Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

jeudi 27 décembre 2007

Ouates diffuses

Bordeaux, surprenante et toujours si belle s'est parée d'ouate pour cette fin d'année, la ville n'émergeait de ses songes brumeux qu'en milieu de journée, et vers quatre heures de l'après-midi, elle revêtait sa robe couleur du temps, du temps qui passe, du temps qui brouille.

Près de l'hôtel de ville du palais Rohan, la statue dédiée aux morts de je ne sais plus quelle guerre, elles se valent toutes en horreur,  érige dans un élan qui toujours m'a semblé ambigü, l'ange porteur d'âme de ce trépassé si charnel encore. La cathédrale,  dont les éternelles réfections ont épargné la face nord du chevet, abrite toujours dans une niche cette élégante du treizième siècle coiffée de son touret et à laquelle je rends, depuis mon adolescence, hommage chaque fois que je passe en ces lieux.

CIMG2001CIMG2000.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
Les lumières électriques diffractées par le brouillard dématérialisent les édifices, il est à craindre, si l'on ferme les yeux qu'en les ré-ouvrant la poésie onirique soit déjà évanouie.
Le théâtre devient un décor de théâtre et, embijouté de lumières, le cours de l'Intendance devient chaussée des fées.

CIMG2034

CIMG2031CIMG2033

Le Palais Rohan, fantômatique, comme les pouvoirs qu'il abrite, diffuse cependant une note vibrante d'espoir en nimbant  de  lumière spirituelle le portrait d'Ingrid Betancourt

CIMG2038CIMG2040CIMG2039

A cause des températures exceptionnellement basses, la fontaine des girondins n'est plus en eau, la vision en est singulière, les triomphes républicains et les combats d'atlantes perdent leur fougue, noyés qu'ils sont dans les vapeurs ; mon inexpérience a utilisé le flash pour quelques photos et, les gouttelettes en suspension ont constellé les vues de bulles irisées, j'en ai gardé quelques-unes, pour ne plus recommencer. Deux charmants jeunes hommes perçaient les brumes par leur présence irradiante, les réflecteurs de leur bicyclette, complices, riaient aux éclats.


CIMG2018

CIMG2020CIMG2062

Et, finalement, le miracle de Noël eût lieu, un nouvel Ange, prénommé Angel, en est certainement à l'origine ; aucune aigreur, aucun sous-entendu, aucune perfidie enrobée de miel rance n'est venu troubler les multiples agapes familiales. Angel, le petit héros du séjour est passé de bras en bras, il est légitime qu'il apparaisse ici collé à l'affection de Julien et Sophie, ses parents, mais il n'y a pas de raison pour que je ne montre pas que son oncle aussi en fait ses délices.

CIMG2077

CIMG2069CIMG2081

Et des tas de bonheurs marquent les heures qui s'égrènent, les souliers cascadeurs de Bénédicte semblent appeler au moins le collier de la Reine, les "petites" Ninon, Julie et Gabrielle par moi surnommées dans l'ordre Ulrike, Séphorine et Galiswinthe prennent la pose comme des grandes et, facétieuse, le lune habille en Noël l'arbre banal du chemin dénudé par l'hiver.

CIMG2139CIMG2042CIMG2079

L'heure du retour approche, Charles tourne déjà le dos à l'objectif pour boire encore un peu la ville, nous sommes conscients que ce miracle de Noël d'ouate céleste et que je n'avais jamais connu est déjà de la nostalgie vivante...

CIMG2006

La route du retour prolonge la magie du brouillard, les phares et les feux diaprent l'atmosphère, comme des colliers éphémères d'une Cendrillon des brumes, les étourneaux disent leurs adieux, une année meurt...

CIMG2160CIMG2163CIMG2161

Comme dans les tarots toute mort est l'annonce d'une renaissance, que les jours qui viennent, chers amis vous apportent orages et plages de paix, enthousiasmes et découragements passagers, révoltes et amours, douceurs et luttes. Vivez, quoi !

Posté par Henri_Pierre à 22:14 - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 19 décembre 2007

Soleils givrés

CIMG1967


Scintillante de soleils givrés, parcourue de bises glaciales aux cruelles morsures, l'année glisse vers sa mort annoncée et ses rites immuables.
Les réveillons familiaux seront peut-être le théâtre des éclats engendrés par le mot de trop ou la parole mal interprétée, mais il y reste toujours ce désir de se sentir en famille et de dépasser les incidents par les besoins de don et de reconnaissance.
De psychodrames en attendrissements, heureux ceux qui peuvent encore affronter l'épreuve. Un jour viendra où les courroux d'oncle Anselme, les insinuations vinaigrées de tante Lucie ou l'exaspérante suffisance de cousin Geoffroy ne seront plus qu'un vide, un creux au cœur des affections toujours contrariées et toujours renaissantes.

