Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 2 juin 2015

Adieu de promesses. Peut-être...

La touffeur s'est emparée de juin après des débuts dans la continuité de l'humide fraîcheur de mai.
Juin se déclare en retard,au cinquième jour de sa course et c'est sans regret que nous disons adieu à mai.
Pourtant, quelques parenthèses de ciel bleu ont ponctué les inclémences maussades nous laissant entrevoir des promesses auxquelles nous ne demandons qu'à croire ; ainsi un soir, le ciel encore mouillé s'empourpra d'un soleil déclinant qui farda d'un rose presque irréel la façade de la vieille maison. Instant de grâce.

Lumière 1

Toutes d'élégance discrète, les fragrances si particulières des pivoines s'insinuent dans l'atmosphère du salon et, presque timidement, mais résolument, embaument la vaste pièce s'imposant tout en douceur dans une prise de possession consentie.
Il n'y aura pas de deuxième bouquet, la lourdeur des têtes gorgées des fureurs liquides des pluies revenues fairont piteusement ployer la longue tige des fleurs abîmant leur superbe en une marcescence pathétique auréolée des pétales perdus. 

Une éclaircie plus loin, et après un vigoureux ménage imposé par six mois de fermeture hivernale, je rends à la vie le pavillon des T.
En cette fin d'après-midi, venus d'un occident empourpré, les rayons rasants d'un soleil aux deux tiers de sa course envahissent l'intérieur de la petite thébaïde rouge et noire au faux exotime d'un kitsch voulu et assumé. Les coquelicots de soie montent leur incarnat d'un ton pour affirmer leur indépendance devant l'éclat de sang des murs, dans la deuxième petite pièce les projecteurs célestent projettent sur le noir profond de la paroi les ombres plus chinoises que jamais des vieux rideaux aux broderies à motifs troubadour exécutées au point Richelieu au mitant du dix-neuvième siècle par une aïeule dont le nom ne me revient pas pour l'heure et qui serait, je présume, fort surprise de voir les lieux auxquels ont été affectés ses chefs d'oeuvre de patience.

Lumière GLumière CLumière D

Charmes tient à remercier les chers neveux Marieke et Dominique d'avoir voulu pour cadre du baptême de leur petite Élisa notre petit village, secouant ainsi sa torpeur ; flatté, le ciel de ces confins de la Champagne nous a gratifié d'une magnique journée.
Ce symbole de nouvelle naissance, lourd de promesses, s'est déroulé le vingt-troisième jour du mois dans la petite église ouverte si rarement en dehors de la messe annuelle.

Baptême 1Je laisse aux parents la fierté de vous présenter la délicieuse enfant entrée de rose vêtue dans l'église. 
Selon le nouvel usage, la nouvelle chrétienne sortira du temple revêtue de la traditionnelle robe de baptême blanche transmise de génération en génération.

23 mai 2015 (26)Au seuil de l'édifice, Bruno le prêtre qui dessert la paroisse accueille l'enfant et ses parents ainsi que le parrain et la marraine.
Notre curé, et néanmoins ami, s'acquittera de son rôle avec les paroles d'une simple évidence qui sont la marque de ses discours.

 


Dès le matin, la table toute de rose et d'argent avait été dressée et avant que les participants ne viennent en altérer le délicat ordonnancement, je l'immortalisai profitant d'un moment d'accalmie.
D'ailleurs, se succédant à un rythme régulier les invités commençaient à déposer leurs bagages dans le vestibule avant d'aller parfaire leur apparence dans les chambres qui leur étaient attribuées.


Pour le retour nous avons pris le chemin des écoliers afin de regagner la maison ; le temps s'y prêtait, les heures semblaient suspendues et, dolentes, les vaches du pré aux veaux qui longe la montée vers la forêt, ruminaient lentement, consciencieusement, alanguies sur l'herbe, leurs yeux si doux perdus dans une quiète béatitude, comme si elles aussi voulaient, à leur manière, participer à la promesse de paix de ce jour de début de départ dans une nouvelle vie.

Baptême GBaptême CBaptême D

Pluies et vents ont fait ployer la branche du rosier agrippé au mur du porche des communs, alourdie il est vrai par l'imprévoyance de Madame et Monsieur Oiseau qui sont allés bâtir leur nid sur la fragilité de ce support ; j'approche à pas de loup et regarde les oisillons, guère effarouchés, priant toutes les déités du monde que l'impétueux Chitan, si doux avec les humains et si impitoyable envers les animaux, ne s'avise de la présence des minuscules réfugiés, contraignant ainsi Dame Nature à ne pas tenir ses promesses

Nid 1

Commence alors une série de précautionneuses visites qui nous permettent de voir progresser les velléités d'indépendance de la fratrie et sommes heureux de les voir parfois perchés sur la branche au bord du nid, se disant que chaque jour qui passe est une étape de plus dans leur probabilité de vie, vous pouvez, chers lecteurs, être témoins de la progression par un simple clic sur l'image, ne craignez rien votre souris ne les effraiera pas.
Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce que mon braque à qui on ne la fait pas s'aperçoive de ces ténues petites vies et, d'un bond inexorable agite brutalement le cocotier, pardon le rosier.
Je ne fus pas témoin de la scène mais Charles oui qui me narra que, la peur leur ayant donné des ailes, c'est le cas de le dire, les minuscules volatiles s'égaillèrent dans l'air vers de nouvelles aventures commencées plus tôt que prévues, ivres de libertés nouvelles et soumises à la menace de tant et tant de dangers.
Le nid est désormais vide...

