jeudi 4 juin 2009
Des arrois et désarrois
Vingt-huit ans, Casablanca
La rue, la ville, le monde, je les regardais du haut de mon balcon.
Henri-Pierre semblait avoir encore la vie devant lui, du moins en apparence, mais déjà le ver était dans la pomme puisque dès l'âge de dix-neuf ans le fervent lecteur de Lautréamont savait que si à dix-huit ans on n'a rien fait on ne fera jamais rien.
Trop vieux sous l'apparence d'une extrême jeunesse attardée.
Un vieil adolescent.
Bourré disait-on de talents mais aux multiples possibilitées avortées par cette maudite tendance à la procrastination.
Alors je dessinaillais, écrivallais avec plus ou moins de bonheur et ma vanité consciente de l'imperfection détruisait cycliquement ce qui avait été construit.
Henri-Pierre, Pénélope de l'inaccompli.
Certes je cultivais un art avec bonheur, le plus facile, celui de la séduction, affublé de la dernière chemise à la mode le jour et d'un gilet lamé d'argent en soirée.
Je savais rire et faire rire.
Et manier le paradoxe lors des conversations. Je connaissais aussi par coeur tous les codes sociaux d'un monde encore très référencé.
Je plaisais, pour un temps bien sûr, car rares sont les attachements qui ne s'enlisent pas dans le quotidien ; alors Henri-Pierre s'était inventé une malédiction "je séduis, mais je n'attache pas".
J'eus des amours passionnées et malheureuses, car ne sachant pas quitter j'étais toujours quitté.
Je me vengeais bien en rentrant à Paris où je décidai de cumuler les conquêtes sans jamais rien donner en échange. Quelques égratignures au coeur sparadrapées de rires bruyants ne faisaient que passer.
Jusqu'à un soir d'un printemps de Saint-Germain-des-Prés où un amour instantané devint un attachement pérenne.
Je remercie cet amour tous les jours pour avoir imprimé un sens à mes errances.
Henri-Pierre et sa joie de vivre, Henri-Pierre et son mal de vivre.
Une seule réussite à l'actif d'Henri-Pierre : un paysage affectif qui est son seul moteur de vie.
Mais il n'en est pas le seul responsable.
J'avais vingt-huit ans, je me croyais vieux et je me gaspillais, mais mes aspirations dépassaient le monde et j'avais la misère conquérante.
Je regrette tout ce que j'aurais pu faire car je crois de moins en moins que je ferai.
Mais au moins suis-je resté lucide et gardé de toute arrogance, de tout mépris.
Comme une vie, pourtant si mouvementée, vous paraît soudain dérisoire et pauvre.
Pourquoi, après le départ d'Henriette, le triste tri qui a suivi son absence m'a t'il jeté cette image froissée en plein coeur ?
Casablanca, j'avais vingt-huit ans.
Commentaires
perturbations
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et enfin (au début précisément) patch de 10 euros pour perdre (trente) 30kg c'est pour nous faire passer à la radio avec une bougie ...
Tu te croyais vieux ... et tu mets en illustration un profil d'Etienne, imagine ma surprise ! je sais que c'est bien toi mais quand même !!!
@ Marie : curieux destin pour une bougie...
Mais etienne n'a que seize ans non ? J'en avais tout de même douze de plus !
La jeunesse immuable
Il y a tout de toi dans cette photo de tes vingt-huit ans, il y ce regard à la fois attentif et désabusé, il y a ce charme si particulier qui est tellement tien qu'il ne t'a toujours pas quitté et ne te quittera pas.
Bien sûr, les deuils provoquent toujours dans les âmes un tant soit peu éveillées le phénomène de réminiscence que tu décris. On passe en revue ce que nous avons été ou pas, ce que nous avons saisi ou laissé échapper. On fait le bilan, sans toujours avoir conscience que c'est un cilice qui nous déchire, cette douleur-ci étant absorbée par cette douleur-là.