Le temps, enfin sec, a permis de mettre à exécution un projet depuis longtemps remis à sine die à cause des chutes d'eau incessantes : le nettoyage de l'île.
Nous avons bûcheronné quasiment deux jours durant pour élaguer la couronne d'aulnes, couper les rejets et arracher le lierre qui masquait le tronc blanc du bouquet de bouleaux central, le bûcher consécutif à tant d'ardeur sera brûlé avant février afin de ne pas contrarier la nidification des cannes sauvages.
J'ai eu plaisir à transpirer dans la froidure, à matérialiser paroles et exhalaisons par des volutes de buée et à anéantir mon corps dans des efforts auxquels il n'est pas habitué.
Le lieu a certes perdu de son mystère, mais nous pouvons désormais envisager in pique-nique lacustre l'été prochain.

ileile__2_ile__1_


Signalons, à ce propos, une aberration génétique à mettre à mon actif, en retaillant la boule de buis mon inexpérience a transformé la sphère en machin ovoïde penchant résolument vers l'eau, évidemment l'accès par voie terrestre étant moins risqué que par le versant rive, ma cisaille a pu donner libre cours à son ardeur plus aisément de ce côté là et j'ai ainsi donné naissance au premier buis pleureur de la planète.

Pour se remettre de ces fatigues, pendant que Charles s' abîmait dans les senteurs des fleurs du citronnier rentré dès les premières gelées,  je me suis étendu à même le sol sachant que Chitan, toujours avide de contact, s'associerait au somme me comblant du rythme de sa respiration, de la chaleur de son petit être palpitant d'affection et de la musique de ses ronflements de sonneur.

charles_citronHP_repos2.
.
.
.
.
.
.

Dès lundi, retour sur Paris oblige, nous avons fermé les volets de la maison. Charmes s'est recroquevillée sur son univers polaire et ne se réveillera que pour la Saint Sylvestre. Belle et Chitan restreints dans leurs vagabondages par une clôture, comme nous sommes tenus de le faire en période de chasse, assistaient  aux préparatifs du départ avec leur "tête SPA" des jours d'abandon.

Avant de quitter les lieux, j'ai fixé sur l'objectif les étranges architectures des taupinières éclatées et pétrifiées par le gel.

taupes__4_taupes






Posté par Henri_Pierre à 17:45 - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 10 décembre 2007

Châteaux (de l'esprit) en Suède

" ...La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin..."

Marcel Camus, Le discours de Stockholm, 10 décembre 1957.

Tout est dit...

castejon2

Posté par Henri_Pierre à 22:45 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 7 décembre 2007

Compagnons de papier

Pour aussi loin que remonte ma mémoire, et pourtant je me rappelle mes barboteuses, il y a toujours au moins un livre en cours à portée de ma main.
Jusqu'à un âge assez avancé je lisais peu de revues, magazines ou périodiques, convaincu que j'étais que la plongée dans l'évènement pouvait me tenir éloigné du profond, de l'essentiel. Le radicalisme de la jeunesse disparu, je me tiens informé avec application de l'actualité, ne serait ce que pour nourrir mes indignations et donner un socle à mes révoltes. Mais, j'ai toujours, en cours de lecture, plusieurs ouvrages.
Je ne conçois tout simplement pas la vie sans mes compagnons de papier.
Je lis lentement, revenant sur une phrase plusieurs fois s'il le faut, soit pour me pénétrer de son sens, soit pour me réjouir de sa musique ou encore pour retarder la fin de la lecture, l'abandon de ce compagnon, car d'aucune séparation je n'ai jamais su sortir indemne.
J'aime aussi l'odeur des livres, aussi tenace que celle du cuir des cartables de mes écoles.
Je n'ai jamais jeté un livre, même de poche, les seuls manquants sont ceux qui prêtés, ne m'ont pas été rendus.
Il reste à Bordeaux, chez ma mère, ma bibliothèque de jeune homme, encore pleine d'épaves que j'évite parfois de revoir pour ne pas mesurer la douleur du temps qui passe et me repaître de ses nostalgies.
A Marrakech aussi, les livres s'amoncellent inéluctablement.
Tous mes lieux regorgent d'ouvrages imprimés ; les non encore lus, en grand nombre, ne font pas barrage aux acquisitions compulsives.
Charmes recèle des centaines d'ouvrages dans le plus grand désordre, aucun classement raisonné qui m'ôterait la fièvre râleuse de la recherche et le soulagement de la trouvaille.
Paris, compte tenu des limites de l'appartement, n'offre au rangement de mes livres que le volume de deux petits meubles bibliothèque, les voici, l'un dans le vestibule, l'autre dans la chambre.