Nid GNid CNid D

 

 

Posté par Henri_Pierre à 18:57 - Commentaires [14] - Permalien [#]

Commentaires

    Magnifique

    La table du Salon est magnifique!
    Ici les pivoines sont , comme chaque année ,restées en gerbe retombantes au jardin
    L'expression "un nid douillet" ne veut donc plus rien dire ! N'est ce pas Cheitan !
    Jolie une joyeuse célébration dans la petite église de Charmes!

    Posté par Marquito, vendredi 5 juin 2015 à 20:15
  • Tout est bien qui finit bien donc. Attends-toi à de violentes ondées, la Picardie te les offre généreusement. Il n'y a pas de raison que seules mes pivoines trinquent sous les grêlons. Un apéritif de saison ? A toi la poésie et je t'en remercie. Bises

    Posté par Marie, vendredi 5 juin 2015 à 20:19
  • @ Marco : J'aurai besoin de ton jardinier des fleurs pour des conseils

    Posté par Henri-Pierre, samedi 6 juin 2015 à 11:34
  • @ Marie : hé hé, ton envoie tonnant picard a failli venir hier, obscurcissant le ciel, mais il est passé cet orage gentil, sans éclater. Bises à mon Amie

    Posté par Henri-Pierre, samedi 6 juin 2015 à 11:37
  • Comme tu racontes bien Henri-Pierre, ce fut certainement une belle journée. Amitiés

    Posté par Chantal, samedi 6 juin 2015 à 14:41
  • @ Chantal : Oui, une très belle journée, amie. Merci et à bientôt.

    Posté par Henri-Pierre, samedi 6 juin 2015 à 16:16
  • Le Charme immuable !... et palpitant... comme le coeur d'un petit oiseau sous son duvet...
    Bises

    Posté par eva, dimanche 7 juin 2015 à 08:45
  • @ Éva : Bises et merci de ta promenade à Charmes

    Posté par Henri-Pierre, dimanche 7 juin 2015 à 16:27
  • Résille

    Comme tu le sais, je goûte particulièrement tes chroniques carpiniennes et si tu as, bien entendu, des choses à dire sur d'autres sujets, il me semble que c'est ici que tu excelles — l'image la plus parlante qui me vient à l'esprit est, ta modestie dut-elle en souffrir, celle de Monet saisissant les infinies variations d'un sujet pourtant identique.

    Un lieu vit par les histoires qui le traversent et c'est particulièrement vrai pour Charmes qui fêtera dans quelques années son bicentenaire. Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce billet est l'entrecroisement des fils qui finissent par créer cette résille qui aboutit à une histoire : les broderies de l'aïeule, l'écheveau à peine entamé de la mignonne Élisa, les liens déjà menacés qui attachent les oisillons à leur destin, celui des vaches et veaux étant hélas, par la faute de ceux qui les mangent, déjà largement scellé. Merci de nous les avoir donné à lire et à voir un peu, à sentir devrais-je écrire pour évoquer le parfum des pivoines qui n'est déjà plus qu'un délicieux souvenir comme, sans doute, le nid des oiseaux nouveaux-nés.

    Posté par Jean-Christophe, mardi 9 juin 2015 à 07:52
  • @ jean-X : Je n'aurais pas la prétention d'aligner mon œil sur celui de Monet, mais il est vrai que cette propension à saisir les nuances, les variations, les changements et même parfois les accidents qui frémissent ou bouillonnent sur "un fond de pérennité obstinée" sans rien changer au fond fait partie de ma nature, et merci d'avoir si bien compris cela mon ami.
    Après, selon sa nature et sa sensibilité, on traduit cela, avec plus ou moins de bonheur, en musique, paroles, peinture ou toute autre forme d'expression.
    Pour les condamnées des près... Nous en reparlerons

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 12 juin 2015 à 09:22
  • Promesses

    Cher Ami Blogueur,
    Que j'ai aimé lire cette chronique d'un été annoncé cher Henri-Pierre. On y passe de l'ombre à la lumière, de la naissance à l'éclosion des fleurs, des fruits et d'un enfant, prolongation d'une lignée. Que notre joie demeure malgré les risques de mort imminente des oiseaux qui dans un premier élan vital choisissent l'envol devant les menaces des crocs canins!! Chitan est plus attentives aux humains que nos politiques qui eux ne pensent qu'à chasser les "intrus" et protègent les oiseaux. Longue vie au nouveau-né, à Charmes et à ses généreux propriétaires. toutes ces promesses de bonheur, toutes ces langueurs emplies de parfums et de douceur donne de la paix à l'âme et réchauffent vos fidèles lecteurs. Je vous embrasse ami avec toute la chaleur que vous nous offrez en partage et qu’il est bon de vous retourner dans un échange joyeux. Belle suite de votre séjour et à bientôt j’espère dans notre capitale. Pierrette

    Posté par Pierrette, lundi 15 juin 2015 à 09:53
  • douceur

    c'est le mot qui me vient douceur
    ici
    ailleurs
    pas loin le monde s'agite crie
    merci pour la parenthèse fleurie
    t'embrasse frère d'âme

    Posté par jeanne, vendredi 19 juin 2015 à 07:45
  • @ Pierrette : Et me voila de nouveau à Paris, en coup de vent et pour des cours, après un passage toujours en coup de vent, dans le Var pour un mariage...
    Merci de ta visite, tendre et fidèle amie, et si mes petits mots trouvent un écho heureux en ton esprit tu m'en vois sincèrement comblé. Je t'embrasse.

    Posté par Henri-Pierre, lundi 22 juin 2015 à 23:54
  • @ Jeanne : Tu as bien senti, ma sœur d'âme combien Charmes est une bulle hors du temps et du reste du monde, et oui, c'est cette douceur qui en fait tout le... charme.
    T'embrasse fort

    Posté par Henri-Pierre, lundi 22 juin 2015 à 23:56

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