mardi 1 juillet 2008
Parques tisserandes
Dernière semaine de juin 2008, semaine dense, lourde et exaltante, l'été s'ouvre sur des élans et des départs.
Lundi 23 juin au lundi 30... plus tard, je pourrai dire "ce fut un bel été", j'ai vécu d'intenses futurs souvenirs.
Quelques jours consacrés à mes étudiants, nous bouclions l'année scolaire sur une journée événement avec, en amont, trois jours et demi d'intense préparation.
Vie et agitation, fébrilités des mises en place, répétitions et élaborations ; pendant neuf heures par jour ma vie m'échappait, elle était phagocytée par cent-trente-neuf vampires aussi exigeants qu'adorables.
Mercredi 25 juin, tante Renée, qui allait aborder les rives des 96 ans s'est éteinte, doucement, légèrement et sans peser sur qui que ce soit.
Pendant trois jours et demi, Adrien et Ahmed, Shanez et Anaïs, et tous les autres se sont dépensés à concevoir, mettre sur plan, répéter et sans cesse modifier leur prestation.
Le thème étant celui du risque de l'image et de l'image du risque, nos étudiants, vivant entièrement leur époque se sont interrogés sur les dangers de la médiatisation des modèles obligés. Ont été dénoncées avec finesse et profondeur, mais aussi tout à la fois avec gravité et légèreté, toutes les images d'assuétude, de la drogue à la prostitution avec, véritable dragon du Loch Ness l'asservissement aux diktats "esthétiques" et ses dérives souvent terrifiantes comme l'anorexie et la chirurgie esthétique.
les scènes se mettent en place.
Mercredi 25 je devais déjeuner avec tante Renée, tante Re-Re pour moi le spécialiste du sobriquet à redoublement. Tante Re-Re, douce aïeule, avait été la première à adopter Henri-Pierre entré par la mauvaise porte dans une famille de bourgeoisie terrienne corsetée de principes. Je lui en ai toujours été reconnaissant et une tendre complicité nous unissait, il y a trois ans elle venait déjeuner pour la dernière fois dans l'appartement parisien, Charles a su capter avec délicatesse la vérité de regard qui nous liait. C'était la tante de Charles, mais je la revendique aussi.
Tante Renée, passionaria de gauche dans un univers conservateur, savait allier avec un culot impressionnant les couleurs les plus incompatibles. Eh bien ça lui allait ; et même très bien. C'était une vraie catholique, hors dogme et en plein dans le don de soi.
Elle était charmante. Et charmeuse.
Jeudi 26 après-midi, grand amphitéâtre de l'institution, après la "couturière" de la veille et la répétition in situ du matin pour les réglages techniques, l'évènement a enfin lieu.

Bien qu'ayant "suivi" toutes les étapes de la réalisation des scènes orchestrées comme des clips ou des saynètes, véritables petits contes moraux de notre époque, l'équipe pédagogique est médusée devant le professionalisme de nos jeunes, l'émotion est intense et souvent les larmes affleurent.
Antoine, un professionnel de la communication évenementielle clôt avec justesse et empathie la journée.
Merci Hugo et Alexandre, LéÏla et Noémie, Ariane et Carlos, Hugo et tous les autres pour être aussi vivants, aussi pleins de projets et impliqués dans la réalisation de vos rêves. Je ne sais ce que je vous apporte, mais je sais moi, ce que je gagne à vivre une génération en devenir si différente de la mienne, si fraîche et si libre, pour qui n'existent ni les races ni les sexes pas plus que les choix de vie de quelque ordre qu'ils soient, vous êtes riches de cette liberté de manières et d'esprit, lavés de tant de schémas de pensée que je ne peux m'empêcher de vous voir comme les aurores d'un monde nouveau ; que vous me changez des dîners d'adultes où les devoirs en prêt à porter, les masques en prêt à tromper et les simili-puissances en prêt à écraser plombent les atmosphères.
Vous me dites que la vie va et, qu'en vous tenant un peu la main, je fais partie de votre sillage.
Je sais, certains vont souffrir, d'autres se dessècheront aux feux de leurs réussites, mais aussi j'ai décelé parmi vous ceux qui portent la flamme des nerveux jamais désaltérés d'exigences.
Vous me comblez, vous me justifiez.
Lundi 30, Nangis, bourgade cadenassée de la Brie, il faisait très beau, très chaud, ma flanelle grise et ma cravate de circonstance ne me pesaient même pas, de l'église au cimetière le souffle de ma tante Re-Re me disait la douceur de ceux qui partis en justes laissent la trace inneffable de leur sourire d'ailleurs en nous. Nous allions de concert.
La photographie du document de circonstance avait tout juste huit jours.
