Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

jeudi 24 janvier 2008

Symétries réfléchies

Jour particulier pour moi que le 21 janvier, cette date m'était impartie dès bien avant ma naissance par l'émotion ressentie lorsque le couperet révolutionnaire immola inutilement un bon roi et, aussi, pour des raisons plus personnelles ; souvenez-vous...

Ce dernier lundi, à Charmes, le temps du ciel, immobile et tout de fusions argentées, basculait vers l'eau de l'étang qui lui même semblait vouloir dissoudre ses eaux dans les airs ; en une réciproque offrande la voûte céleste et le liquide étal bousculaient la perception habituelle des choses, le réfléchi était aussi précis que le vertical et le balancier du monde créait des vertiges insoupçonnés.

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La petite rivière, le Blaiseron, avant d'être canalisée dérobe son image à l'ancien bief, futur pavillon des thés, dont la fin des travaux sans cesse ajournée par les artisans surmenés rend son "inauguration" de cet été de plus en plus improbable. La parfaite symétrie du bâtiment et de son reflet me renvoient aux personnages tête-bêche des jeux de cartes. Incursion de l'imaginaire dans la réalité, Alice au pays des Merveilles.

La maison se donne à l'eau qui l'absorbe, le ciel est par dessous les toits, à moins que les toits se rient des cieux, de la pesanteur.
L'air est si étonnamment doux qui enveloppe le haut et le bas en une aspiration fusionnelle qu'un sentiment étrange d'apesanteur, d'atemporalité baigne l'âme qui, libérée, flotte rejoint le passé et se projette sur l'intemporel ; s'ouvre le dialogue avec les aimés présents ou partis. Concert d'anges aux accords silencieux.

Et tout autour de l'étang et de ses eaux captatrices les éléments naturels s'abîment dans la contemplation d'eux mêmes ; absorbés les réfléchis réfléchissent à cette révolution du stable, à l'inversion des codes.


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L'île commence en bas et finit en haut, les ramures semblent chercher à s'enliser dans la fade puanteur des marcescences  qui tapissent le fond de la pièce d'eau.

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Une légère brise vient un moment altérer de vibrants froissements le miroir du frêne rompant ainsi un peu l'illusion, mais très vite, en arrivant au pied du vieux noyer, le souffle est tombé et le jeu des vrais ou faux semblants brouille à nouveau les cartes ; affligé, le buis ridiculisé par mon inexpérience dans l'art des topiaires, découvre l'étendue de mon injure à sa personne.

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La cambrure tendue du marronnier mort du bord de l'île prolongée par son double se donne des airs d'arc sans corde, d'arc inutile, d'arc d'art. Charles laissera t'il quelque chose de ses pensées otages de l'eau ? Quant à moi, un lit opportun de lentisques s'interpose entre ma personne et mon double. Punition divine pour celui qui usa de son image avec tant de complaisance ?

Le départ s'approchant il faut abandonner le Palais des glaces et réintégrer la maison.

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Chitan, exténué par ses courses effrénées et ses sauts de cabri nous précède, il attend avec impatience d'aller se vautrer de toutes ses grâces voluptueuses sur le moelleux du tapis tout en actionnant compulsivement le sifflet de ses nombreux jouets.
Belle ne joue pas, c'est une digne dame sérieuse, elle.

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Mais le monde des reflets ne nous abandonne pas pour autant ; au hasard des déballages de cartons fermés depuis si longtemps, ayant servi de protection à une vaisselle quelconque, ce torchon devient soudain un messager du passé : soigneusement rapiécé, il reflète l'esprit d'économie qui régissait toute maison bien tenue. On ne jetait pas, les ravaudages si soignés témoignent de ce monde pré-consumériste.
De la Préhistoire, en quelque sorte.

Posté par Henri_Pierre à 17:07 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

technik

je m'en voudrais presque de salir un aussi beau billet avec des précisions techniques concernant ZE lien...

en fait il faut mettre en lien l'adresse "publique" du billet (celle grâce à laquelle les lecteurs tombent sur ta prose) et non pas l'adresse du billet via ta connection sur l'herbergeur Canalblog... Adresse qui intègre tes informations de login et de mot de passe...

enfin je crois...

bises.

