Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 29 janvier 2008

La source

Il faisait froid en ce dimanche 27 janvier, très froid, mais le soleil, complice du gel riait de tous ses éclats glacés.

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Les rayons obliques de cette fin de matinée n'arrivaient pas à verdir l'étendue herbeuse mais chantaient sur le sol des contrastes de feuilles rousses et d'herbes saupoudrées ; les ombres portées des arbres zébraient la prairie entre étang et boqueteau et les feuilles mortes des charmes s'ourlaient de délicats festons de glace.

Avant que d'entreprendre la remontée du petit cours d'eau qui alimente l'étang jusqu'à sa source, une réminiscence de mes errances d'autrefois me faisait regretter les parfums d'aventure qui enchantaient les découvertes de mes dix ou douze ans. Souvenirs de Prince Éric, Bibliothèque Verte, et autres lectures antédiluviennes qui enchantaient le quotidien au lieu de lui superposer les créations marchandes des Harry P et autres fictions de pacotille.

Le minuscule cours d'eau est bordé d'une part par des pâtures, de l'autre par un champ ; une pertinente disposition légale a rendue obligatoire la préservation naturelle des bords de rivière par l'aménagement d'une bande de quelques mètres entre rive et culture.
C'est sur cette promenade sauvage que nos pas bottés partent à la conquête du lieu de naissance du court ruisselet ; le froid vif pince le nez malgré la protection des vêtements d'hiver et des cache-cols à plusieurs tours. Belle et Chitan, eux, suivent et tantôt précèdent notre marche, les narines frémissantes de senteurs variées et la queue battant la mesure de leur contentement.

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De façon inexplicable le paisible cours d'eau se rétrécit et s'élargit, la pente est nulle et le courant aussi, le lit tantôt encombré tantôt miroitant boit le ciel qui ce jour est si bleu.

L'hiver est encore la, comme l'attestent les branches nues de certains arbres encore parées de gui, mais le renouveau s'annonce, dans l'étang un jeune brochet désenvasé commençait déjà ses longues attentes prédatrices.

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Insoucieuses du possible retour des rigueurs hivernales, les végétations aquatiques, filles de l'eau et de la lumière tapissent les fonds vaseux de leur imprudente luxuriance, les guirlandes vrillées des chatons de noisetiers ont les grâces tremblantes des ornements de coiffure des geishas et l'émergence des iris d'eau, hésitantes entre hardiesse et précaution nous promettent de prochaines efflorescences d'or

Mais tout n'est pas aussi convenu le long de ce modeste cours d'eau...

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Fichée dans la vase, immobilisée par la faiblesse du tirant d'eau, une branche tombée se console de sa chute en s'offrant les joyaux malades des cupules de champignons.
La mort rôde aussi, cette cartouche de chasseur éclate de sa vulgarité orange au milieu des demis-tons des froideurs glacées, et il n'y a pas que les hommes qui coupent le cours des vies animales, ces quelques plumes de tourterelle attestent de la lutte inégale et fatale entre le gracieux volatile et une sauvagine aux dents acérées (bien sûr, je refuse l'hypothèse d'un Chitan-meurtrier, quoique...)

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Et l'exploration continue à livrer ses chroniques d'un monde immuable pas si tranquille que ça.
Jetées en travers du cours d'eau les troncs abattus par les braconniers servent d'observatoire pour le guet des canards qui, entre étang et source, constituent des proies faciles.
Un ancien piquet, témoin de limites oubliées, se hausse le col à vouloir nous rappeler Venise.
Le ruisseau, après une plage d'importance de quelques mètres, s'encaisse de nouveau et, encombré de végétations, nous dit la proximité de sa secrète naissance

Entre racines et roches, elle est là la source, le terme du voyage bordé de centaines de trous encombrés de glace s'offre comme une promesse de vie, comme un but quasiment religieux de ce périple d'une fin d'hiver dans la campagne. Le modeste n'existe pas, pas plus dans la nature qu'ailleurs ; pour qui s'efforce de voir, l'ingénuité et l'innocence des débuts de monde sont à portée de la main, d'yeux.

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La Vouyvre n'était pas là, mais la ténuité de ses sortilèges rampait encore à même le sol.

Les retours ont toujours un goût de désenchantement ; l'enthousiasme n'est plus, et la promenade, bien qu'encore inachevée, a déjà un parfum nostalgique de futur souvenir. Le miracle ne se renouvellera pas le lendemain où le ciel restera gris et bas.

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La maison se profile déjà entre les branches éparses, l'aventure finira sa noyade dans une tasse de thé brûlant.
Mais le soir, les roses et les bleus profonds se disputent le ciel dans une réalité onirique.

Le lendemain, de retour à Paris, la voûte céleste, complice et fidèle, nous offrait encore un sourire d'obscurité embrasée.

