 29 janvier 2017 à 11:29
  • @ Eva : Je ne sais que te dire d'autre que de te remercier de ta fidélité et du cœur que tu mets à me lire...

    Posté par Henri-Pierre, dimanche 29 janvier 2017 à 13:28
  • voyage voyage

    Tu sais dire
    partager
    nous embarquer
    nous prendre par la main
    nous faire Voir Ailleurs...

    Posté par jeanne, mardi 31 janvier 2017 à 17:07
  • @ Jeanne : Que serait un voyage qui ne partagerait pas de nouveaux horizons, pas seulement géographiques, mai aussi et surtout de l'âme ?

    Posté par Henri-Pierre, mardi 31 janvier 2017 à 17:31
  • Un enchantement cette aventure multi culturelle ! Une prochaine fois je me glisse dans vos bagages ;o)))

    Posté par Clairette, mercredi 1 février 2017 à 09:51
  • @Clairette : Alors en route pour l'éblouissement

    Posté par Henri-Pierre, jeudi 2 février 2017 à 11:05
  • Un fort beau voyage si diversifié et narré de telle sorte que l'on ne peut en décrocher. dès que la lecture est entamée.
    Je suis quelque peu attristée par la perte des cultures et traditions ancestrales et ce "vol de terre" tout comme cela a été le cas pour d'autres pays. Je pense notamment au Tibet. Toutefois,je n'ai pas pu m'empêcher de rire lors de votre évocation pince sans rire de l l'Ambassadeur chinois.

    Posté par Evelyne, vendredi 3 février 2017 à 09:23
  • @ Evelyne : Merci chère amie de votre promenade en mes terres et de votre appréciation qui me touche beaucoup.
    Je vous promets de ne jamais, jamais, vous appeler Lili.
    Je vous embrasse

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 3 février 2017 à 09:49
  • De Maurice je connais, de si loin, si peu de choses. Ce poète, Malcolm de Chazal, né là-bas et qui disait que "le rire est un diminutif de la danse". Comme tu es beau, tout en blanc, face au maestro catalan !

    Posté par Edith, lundi 6 février 2017 à 17:06
  • @ Édith : Tu me fais découvrir par de forts jolis mots ce poète Mauricien. Comme quoi...

    Posté par Henri-Pierre, lundi 6 février 2017 à 19:22

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