Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 27 mai 2008

Cycles

Et si l'on mesurait le temps à l'aune des bouquets ?

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Lors du dernier retour à Charmes, les pivoines avaient pleuré de toutes leurs pétales leur mort annoncée, le rouge somptueux et fragile auréolait le pied du guéridon où quelques jours auparavant les fraîches corolles gorgées de lumière exhalaient leur discrète et pourtant persistante fragrance.
Allant à rebours de la séduction mortifère des agonies florales, Charles a élaboré une nouvelle composition très "bouquet de maison de famille".

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Les tiges élégamment lasses peinent à retenir la loudeur des têtes écarlates et deux boules de viburnum à la blancheur nivéenne sont venues donner de la profondeur à la sourde matité des pivoines.
L'allégresse d'une nouvelle jeunesse enchantait de nouveau le haut de la sellette.
C'était avant-hier.
Ce matin, sur fond ouaté de pluie, l'inéluctable s'accomplissait.

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Nous étions pourtant prêts à bercer notre esprit d'une tentation d'harmonie durable.

La soirée d'avant hier fut consacrée à la vision d'un film en boîte : "Ma Mère" de Christophe Honoré d'après le roman de Georges Bataille.
Le thème est connu de cette mère qui, ayant fait de la perversion sa ligne de vie, initie son fils de dix-sept ans à toutes les turpitudes avant de mourir par lui, dans une étreinte hors-nature poussée jusqu'à l'extrême.

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Je dois avouer que le film m'a passablement ennuyé, les jeux pervers et convenus d'une bourgeoisie désoeuvrée sur fond d'Ibiza terriblement conventionnelle à force de se poser en parangon de toutes les débauches m'assomaient.
Mais bon, restons les yeux sur l'écran, après tout nul ne se demande comment Phèdre arrive à payer son loyer ou si Antigone a financé les eaux lustrales du rite hors la loi de ses propres deniers ou sur ceux de sa liste civile.
Revenons donc à notre propos, la vulgarité est souvent plus que frôlée, il n'aurait manqué qu'une érection assumée pour en faire un spectacle X ; Louis Garrel traverse le film, entre élans mystiques et orgasmes, dans une nudité tellement complaisante que nous sommes aux portes de l'exhibitionnisme.
Mais Louis G est beau, d'une blancheur diaphane et conquérante et donc, agréable à regarder ; et puis, et surtout, il y a Isabelle Huppert qui irradie de tous ses désarrois et de sa distinction parfaite un peu à contre-emploi car, trop cérébrale, sa perversité n'a rien de charnel. Je ne sais si Honoré l'a voulu ainsi, mais le venin corrosif de ces incandescences glaciales n'en est que plus profond.
Et puis une nuit est passé et puis des heures et encore une autre nuit, et l'histoire proposée est toujours dans ma tête insideuse et tenace.
J'ai compris : le cycle idéal de la vie est tout entier contenu dans cette étrange narration : mourir dans le sang par celui à qui ont a donné la vie dans le sang. Cette mort-renaissance est comme un retour à l'oeuf primitif, promesse de vie inhérente à chaque mort.

Plus aimable, le cycle des caprices d'une reine  déroule ses phases métronomiques sous le toit de Charmes.
Des familiers qui se reconnaîtront ici ont, lors de leur dernière visite, fait don à marie-Antoinete d'un collier et de deux châles ; pour le collier il n'y aucun problème, il n'y en a qu'un, mais pour le fichu, je n'aurai qu'un seul mot : fichu fichu ! car lorsqu' Elle arbore le rose elle veut le bleu, et vice versa.

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Et vous, lequel préférez-vous ?
Il faut tout de même mettre fin à ce cycle.

Posté par Henri_Pierre à 16:34 - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 20 mai 2008

Marrakech, Marrakechs

Marrakech dite et redite, beaucoup trop dite.
Ville "destination" des agences de voyages et des publicités. Destination vers quoi ? Ses palaces au luxe insolent et standardisé ?
Ses souks où il "faut diviser par deux" le prix annoncé ? Ah mes finauds, ça fait longtemps que les "locaux" ont adapté leurs méthodes à votre rouerie convenue...
Non, tout celà, plus les maisons d'hôte avec vue sur la Koutoubia qui pullulent à se demander si la terre entière se donne rendez-vous à Marrakech, plus les golfs qui épuisent la nappe phréatique pour le bonheur des "sportifs" au bord de la sénilité tout comme les  piscines sous les palmiers des villas cossues de la palmeraie, je vous le laisse.
Là n'est pas mon Marrakech, cette vraie cité du sud qui ne se prostitue qu'en surface mais qui garde jalousement ses vraies richesses pour qui sait voir.

Ma ville est celle d'une intimité où ombres et lumières se juxtaposent et se pénètrent en reflets fugaces toujours recommencés ; les maisons, closes en elles-mêmes, emprisonnent et tamisent les rayons d'un soleil impitoyable à l'extérieur.
Le dehors s'étourdit de bigarrures flamboyantes, l'en dedans vibre en chatoiements ombrés.
Les vitrages aux quatre couleurs fondamentales capturent la lumière dans le jeu de leurs motifs réticulés en relief et la rendent, apaisée, à l'exquise fraîcheur des pièces.

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Les angles des murs, déjà adoucis par les couches immémoriales de chaux ou de badigeon ocre, jouent avec cette luminescence estompée pour créer des volumes vaguement flous. Les ferronneries aux volutes savantes se démultiplient par leurs ombres portées.
Art de l'illusion propice à l'évocation des jnouns (génies) familiers de chaque demeure.