CIMG1913CIMG1908.
.
.
.
.
.
.

Trois lectures ont m'ont particulièrement marqué ces derniers temps ; dans l'ordre :

Louis XVI de Jean-Christian Petitfils

CIMG1912


La première étude exhaustive de ce monarque beaucoup plus complexe que ce que les poubelles de l'histoire où on l'a injustement jeté ne le laissent présager.
Après la lecture de cet ouvrage particulièrement bien documenté, à rebours de tous les partis-pris officiels des "Lagarde et Michard", on bénéficie d'une vision de la fin du dix-huitième siècle très différente de celle que nos repères antérieurs avaient forgée.
Ce n'est ni une hagiographie ni une réhabilitation, c'est une analyse psychologique fine et honnête dans un contexte historique parfaitement maîtrisé.

L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

CIMG1911

Méfiant de tout tapage médiatique, j'étais plutôt prévenu contre ce livre. L'enthousiasme de Charles a aboli ces réticences et grand bien m'en a pris ; un microcosme, un immeuble et tous ses occupants sert de toile de fond à une peinture de moeurs dans le monde hiérarchisé d'un quartier "bien habité" ; La rébellion contre le médiocre et  les conformismes ne vient pas de là où l'on s'y attendrait ; la langue, d'une grande richesse, est ici mise au service d'un humanisme lumineux.
Un conte philosophique par un Voltaire exempt de narcissisme et d'agitation sociale.
Une coruscante analyse du toujours dans le jamais et du jamais dans le toujours et de l'éternité dans le moment éclaire cet ouvrage d'une intelligence remarquable.
Et, beau présent pour l'historien de l'Art que je suis, les pages 216 à 220, offrent une réflexion sur l'art, complètement originale et d'une pertinence qu'il est rarement donné de voir.
Le Savoir et la sensibilité d'une universitaire qui n'a rien d'un mandarin.

Guy Môquet au Fouquet's de Pierre-Louis Basse

CIMG1910

Un pamphlet-bonheur de quarante-six pages et un peu dénonçant avec un brio implacable le détournement de l'Histoire par la Sainte Vulgarité ambiante.
Une saine réflexion sur la transmission culturelle par les parents-passeurs et le respect de ce bagage qui vous accompagne toute la vie dès lors que vous avez eu la chance de le recevoir.
L'histoire et ses acteurs replacés dans leur sens et une salutaire indignation contre les manipulateurs qui les trahissent de façon éhontée.
A mettre entre toutes les mains.

Posté par Henri_Pierre à 12:18 - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 4 décembre 2007

Requiem pour un lapin

Un magnifique riad, un vrai, jouxtait la maison de Marrakech ; Par dessus les murs de la terrasse ses arbres découpaient leurs silhouettes et, lorsque l'incandescence solaire les nimbait de poudres de feu je savais que les muezzins envelopperaient l'atmosphère de la cité des appels à la prière du soir.

l'un de ces arbres, un cyprès en l'occurrence, présentait le profil surprenant d'un lapin. Et je l'aimais ce lapin dont les oreilles servaient de reposoir aux tourterelles, juchées tout là-haut, et qui bientôt donneraient vie à la ramure par les battements névrotiques et saccadés de leurs parades amoureuses.

La fièvre immobilière qui s'est emparée de Marrakech a détruit le riad ancestral et pulvérisé les vieilles vasques usées de ses fontaines, les carrés de jasmins et d'orangers ont aussi disparu, les grands arbres ont été abattus, c'est en retenant mes pleurs devant les ouvriers qui ont transformé l'aristocratique demeure en bourbier que j'ai immortalisé les racines de mon arbre, de mon lapin disparu.

