Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mercredi 21 novembre 2007

Cent-cinquante

Un chiffre rond, pour vous dire au revoir, je quitte Paris pour Marrakech demain très tôt et ne reviendrai que le trois décembre.
Lundi j'ai quitté Charmes et l'hiver semblait déjà en marche, dans la semaine la température était tombé à moins dix degrés et me sont revenues en tête les neiges de l'an dernier.

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Probablement qu'à mon retour du soleil, ou un peu plus tard, les mêmes délicatesses de la neige orneront les reliefs et la végétation et je serai aussi content de m'aveugler aux cristaux de la froidure.

Drôle de propension a éprouver de la nostalgie pour ce qui n'est encore pas d'actualité, uniquement parce qu'on s'en va.
Quitter est souvent un peu triste et arriver toujours un repos.

Mais demain nous attendent la lumière des yeux et des cieux de là-bas, ainsi que l'éclat des couleurs de la rue.

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Bien sûr, il faudra entretenir l'euphorie, ne pas trop regarder au delà de la fête de ce joyeux kaléidoscope, car la misère et la solitude ne tarderaient pas à vous rappeler qu'il n'y a pas de paradis.

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A très bientôt.

Posté par Henri_Pierre à 19:20 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 17 novembre 2007

Froids soleils

Paris s'est réveillé ce matin du pied droit.
Rieuse et étincelante la ville inondée de soleil exultait de tout l'éclat de sa froide lumière.
Le plus insolite, en ouvrant mes rideaux, fut de voir tant de clarté et de sentir tant de froideur ; les soleils d'hiver ont ceci de particulier qu' ils découpent avec une précision clinique de scalpel les volumes des immeubles en arêtes implacables ; la froidure est immédiatement perceptible et l'air est transparent comme la glace.
Mais dieux, que la capitale me paraît belle aujoud'hui.

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En ce jour de fin d'automne,cependant, la grève bat son plein.
Je me souviens de situations similaires où la pénurie des moyens de transport alliée à la pluie et à la grisaille faisait de Paris la capitale de la galère ; mais de ce beau soleil, les bicyclettes et les vélibs, en compactes colonnes de fourmis besogneuses donnent aux rues un air de fête, de villégiature.
Le dôme invraisemblable du Félix Potin, devenu de par les dieux des tribulations économiques, le Monoprix du boulevard de Sébastopol scrute avec une superbe indifférence les agitations du ras du pavé.

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Square Emile Chautemps, les branches des marronniers, nues depuis quelques jours, ne font plus écran au bel ordonnancement des façades post-haussmannienes.
Bien au chaud sous leurs plumes, les pigeons croient à un nouveau printemps et, fébriles et peu farouches, font leur miel des débris divers qui jonchent le sol.
Dans un magasin du Marais, je peux constater que la mésange de Charmes ( Voir le billet précédent) a posé depuis son paradis comme modèle pour cette barbotine exhibée en vitrine.

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De leurs yeux vides et troublants, les mannequins des vitrines transpercent l'agitation du trottoir ; déesses impavides des vanités marchandes de notre époque, elles affichent une indifférence totale pour les atours névrotiquement désirés par les pauvres humaines victimes du paraître.

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Combien de fois suis-je passé en ce commencement de la rue Blondel qui débouche sur la rue Saint-Martin ? je ne saurais le dire le parcours étant quasiment quotidien ; eh bien, je découvre aujourd'hui pour la première fois cette originale façade art déco revêtue de céramiques, et je me dis que Paris n'aura jamais fini de nous livrer tous ses secrets.

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A peine rentré, le jour, brusquement, plongeait dans l'insondable de l'horizon. Au dessus des cheminées des toits de la vieille ville le crépuscule saignant disait la mort de ce 16 novembre 2007.

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lundi 12 novembre 2007

Jeux interdits

Elle gisait, là, la délicate mésange, si jeune...
Morte.
Avant que d'avoir vécu ; née trop tard pour résister aux premiers froids.
En ce dernier jour de ce long séjour à Charmes, elle a ajouté du chagrin à la tristesse du si prochain départ pour Paris.
Demain matin, très tôt je laisserai Charmes, les volets du rez-de-chaussée sont déja fermés.
Nous avons rentré les meubles de jardin, le parc sans ses bancs, ses tables et ses chaises ressemble au salon déserté des maisons démeublées ; inhabitées. Le jardin n'est plus un lieu où l'on séjourne, nous ne ferons plus que passer, se promener.
J'ai pris l'oiseau dans mes mains et l'ai rapproché de mes lèvres ; mon souffle chaud lui disait un peu de la vie qu'il aurait pu connaître ; oui bien sûr, on s'est gentiment gaussé de moi, de ma "sensiblerie", mais je n'en ai eu cure, je n'existais, en ce moment là que pour ce petit coeur si tranquille désormais.
J'ai pensé aux "Jeux interdits" mais je n'ai pas voulu pour le petit cadavre de la froideur de la terre, de la lente décomposition, pas plus que du festin des vermines.
Après plusieurs essais j'ai choisi comme toile de fond pour prolonger la trace du passage du bel oiseau le couvre-lit en soie bleue et beige de la "chambre des roses".
La texture s'harmonisait parfaitement avec le chant chromatique des gris ardoise, des jaunes et des bleus du ravissant plumage, jugez de l'effet...
Puis, sans hésiter une seconde j'ai décidé de brûler le minuscule corps tant qu'il n'avait pas encore perdu sa souplesse ; c'était impératif, nécessaire.
Et j'ai dressé un petit bûcher, oh, pas n'importe où, non, mais dans la grande cheminée en marbre jaspé rouge et blanc du salon. La flamme très claire s'est élevée, aspirée par le conduit.
L'âme du petit animal a dû s'envoler dans cette vibrante clarté ascendante.