L'esprit en goguette, je vois oeuvrer les parques facétieuses, pas vraiment méchantes, non, elles coupent un fil, en tissent d'autres, relient les avants aux après nous enchantent des devenirs et nous caressent des passés.
Commentaires
Lequel des deux est le plus séduit par l'autre ?
Un billet de clôture d'année très émouvant.
Tante Re-Re
Je me souhaite de devenir une aïeule comme ELLE...
Sans descendants directs mais avec beaucoup,beaucoup de neveux et nièces aux goûts divers,multiples et variés,de toutes couleurs,de toutes cultures.
Cela doit bien être encore possible?En y mettant du cœur............
@ Marie : A ton avis ?
@ Mume : Je sais que vous saurez être une aïeule de rêve, mais vivez avant avec joie et gourmandise votre jeune maturité
Pensée émue pour Tante Renée. Elle est belle la photographie de vos complicités. Une génération s'en va et une autre arrive en laquelle tu crois. Des aurevoirs et des bonjours se sont croisés. Ainsi va la vie. Mes pensées vous accompagnent, Charles et toi.
@ Tien-Tian : et nous t'en remercions.
et ...
vient le temps des vacances
pour tante Renée des vacances ailleurs,
je lui souhaite un ailleurs de rêves
pour toi,
je ne sais où te conduiront tes pas
mais je sais que tu n'es pas en manque d'idées et de lieux
je t'embrasse
Je dirais : le photographe ... et mon sourire vaut presque le tien.
Une pensée pour Tante Renée et pour ses deux neveux... Elle était sans doute plus proche du Message que bien des docteurs de la Foi...
C'est beau, ce sont de beaux exercices de styles du plus pur académisme... bien !
Un lundi comme tant d'autres, et pourtant....
Une étoile nouvelle s'en est allée,
au firmament
immortalisant
à jamais
le souvenir de l'être aimée...
Elle brillera
et revivra
chaque jour,
pour toujours
tout au fond de notre mémoire
et nous la regarderons
tendrement
chaque soir,
jusqu'à l'ultime instant
où nous la rejoindrons...
Parques
J'aime les parques facétieuses, car elles connaissent le nasard et le paradoxe.
@ Liberté
"C'est beau, ce sont de beaux exercices de styles du plus pur académisme... bien !"
Ca sent la jalousie. HP a le style, sans trop d'effort, ça fait des envieux... ou du moins une envieuse !
Comme un enterrement de l'enfance…
En lisant ton billet, Henri-Pierre, je me suis demandé si la mort pouvait s'apprivoiser comme on dompte la vie en la mimant – à l’instar de tes étudiants qui l'ont fait avec toi – pour mieux appréhender leur vie en devenir.
Le départ de « ta » Tante en même temps que cette fin d’année scolaire mentionne une nouvelle fois que la vie est ceinturée par la mort.
La fin des moments de partage comme la mort de mes chers, je les vis toujours, comme un nouvel enterrement de mon enfance.
Que restera-t-il plus tard de cette fin juin 2008 ?
...
"l'équipe pédagogique est médusée devant le professionalisme de nos jeunes"...
Médusée? Pourtant quand on est passionné par quelque chose en général des exploits sont forcéments attendus... Et ces jeunes à fond "dans ce trip" ont donné le meilleur d'eux mêmes... ce qui personnellement ne m'étonne pas... encore pour cela, faut il avoir confiance en les capacités de la jeunesse... passionnée...
Bien à toi,
DV
Ré-Ré et Ja-Ja
Mes enfants viennent de perdre leur tante Ja-Ja comme vous votre tante Ré-Ré. C'était la grande soeur de mon ex-épouse, décédée il y a neuf mois également. Mon ancienne famille s'en va en me laissant une montagne de souvenirs nostalgiques que je ne peut remuer sans tristesse...
Pardon pour le "peut" qui s'est trompé de lettre...
je voudrais vous que l'image de vos mots sont la lumière de l'éternel lien de la vie et de la mort réunie pour la renaissance de l'existence j'ai ressentie chez vous ce paradoxe qui lie l'éternel entre le corps et l'esprit "l'âme" amitiés phil
desolé maunque un mot je voudrai vous " dire"
@ Jean-Yves : Jean-Yves, ce mois de juin est déja mort, mais il a été, et il a été riche...
@ Dream V : Mais le paradoxe de la performance est qu'elle émerveille même ceux qui attendent le mieux.
@ jean Botquin : Il est des bouquets de mariée d'autrefois, sous des globes faits tout exprès. Ils sont le témoignage de tant de foi et de tant d'illusions que, quelque ait été la destinée de la jeune mariée ils recèlent des parfums des avants qui ne se résolvent pas à mourir.
Momies du bonheur.
@ Phil : Merci charmant Baladin de marquer avec tant de sensibilité vos balades en mes terrains.
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