Je crois pouvoir dire que tu ne fais pas partie de ceux qui se contentent de regarder passer la vie du haut de leur balcon. Ce que je sais de ton parcours prouve qu'au contraire tu as su façonner, "comme un bon peintre ou un sculpteur habile", ainsi que l'écrivait Pic de la Mirandole, la matière de ton existence, y compris au fil de tes errances, de tes erreurs, de tes renoncements.
Nous sommes tous ou presque tous, diraient les philosophes, des atomes d'inaccompli, des presque, des à peu près, des pas tout à fait. Le réaliser est sans doute un premier pas vers la sagesse, mais faire de chacun de ses jours un miracle nouveau en est une autre, tout aussi important. Celles et ceux qui ont la chance de faire partie de ton paysage affectif savent bien à quel point tu es, au quotidien, capable de ces petits miracles, un mot, un geste, une attention qui rassérènent ceux qui doutent et les poussent à avancer, sans presque qu'ils s'en rendent compte. C'est également ça, l'élégance, cette façon de guider d'une main à la fois si ferme et si légère qu'on sent sa présence sans en sentir le poids. Et cette élégance, tu l'as.
Les années peuvent continuer à dévider leur fil et conduire le cortège et des joies et des peines : l'attention que tu offres aux autres préserve à jamais ta radieuse jeunesse.
Hermano !
Je serai très bref dans ce commentaire car à te lire... Je me vois ainsi... Un peu... Emotion et tendresse de ce partage de lecture, d'écriture autobiographique et de perceptions... Prends soin de toi mon frère. Je t'accompagne et je t'embrasse. Hermano ! Guapo ! Como nos dicen en Madrid ! Christian.
Telegramme
Regrette ne pas avoir eu 28 ans en même temps que les tiens stop Priére communiquer par retour coordonnées du fournisseur de gilet lamé argent ai amateur à la maison stop t'informe que plainte en diffamation possible de la part de HP.stop collectif de soutien se met en place stop non HP n'a pas rien fait! stop le héros d'une vie pas si banale que ça ne partage pas la vanité des auteurs de néant that's all ! Stop attendons impatiemment le bouquin de démenti stop écris stop écris stop écris stop je t'embrasse stop
Touché en plein coeur
Je suis bouleversé à la lecture de ton billet. Tellement de choses que je n'ignorais pas en mon for intérieur et que pourtant tu ne distillais que parcimonieusement dans nos conversations. Mais pourtant, cette humeur toujours égale qui interdisait de s'attarder trop dans le grave. Pourtant, que de sentiments communs nous partageons ! Que de travestissements pris pour masquer ce spleen et offrir cette flamboyance, ultime politesse du phoenix. Il y a très nettement du Wilde dans ce que tu écris. J'ai immédiatement pensé à Dorian Gray. Histoire différente mais malgré tout, de vraies similitudes. JE T'AIME, Henri. Je t'en prie, ne t'abandonne pas à cette tristesse qui est un abîme sans fond. J'en sais quelque chose. Je veux en sortir. J'ai besoin de toi comme, très présomptueusement j'oserais affirmer que tu as besoin de moi. Soyons un soutien l'un pour l'autre.
Je t'embrasse comme je t'aime
ton guenfoud éclopé
cher toi
je crois que le dépard, la mort de nos mères
nous met un peu plus en position d'adulte,
plus adulte
nous perdons une partie de notre innocence
nous perdons
nous passons dans une autre dimension
pour moi qui ai un fils
j'ai senti cela très fort
je passe en "première position"
je perds un rempart
j'en deviens un ...
et la chaine continue
nos mères
nous ont appris
les rencontres nous ont appris
et nous seront forts
je t'embrasse mon ami d'âme
@ Jean-Christophe : je te remercie du fond du cœur de tant de compréhension et d'affection.Je ne sais que dire d'autre, je suis très ému.
@ Viane : je crois que je vais obéir à ton ordre télégrammé. Je t'embrasse
@ guenfoud : Tu en as mis du temps à te rendre compte de la gémellité de nos blessures. Merci de m'aimer, c'est partagé.