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D'ailleurs, en cette fin d'après-midi, dès que je suis sorti, juste après la crémation, le ciel souriait gentiment d'un beau nuage rose, très doux.

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C'était aujourd'hui, cette après-midi, c'est à dire il y a déjà longtemps.

Posté par Henri_Pierre à 22:10 - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 7 novembre 2007

Variations d'automne

Une étoupe éffilochée nacre aujourd'hui le ciel, le concerto de couleurs et de lumières est renvoyé au passé, l'automne commence à glisser vers l'hiver.
Pourtant la nature était, encore hier, si belle.
L'art de la fugue, contrepoint de la fragilité de tout, est comme ces bulles de savon qui émerveillent Gaspard avant de se dissoudre en elles mêmes.

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Pourtant, hier encore, hier encore...

Teneramente : l'Aube

Opalescentes les premières lueurs blafardes du jour silhouetent, sur la croisée de la vétuste salle des bains, la ramure déja nue du frêne immémorial.
L'étang appelle de tous ses secrets d'argent liquide les souvenirs d'elfes aux sabots emperlés de rosée ; artiste, un avion surligne de son sillage la crête des frondaisons.

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Un léger pizzicato inquiète cependant l'atmosphère nacrée, la teintant de rose

Cantabile : l'Aurore

Une toccata incandescente empourpre soudain l'étang, prélude aux fastes de l'astre-roi qui noieront bientôt sous l'or la pourpre éphémère de ce début de matinée.
Le rouge éclate au ciel et se baigne voluptueusement dans les eaux étales.
Eaux miroir de toutes les trangressions où l'aérien devient liquide et dont la surface absorbe ce qu'il reflète. Hymne à la fusion des éléments ; voyage à l'unicité éternelle.

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Mais déjà le hêtre pourpre jauni par l'automne commence à ruisseler d'or, la brume, dans le lointain, devant tant de splendeur, s'efface peu à peu.

Con allegrezza : Lever du soleil

Te Deum de lumière, la forêt noyée de soleil qui couvre le relief voisin fait une toile de fond irisée de dorures joyeuses comme un éclat de rire au pigeonnier déserté par la chouette effraie ; à l'heure qu'il est elle a retrouvé son gîte entre les poutres et le plafond ruiné de l'orangerie.
Les tuyaux d'orgues du boqueteau s'exhalent en longs soupirs de vapeurs bues par les rayons de soleil, les langues de feu boivent la terre à longs traits et, comme dans un rêve, les contours des lointains, peu à peu, s'affirment.

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Impérial le soleil impose sa présence et gagne l'intérieur de la maison, de la fenêtre de la "chambre rose" si désuète, s'offre la vue irradiante du charme qui lui fait face.
Bravant les frimas qui ourlent encore les feuilles de la couverture végétale, Charles, toujours ivre de terre prépare avec ardeur et un bonheur certain le sol du potager pour les semailles à venir.

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Belle et chitan, en cette période de chasse se préparent à de longues expéditions qui, feront alterner comme un métronome du quotidien l'inquiétude de la "disparition" et les effusions inutilement grondeuses du retour.

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Je les ai affublés d'horribles colliers-réflecteurs oranges façon Bouygues (vous dire l'élégance) mais qui leur éviteront, du moins je l'espère, une volée de plomb.

Et la journée s'écoule, la terre a tenu ses promesses malgré un été si peu digne de ce nom ; avant la tombée du jour, une petite promenade dans notre pauvre église toujours sans office nous pose toujours la question de cet insolite Crucifié qui semble planer au-dessus de nos têtes.

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Con fuoco: coucher du soleil

Le soir tombe vite en cette saison, il est tôt et déja le soleil s'enfonce dans l'horizon ; dans un dernier baiser de froide lumière donné à l'étang, il annonce, pour certains le repos,et, pour la chouette effraie la promesse de nouvelles pérénigrations.

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Posté par Henri_Pierre à 17:53 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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