mercredi 26 septembre 2007
D'une mer l'autre
Mer de sable
la réfection des égouts de Marrakech et les effluves méphitiques résultantes, ont rendu plus que joyeux ce départ vers le grand Sud, le seul erg important du Maroc à cinquante kilomètres de la frontière algérienne, Merzougga et ses fameuses "dunes roses".
Abdelhadi, notre chauffeur et ami n'a, étonnamment pas, le culte de la vitesse, et c'est ainsi un véritable voyage et non une traversée que nous effectuons ; les yeux peuvent se repaitre tout leur saoul.
Après l'Atlas, la chaleur est déjà forte et le store de la terrasse de ce restaurant de Ouarzazate filtre les éclats de Râ (oui, nous sommes près des décors égyptiens des studios de cinéma) au tamis des arabesques de la balustrade en fer forgé.
Et la route s'étire le long de ksour aux architectures médiévales bordant les cultures des rives des séguias ou des oueds, les dattes murissent et seront bientôt cueillies ; plus loin, les rhettaras, antiques puits jalonnant les cours d'eau souterrains, montrent le degré d'adaptation de l'homme aux conditions les plus improbables.
L'après-midi en son mitant, les dunes, enfin atteintes, éblouissent par la régurgitation de la lumière dont elles se gorgent toute la journée, l'ascension en est pénible, j'ai failli, à plusieurs reprises, abandonner craignant d'expectorer mes poumons, mais je ne pouvais tout de même pas laisser Charles et Jean-François se poser en seuls triomphateurs.
Après des attitudes aussi bravaches au départ pour l'ascension, je ne pouvais décemment pas battre en retraite sans compromettre fatalement ma dignité...
Mais, le plus beau ne fut pas la splendeur des paysages, pas plus que la ténuité irradiante de l'air ; les sourires et les yeux de l'escorte spontanée des adolescents du lieu en ont été les plus belles marques.
Sayed est soucieux de l'élégance de son chech aux tons fushia enténébrés de noir, Khalid, moins coquet et enturbanné d'orange, regarde avec une distance amusée les préparatifs tandis que, poseur et vaguement arrogant, Hicham attend que l'ascension reprenne.
La communication se fait en espagnol, langue imposée par l'afflux discontinu des aventuriers ibères ; ces enfants parlent à peine français et pratiquement pas arabe. Ils ont leur dialecte berbère, et cet isolement n'est rompu que par la fréquentation de l'école. mais, pourquoi l'école, me direz-vous ? Il y a tellement mieux à faire en s'amusant du désarroi des gerboises attrapées par la queue, et aussi, quelque chose à gagner en proposant des fossiles et autres figurines en chiffons aux touristes. Leurs besaces en étaient pleines de ces "souvenirs". Et moi qui avais l'innocence de les croire à la sortie de l'école.
Mais le soleil tombe, au vrai sens du terme, sur le village, et à l'auberge de Ali "El Cojo", la gentillesse d'Idir nous accueille. Idir le malicieux, musicien à ses heures, serveur le moment d'après, mais toujours exerçant l'impact de son sourire ravageur sur toutes ses potentielles victimes. Nous en fûmes les six du nombre...
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Le retour se fait par Rissani et sa voisine-fantôme Sijilmassa déja évoquée précédemment. Un troupeau de dromadaires requiert un long arrêt, fascinés que nous sommes par la douceur de leurs longs cils démentant le dédain de leur expression naturelle. Lors de cette halte, ils s'abreuvent sans se précipiter et ont les grâces réservées des vieille ladies sirotant leur meilleur cru de Ceylan. Ah, ces Anglais qui ont toujours pensé que la distinction résidait dans le fait d'avoir l'air d'être sur le point de vomir...(Oups, je vais pas me faire que des amis, là !)
Mer océane
Un nouveau périple à Casablanca prouve qu'il n'y a pas qu'en Sahara que le soleil se suicide le soir, ici, il se noie dans les vagues, comme là-bas, il s'enterrait dans les sables.
Et le charme de cette ville hésitant sans cesse entre nostalgies coloniales et audaces futuristes opère toujours. Le marché central n'a pas varié d'un iota depuis des décennies, mais le Maârif, ancien quartier populaire a été arabo-bofillisé ; il y a même deux "twin towers" alors qu'ailleurs elles furent anéanties.
Casablanca reste un magnifique conservatoire d'architectures de la première moitié du vingtième siècle, les ornements art-déco étonnent toujours, les immeubles "paquebot" de l'avenue Hassan II servent toujours de toile de fond aux jeux de balle des jeunes garçons et les caprices de mon appareil photo donnent, bien invlontairement, un éclat de diablesse aux yeux de la belle Ghizlaine.