@ Jeanne : Oui, ma jeanne, les générations s'égrainent comme les pages d'un registre du couloir de la mort. Moi aussi Âme-sœur, je t'embrasse.
discordance des temps
Toutes ces images d'être en être qui s'ajoutent l'une à l'autre sur ce miroir que nous sommes... Puis un jour, lassé d'avoir tant reflété et si vite oublié, notre vif argent soudain fixe l'image de l'être aimé qui par delà la discordance des temps, dès lors ne s'effacera jamais...
Avec toute mon amitié, Paul
@ Paul : ce qui est remarquable avec vous, cher Paul, c'est que vos jeux de mots sont des mots vrais sans aucun jeu.
oups
mes fotes....
je te souris
t'embrasse
@ Jeanne : tes fotes sont un ornement supplémentaire
Vingt-huit, trente-cinq et plus...
Au-delà des vingt-huit ta beauté est restée. Tes beautés : celle qu'on voit et celle de l'âme.
Trente-cinq, irai-je au-delà ? Ce jour, les mots, comme les forces, me font défaut. Pardonne-moi.
Je pense à toi de tout mon coeur et t'embrasse fort.
un signe en passant.
Cela fait bien longtemps que je n'ai laissé un petit com sur ce grand blog. Quelle écriture, encore et toujours!
Amitiés cher H.P
@ Ghislaine : Oui, tu iras au delà, parce que je suis là et que nous sommes là. Et de cela j'en suis sûr.
@ Piel : tu n'es pas venu depuis longtemps, mais tu es venu quand il le fallait. Et là est l'essentiel.
Pour n'avoir aucun regret de ce que j'ai été, je sais ce que je ne serai pas - vieille. Attention, je n'ai pas écrit - âgée ...
@ Marie : Belle distinction, et sage...
Tu étais beau et tu l'es toujours. Tes mots sont toujours affectueux. Ton amour nous complète.
@ Buz-Buz : "Ton amour nous complète", quand je te disais que je n'étais pas seul responsable.
Quant à tes appréciations sur ma carrosserie, ce sont les meilleures crèmes anti-rides qui soient. Lol.
Désarrois des arts rois
Merci pour ce dîner où la mélancolie a concédé une petite place à la vie.
Nous découvrons ton blog rempli d'amis. Nous sommes rassurés, HP, le vide n'existe pas près de toi.
Bises tendres,
Domie Antoine
moi j'dis...
Ton pull déchire...et ta coupe de cheveux aussi. Des erreurs, on en fait tous. Je t'aime quand même.
PS: et dire que je pensai être seule et unique reine du glamour et de la torture masquée par un sourire. Décidément...
Je te salue !
C'est très gentil d'être passé sur mon bien modeste blog.
Je reviendrai, lire plus attentivement tes chroniques prochainement.
Porte-toi bien.
^(oo)^
@ Domie et Antoine : Ce dîner fut, grâce à vous aussi une irruption de lumière dans la pénombre. Des vides je n'en ai pas, c'est vrai, j'ai un manque.
@ Ghizlaine : Et quand tu penses que peu après j'adoptai la boule de frisures...
Quant au reste, tu vois bien que nous sommes frères.
@ Chonchon : Tu es toujours le bienvenu, Chonchon, mais interdit de sous-estimer ton blog.
et l'ombre suit...
Henri-Pierre, pourquoi ne verrais-tu pas cette ombre, non comme une ombre qui fuit, une ombre de disparue, mais comme une ombre qui te suit et te protège, une ombre qui t'accompagne où que tu sois sur le chemin de ta vie... ? Alors, cette ombre devient positive, source de bonheur, de chaleur, de joie... sa présence apaise et chasse la douleur... essaie pour voir...
et cette image... n'est-elle pas un message que cette ombre t'envoie... un message d'amour... un message d'espoir... Non Henri-Pierre, cette ombre n'est pas fuyante, elle est "Présence" et joie...
Dadou
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