vendredi 8 février 2008
Frère en Ailleurs
Un soleil inhabituel d'un hiver sans nom traverse en caresses de feu les vitres des hautes fenêtres de mon Paris.
L'esprit flottant, libéré du poids de la contingence, j'ai parcouru un livre, petit par la taille mais vaste par ce qu'il dit ; le livre d'un ami qui soudain est devenu frère parce que ses ailleurs sont mes ici et que ses étrangetés familières ressemblent aux envolées illimitées de mes quotidiens.
Parce qu'un rien est le signe du Tout.
Parce que rien n'est anodin, pas plus qu'innocent.
Parce que les voyages les plus intenses sont ceux où l'âme fusionne avec l'espace et qu'un itinéraire n'est jamais que le lien d'unicité entre départs et arrivées, entre origines et buts.
J'ai donc lu Carnet d'Asies de Christian Vidal.
Voyage en solitaire accompagné de ses aimés, ceux de la terre et ceux des captations de son coeur et de son esprit, Marguerite Duras, ses barrages contre l'indomptable et sa fascination des limousines au luxe vénéneux, Gérard Manset porteur des morts de planètes et de l'immortalité de ses élans trop grands pour une vie. et nous aussi peut-être, pressentis avant que d'être de lui connus.
Condamnation à l'intranquillité de ceux qui sont nés étrangers au grand nombre de par leurs origines mêlées et leurs affections particulières.
Âmes trop vastes qui projettent leurs naissances dans leurs longues errances et qui, des vignes de Taurize aux exotismes de Beijing, de Thébaïdes matricielles en cités de l'ailleurs bues à grandes lampées avides, fondent la cohérence de leur itinéraire dans les noces de confusion d'horizons improbables.
Yeux cannibales et âme éponge.
Dérisoire des dictatures, pour aussi terribles qu'elles soient, face à la liberté de l'esprit.
Armure de ses faiblesses tellement plus fortes que les corsets étouffants des vains savoirs répandus.
Vibrant manifeste de l'universalité de l'Homme et de l'infinité de l'Amour.