Mer de quiétude
La maison de Marrakech, îlot de silence au coeur de la médina vit au ralenti en cette période de Ramadan ; un air recueilli et las flotte sur la ville, scandé par les appels à la prière répercutés de minaret en minaret.
Une plante grasse de la terrasse, nous offre pour la première fois depuis douze ans, la merveille éphémère de ses fleurs immenses qui, écloses le matin rendent leur dernier soupir au coucher de soleil (Prière de ne voir ici aucun plagiat du murmure ennuyé et chic de Françoise Hardy).
Lahcen, le joli jardinier vient remplacer dans la cour le miteux cyprès qui végétait depuis quatre ans par un magnifique "coco" tout neuf tandis que les roses de la fontaine embaument toujours le centre de la cour.
Il ne sera pas trop aisé de quitter le pays du soleil dès demain, d'autant plus que nous connaissons les conditions atmosphériques de la Mère Patrie, mais bah, je retrouverai Belle et Chitan et la tiédeur humide de leurs truffes affectueuses, et j'emporte pour viatique les éclats de rire d'Aziz revêtu de sa tenue traditionnelle en cette période de jeûne et remis de la déception de son refus de visa, il faut dire aussi que nous avons une "combinazione" en réserve pour l'an prochain et que nous le lui avons dit...Mais chuut !
Commentaires
Tout sauf touriste
Quel beau voyage tu nous offres là, et tu as beau prétendre, en voix "off", que ton billet fait "office de tourisme", il n'en est heureusement rien. Tout, ici, est sensible et intelligent, car vu au travers de ton regard attentif et raffiné. Après une journée dense, voici une délectable et chaleureuse échappée hors de la fraîche grisaille de l'automne qui arrive, bercée, ici, par les voix de Discantus qui chantent la Jérusalem médiévale. Et quelles superbes photos : ton don pour capter la lumière fait partie intégrante du bonheur de te lire.
[PS : je fais comme si je n'avais pas noté, en passant, certaine pointe d'anglophobie ;o)]
le monde est beau
Ton retour était attendu pour prolonger l'enchantement et puis Ouarzazate et mourir parce que la mer de sable évoque pour moi un autre lieu ainsi qu'un passage dramatique.
Quiétude...
La confrontation de toutes ces mers - parce qu'elles sont, non pas désertes mais emplies d'humanité - contribue sans doute à vivre dans une toujours relative quiétude, à se distancier de ses propres dragons.
Leçon de tes voyages et de ce billet autrement mieux écrit que ce commentaire.
Que c'est beau mais que c'est beau mais que c'est beau!!
Le retour du Maroc
Merci pour ces mots et pour ces photos qui traduisent, comme à ton habitude, si bien ton périple... l'invitation au voyage par excellence !
voyage
voyage
soleil et sables
visages sur le sable
amitié en voyage
Ouin!
Je veux partir avec toi!!!!
L'envie d'y aller
Merci cher Henri-Pierre pour ce voyage que tu viens de nous offrir, Cet été dans le bus que j'accompagnai en Italie j'ai fais la connaissance d'un couple de professeurs au Maroc qui m'on inviter a venir leur rendre visite. Leur gentillesse et l'amour qui ce dégage de ton récit me donne l'envie pressante d'y aller.
Merci d'avoir partager avec nous tout ceci.
@ jardin B : J'ai toujours un peu la crainte dans les relations de voyages que ça fasse dépliant touristique. Merci de me rassurer.
@ Marie : Ne t'inquiète pas, je n'ai pas fini de sévir ici, peut être un jour en auras-tu assez ! En tout cas merci de ta fidélité.
@Jean-yves : tu sais, avec les nouvelles technologies , les dragons se miniaturisent et peuvent se glisser dans tes bagages...
@ béné : je ne demande qu'à partager : à bon entendeur, salut.
@ Jeanne : l'amitié en revanche, est une bonne antidote contre les dragons. La seule ?
@ Piel : Mais mon Piélounet, ça fait partie des choses envisageables.
@ Venezia : et tu ne seras pas déçu, crois-moi.
@ Jean-Marc : Eh bien cède à l'envie...
Magnifique photos. Ca donne envie (mais c'est pas pour tout de suite !).
Le petit chameau qui tête est adorable... Peux pas m'empêcher d'être sensible aux animaliades !
Ca me fait penser que j'ai une ouarzazate à sevrer, moi...
"la réfection des égouts de Marrakech et les effluves méphitiques résultantes" : tu as l'art de mettre des jolis mots sur des trucs dégueus !!! bravo HP !
@ Sophie : tu finiras bien par adopter un dromadaire, je la sens bien celle-là...
@ Nico : Eh oui, de l'art de na pas appeler un chat par un gros mot...
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