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Ma ville est aussi celle d'une musique restée en dehors du temps.
Musique Andalouse classique, où les accords alanguis du luth (l'aoud) s'enroulent en savantes arabesques aux sons pincés du "canoun" (sorte de cithare) tandis que les percussions (derboukka) accompagnent les ondulations serpentines du corps de la danseuse aux jupes couleur de feu où lui impriment des tressaillements qui, pour aussi suggestifs soient-ils, ne sombrent jamais dans le vulgaire.

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A ces raffinements citadins s'ajoutent les musiques régionales accompagnées aussi de leurs danses, comme celles de ces Berbères aux djellabas immaculées  ou celles, endiablées, des Gnaouas aux rites étranges, descendants d'esclaves dit'on, de garde noire des sultans raconte-t'on encore, et qui anesthésient les tympans du fracas barbare de  leurs crotales métalliques.

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Mais encore et surtout, ma ville est celle où une tradition impérissable se moque éperdument encore du nivellement des cultures ; parallèlement à la ville "bling-bling" de plus en plus indiscrète, l'élégance de la mendiante aux voiles de dentelle et aux manches écarlates renvoie nos mannequins-vedettes au rang de barboteuses, la tricoteuse au petit chat goûte l'ombre d'un parc public et me fait venir aux yeux des larmes d'émotion par l'expression de cette sereine quiétude des gens à l'âme droite ; indifférentes ces deux commères aux djellabas pastel refont leur monde comme toutes les commères du monde.

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Les Anciens, fidèles aux traditions de méditation et de port de la djellaba fuient l'animation des maisons, volières bruissantes des agitations du ménage et des pépiements des enfants , pour des espaces plus propices à leurs contemplations. D'autres, entre hommes, nous sommes en pays du sud que diantre, commentent les nouvelles du jour.

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Je demeure émerveillé par cette persistance du vrai au mépris du tourisme et de la proximité du "club med", émerveillé et, disons-le, optimiste, et ce n'est pas le sourire retrouvé de Najibou qui jettera une ombre sur ce moment de grâce.

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Posté par Henri_Pierre à 18:13 - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 1 mai 2008

Le petit tailleur outremer

Marrakech, ses séduisantes sollicitations des sens et l'innocente rouerie des regards qui zèbrent la paresse des déambulations...
Mais je n'ai pas l'âme aux exotismes, une image diffusée par la presse il y a deux ou trois ans est reprise par Le Nouvel Observateur, se superpose en palimpseste à toutes mes pensées, me hante et me révolte ; la voici :

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Cette jolie jeune femme au tailleur couleur bleue d'outremer, accusée de meurtre, va être exécutée, là, immédiatement, d'une balle dans la nuque.
Une corde entoure son cou délicat, et, fortement tirée en arrière, comprime sa gorge l'empêchant de proférer le moindre mot.

Nous sommes en Chine, c'est loin, outre bien des mers...

La femme qui va mourir est solidement maintenue par de jeunes militaires ; leur implacable séduction glaciale a la grâce vénéneuse des Anges de la Mort ; inhumains, ils continueront à vivre après que les yeux fermés de la dame au tailleur couleur outremer aborderont d'autres rivages, outre les mers de la vie terrestre.
Elle ne peut rien dire, on lui a refusé toute possibilité de s'indigner ou bien de demander grâce, de se répandre en injures ou d'accepter dignement son sort ; voudrait'elle demander pardon ou crier son innocence bafouée ?
Nul ne le saura jamais.

Et cet élégant tailleur sous lequel bat encore un coeur, fut'il acheté en confection ? Et dans ce cas j'imagine la complaisance du regard de la coquette sur les miroirs de la boutique de mode.
Mais peut-être ce vêtement fut'il fait sur mesures par une couturière experte ? j'imagine les scènes d'essayage, le difficile choix de la longueur de l'ourlet et les polémiques autour des pinces qui devaient donner à l'étoffe la douceur d'une caresse sur le corps.
Mais, si ça se trouve c'était un tailleur-pantalon.
Pour l'heure le soin mis par l'accusée à paraître à son avantage devant les jurés est nié par la brutalité de la scène qui a bousculé l'ordonnancement du col.

Fut elle ou non coupable du forfait dont on la charge, cette jeune personne au teint de porcelaine ? Dans ce cas quelles circonstances poussèrent la jolie femme à supprimer une vie ? La jalousie, la vengeance ou la réparation d'un dommage ?
Pourquoi ne l'a t'on pas laissé seule, face à elle même, pour dérouler à l'envers le fil de sa vie et comprendre ce qu'elle a fait ?
Voilà une justice qui, la rendant à elle-même, aurait rendu de la dignité à tous les acteurs du drame, y compris l'être assassiné.

Qui peut justifier une "justice" qui sanctionne en répétant l'acte sanctionné ?

Mais, est elle vraiment une meurtrière la dame à la frange impeccable, la dame au tailleur bleu d'outremer ? Tellement de fausses accusations sont le lot quotidien dans ces régimes assis sur la négation des libertés...

Depuis longtemps le frêle corps a été rendu à la terre, à moins que ses yeux ou bien ses reins ou quelque autre organe aient fait l'objet d'un effroyable commerce dont seules les geôles Chinoises connaissent le secret.

La dame au tailleur outremer me hante, je la laisse faire, peut être celà lui rend'il un peu d'une vie trop tôt achevée dans l'effroi et la brutalité.

Vraiment, peut-on cautionner un tel système ?

Posté par Henri_Pierre à 13:08 - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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