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Posté par Henri_Pierre à 19:03 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ephéméternité

Monsieur le magicien,
Te voici de nouveau pour nous émerveiller de tes sortilèges de givre nostalgique. Pas à pas à tes côtés, remonter à la source des choses infimes et éternelles est un enchantement.
Sous la glace, la vie, lente et cruelle, pleine de morts et de promesses, et ton regard éveillé pour nous montrer ce qui aurait pu nous échapper mais que tu immortalises d'un trait de plumes. Les joyaux sont peut-être malades, mais restent des joyaux, les pas sur le sol gelé s'effaceront au premier redoux mais sont présents sur le chemin pour l'éternité. Tout s'efface et tout perdure, la vie des hommes comme celle des canards, tout est transitoirement éternel, et c'est cet entre deux mondes, ces instants de temps arrêté que tu sais fixer et offrir. Pour encore très longtemps, j'espère.
Merci, l'enchanteur.

Posté par jardinbaroque, mardi 29 janvier 2008 à 19:39

je passe

je reviendrai, ton soleil couchant c'etait dimanche ?
il était fabuleux dans le sud..
je t'embrasse

Posté par jeanne, mercredi 30 janvier 2008 à 06:39

Merci pour ces belles photos. Je découvre encore et encore ton Charmes sous ton charme. Partout où tu vas, tu amènes la couleur et la vie. La dernière photo de Paris est une preuve.

Posté par buzenval, mercredi 30 janvier 2008 à 07:32

Du Prince Eric à Harry Potter

Madame Joanne Kathleen Rowling n'est, certes pas, Homère. La magie dont elle parle n'a pas la portée universelle de la quête du Graal, les sorcières de Poudlard ne peuvent rivaliser avec celles de Shakespeare et les aventures du jeune Harry n'ont pas la profondeur psychologique de celle de l'élève Törless…
Il reste que les aventures de Harry Potter sont plutôt bien écrites, avec une vraie réflexion sur la paternité, les rites initiatiques qui permettent de sortir de l'enfance, la naissance du sentiment amoureux.
Ce sont des textes qui associent l'imaginaire et le réel et permettent aux lecteurs d'accéder au symbolique, fonction essentielle s'il en est, condition d'entrée dans la véritable culture.
PS : Henri-Pierre, la Vouyvre est de mon pays, bourguignonne...

Posté par Jean-Yves, mercredi 30 janvier 2008 à 08:13

@ jardin B : "immortaliser d'un trait de plumes", bravo.

@ Jeanne : Tu es toujours attendue avec bonheur ; oui c'était ce dernier dimanche.

@ Buz-Buz : Tu y reviens quand ?

@ Jean-Yves : Quelle érudition, et quel plaidoyer, pour moi, n'ayant pas le temps de lire ce que je voudrais, je n'ai pas lu les tribulations de notre adolescent surdoué, et j'avoue aussi une défiance extrême vis à vis de tout ce qui est médiatiquement asséné.
Peut être ai-je tort ?

Posté par Henri-Pierre, mercredi 30 janvier 2008 à 12:14

Une balade romantique et un bel endroit!

Posté par Cristina, mercredi 30 janvier 2008 à 16:23

ce weekend si tu veux

Posté par buzenval, vendredi 1 février 2008 à 06:58

hiver, beurck !

Je constate l'incompétence de Harry Potter qui n'a pas pu faire fondre ni cette horrible neige ni cette hideuse glace ! Ici, il a été plus clément, nous sommes épargnés ! Mais que l'hiver est long après un été sans soleil... Vivement que Harry me transforme en marmote et que je m'endorme dans une douce torpeur, pour ne me réveiller, que "sous le soleil exactement, pas à côté, ni n'importe où..." ! Allez abominables hommes des neiges, gardez vos paysages féériques d'arbres givrés pour vous ! bisous plein, plein, pour vous réchauffer.

Posté par mitcha, vendredi 1 février 2008 à 19:03

J'admire tes progrès photographiques.
D'un rien tu fais un poème.
Et je rajoute, sans poësie : il font chier les chasseurs avec leurs cartouches.

Posté par Sophie, dimanche 3 février 2008 à 13:48

nids

Il est aussi des luttes fratricides en contrebas des nids, laissant sur l'herbe grise des "ronds de fées" de plumes en cercles blancs.

Posté par Marie, lundi 4 février 2008 à 19:18

...

J'l'aime bien harry potter moi :) M'enfin c'est vrai qu'avec les films ça a été bcp commercialisés...mais les livres sont sympas (pr ceux que j'ai lus.

Sinon tu noteras : 6ème paragraphe ligne 1 : là
(oui je sais sur mon blog les erreurs se suivent lol)

Bon maintenant je m'en vais lire ton précédent post sur les reflets qui m'avaient l'air génial mais que je n'ai pas encore lu...

Biz

Posté par dream volt, mardi 5 février 2008 à 08:46

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