J'ai crié à "l'architecte décorateur", un vieux beau marocain affectant de ne parler que le français et qui pataugeait dans la gadoue désespéré de crotter ses chaussures pointues et vernies, mon dégout et ma colère, en vain, je le sais.
Le riad sera une "maison d'hôtes" la sept-cent-huit-millionième de la capitale du sud.
Marrakech ne sera plus qu'un vaste hôtel et les habitants de la médina des valets au service des vanités du colonialisme de l'argent.
narjisse19

CIMG1828.
.
.
.
.
.
.

La ville est en pleine mutation, il est de mauvais ton de "décorer" en style oriental, tout se doit d'être blanc, ficelle ou encore beige ; et minimaliste, "zen", bien sûr. En revanche il faut de l'eau. Comment Henri-Pierre, de cette chaleur pouvez-vous  vivre sans piscine ? Mais oui, mon cher et à défaut des chaises-longues des bords des bassins qui ne leur sont pas offertes, mes fesses privées des caresses du soleil peuvent bien en préférer d'autres.
Le pays des hammams ne prononce plus ce mot "local" et donc "vulgaire", il suffit de posséder un robinet qui coule pour se targuer d'avoir un "spa".

La ville nouvelle aussi est prise de frénésie immobilière, les silhouettes des maçons sur les échafaudages de fortune sont un défi à l'inspection du travail la plus rudimentaire. D'affriolantes jeunes filles et de roucoulants jeunes hommes proposent des programmes immobiliers en "share time" à des prix salivants.
Parfois l'approche tourne au marivaudage comme l'atteste l'illustration du centre ; mais qui pourrait leur en vouloir ? Que les sens abolissent les affaires est chose délectable.

De retour en médina mon œil s'émerveille, au coin de ma ruelle de ces géométries architecturales qui, heureusement sont nombreuses encore.

CIMG1875CIMG1833CIMG1815

Mais tout n'est pas rose dans la ville rouge. Loin de cette agitation et ignorées par les aveugles du cœur, la misère et la solitude s'étalent. La souffrance résignée de cette vieille dame voûtée à la dignité intacte, le blanc immaculé de la mendiante de Bab Doukkala et la lassitude de ce vieil homme appuyé sur sa canne restent la vraie noblesse du pays. A leur corps défendant.
Noblesse pathétique aussi que celle des ânes ou des mulets, langue pendante et écumante sous les charges incroyablement lourdes et l'implacable bâton des auriges de toutes les misères.
A Marrakech, plus qu'ailleurs, le choc monstrueux du dénuement et du gaspillage de la douleur et de la frivolité semblent inacceptables.

CIMG1816CIMG1689

CIMG1876

D'aucuns essaient de s'en sortir comme ils le peuvent, les petits métiers sont légion, revendeurs de cigarettes à l'unité, charriage de charges à traction humaine pour les plus déshérités, à traction animale pour les mieux lotis ; cireurs de chaussures et vendeurs à la sauvette de mauvaises imitations de "marques" vous sollicitent à chaque coin de rue.

CIMG1819

Un vent d'espoir cependant : au luxe de ce mannequin illuminant de sa perruque verte une vitrine de Casablanca, répond à Marrakech, étalée sur une façade, la bannière de la révolte.

CIMG1759CIMG1883.
.
.
.
.
.
.
.
Peut être un jour, les exploités de Chine ou du Maroc partiront'ils à la conquête de leur dignité, c'est, me semble t'il,  la seule antidote à leur esclavage et aussi au scandale des délocalisations des pays riches et leur course à la rentabilité assise sur les salaires de misère des pays pauvres.
Mais bon, je sens que je me laisse aller, là, aux truismes gnan gnan des velléitaires impuissants du bonheur des hommes ; on peut aussi attarder son regard sur les pigeons de Casablanca qui, amoureux, répondent aux oiseaux art-déco de la balustrade de ce balcon, s'extraire de la réalité et transformer la parabole en promesse d'auréole en contemplant ce bougainvillée blanc qui illumine la terrasse.

CIMG1746CIMG1871PICT0028

Charles, lui, s'enivre de la fragrance de cette fleur de citronnier.

CIMG1842

Voilà encore un billet bien fourni en "images", et dire que lorsque j'ai commencé ce blog je voulais privilégier de mes "paysages mentaux", l'écriture... Et peu à peu, malgré moi, l'illustration s'est imposée.
Pourquoi ? je crois avoir cette nuit, trouvé l'explication : Etranger à tout dogme, à toute doctrine ou conviction, mes pensées et mes émotions naissent de ce qui se présente à moi. Le fortuit me construit puisque l'a priori me fuit.
Ce doit être cela, non ?


Posté par Henri_Pierre à 16:44 - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1