Posté par nicobiscoto, jeudi 24 janvier 2008 à 17:40

Lignes de fuite

S'il y a un regret que je puis exprimer, c'est de n'avoir pas vu l'automne à Charmes. Tu sais mieux que quiconque que, parfois, la trépidation de nos existences nous conduit à passer à côté de bonheurs qu'il ne faudrait surtout pas laisser s'échapper.
Je retrouve dans ce nouveau billet sur le monde qui t'est cher, cette impression schubertienne faite de mélancolie, de jeux de miroir, d'impressions effilochées. Il est si difficile de mettre des mots sur cette musique si particulière et intime qui est la tienne, et je ne suis pas poète. Mais que de vies en quelques lignes, que de palpitations infimes saisies au vol et offertes comme les trésors qu'elles sont, que de révélations presque impudiques dans tout ce que tu ne dis pas et qui est pourtant évident pour qui sait prendre le temps d'entendre, dans tous les sens du terme, ta voix.

Posté par jardinbaroque, jeudi 24 janvier 2008 à 18:07

Tu le fais si bien

Mettre des émotions en mots et en images qui font frissonner les paupières et hésiter les doigts, tu sais et tu partages, c'est une immense joie.
Même les disparus sont présents dans nos âmes, les virtuels amis, compagnons de voyages aux rêves évanouis.

Posté par Marie, jeudi 24 janvier 2008 à 20:16

Avec vous, je me suis souvenu d'Emmanuel, même si je ne l'ai pas connu.
Grâce à vous, mes hivers seront habités d'un Ange de plus.

Posté par janluc, jeudi 24 janvier 2008 à 22:46

Déplacement...

Nos souvenirs sont sans doute comme toutes images réfléchies : un rappel « parfait » de notre passé et, en même temps, ils nous suggèrent un soupçon de « déplacement », à la manière des miroirs qui ne montrent jamais l’image que les autres ont de nous…

Posté par Jean-Yves, vendredi 25 janvier 2008 à 08:20

Charme

Charme a sûrement un secret
je sens ça de mon sud
c'est de la magie que tu nous donne là
je t'embrasse

Posté par jeanne, vendredi 25 janvier 2008 à 14:35

On ne jetait pas...a cette période...tu as raison...!! Ah au fait un ti verre sur paris le temps que mon temps n'est plus aussi limité...avant la fin janvier disais tu...?
A très bientot....kISS A VOUS 2

Posté par lance, samedi 26 janvier 2008 à 23:12

L'hiver a donné une belle couleur dans ton jardin, et c'est peut-être ce que je préfère dans ce coin de paradis. Tu es devenu mélancolique, à cause de cette date d'anniversaire, du temps, et de beaucoup de choses. Même si l'eau de l'étang ne bouge pas, je crois bien que c'est toi qui va faire bouger les vies de ton univers. Une belle nouvelle année, HP.

Posté par buzenval, mardi 29 janvier 2008 à 07:14

@ Nico : Merci mon Beau, grâce à toi j'y suis arrivé.

@ Jardin : Il y aura tant et tant de saisons dans notre amitié...

@ Marie : Mais que seraient nos peines et nos enchantements sans l'accompagnement de notre paysage affectif ?

@ Janluc : ces Anges d'hiver veillent aussi sur nos printemps.

@ Jean-Yves : Je ne me meus facilement qu'à la frontière ambigüe du reflet et de son l'image, tu le sais bien.

@ Jeanne : Charmes est une sorcière, c'est pour cela que je l'aime tant.

@ Lance : Tu réponds à mon courriel ?

@ Buz-Buz : De retour, nous nous voyons ? J'ai hâte, mon tendre, de te voir.

Posté par Henri-Pierre, mardi 29 janvier 2008 à 19:16

...

simplement sublime... dommage que Chitan ne puisse se rendre compte de ce spectacle...

Posté par dream volt, mardi 5 février 2008 à 08:50

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