jeudi 30 août 2007
Fin d'été
L'été se meurt avant même que d'avoir été...
Les ondées incessantes ont eu raison des fruits et des légumes du jardin, ceux qui n'ont pas pourri sur pied ont été lavés de leur goût, l'étang se donne des allures de petit lac et, tout autour, la terre-éponge boit les pas des promeneurs.
Il suffirait tout simplement d'un caïman et d'un grand félin sauvage pour se croire au pays de bayous.
Bien heureusement, depuis quelques jours le soleil capricant de cette année nous nargue de son apparition tardive pour nous brosser un paysage pré-automnal, la feuillée est déja compromise de quelques tâches de rouille ou d'or pâle et le déclin du jour, de plus en plus précoce, nous projette une saison en avant.
Mais il fait beau, fugaces, les enfants peuvent enfin donner des ailes à leurs bicyclettes sans se crotter.
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Ces instantanés me remémorent une belle expression marocaine ; lorsque les vélocipèdes firent leur apparition en ce pays, les Marocains, avec leur sens immémorial de la belle image poétique, les surnommèrent les "aoud diel rih" c'est à dire les chevaux du vent. De quoi inspirer Bartabas...
Et, sous le soleil revenu, la vie s'enchante du moindre trajet, j'éprouve un plaisir infini à enfourcher aussi mon cheval du vent rouge pour aller poster mon courrier à la boîte à lettres apposée sur le mur de la "maison des Anglais". Oui, oui, Charmes en l'Angle malgré ses huit habitants accueille deux adorables Londoniens et est (encore) dotée d'un service postal.
Il n'est plus besoin de bouchonner les pattes de Belle et Chitan chaque fois qu'ils demandent à entrer ; la porte ouverte en permanence ils peuvent au gré de leurs envies s'assoupir sur le moelleux des tapis ou sur la fraîcheur de l'herbe sans rendre de comptes à qui que ce soit.
Chitan, le 17 septembre, aura un an et demi, son humeur alterne entre débordements d'affection et jeux effrénés, il tue aussi, impitoyable fripon, oiseaux, fouines, ragondins et hélas aussi un écureuil.
Belle rassérénée par la présence de son "petit frère" prend son rôle d'éducateur très au sérieux, cependant, il faut ête atttentif à ce que sa tendance fusionnelle n'aille pas jusqu'à agréger la gamelle du petit à la sienne.
Toujours avides de caresses, ils ont intercepté Charles sur le chemin de son occupation favorite, le jardinage.
Par dessus les frondaisons, un ciel d'ouate mauve ourlée de rose annonce la fin d'une journée.
Une invitation chez des amis, non loin de Charmes, à Rouvroy, clôt un autre jour.
La maison d'Anne et Bertrand n'a pas voulu être du dix-septième siècle, le corps principal est de 1599. Le lieu calme et mystérieux abrite le tombeau d'une marquise du dix-huitième siècle, la marquise de Pleurs dont le nom m'enchante par la grâce surannée du titre assortie d'un patronyme d'une telle tristesse romantique.
Les grilles du portail ornent de dentelles le bleu déclinant du ciel ; moussue et érodée la statue de la Vénus anadyomène, teinte le jardin d'une indicible mélancolie.
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Les heures s'écoulent, le frisson de fraîcheur qui parcourt les épaules rappelle que la saison est avancée ; nous rentrons sous un ciel de sabbat où la lune rousse lance des clins d'yeux sataniques, pendant que, rassurant, le clocher si particulier rétablit la paix.
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Le monde et ses deux pôles.
Une page de calendrier s'envole encore.
Le temps passe...
mercredi 22 août 2007
Frontières
Au moment ou juillet bascule en août,une vie, très chère, menacée, me confronte brutalement à l'inéluctabilité de certaines échéances ; le truisme éculé vous mue, à grand fracas intérieur, en boule d'angoisse et de peur.
Nous restons toujours un enfant face à la peur des adieux.
Une existence décline et, du côté opposé, du haut de ses six mois, Angel le bien nommé, lance un sourire de soleil levant à cette nouvelle vie qui s'ouvre.
Juste en cette période anniversaire, je retrouve une photographie du jour de mes vingt ans ; c'était à San Francisco dans un milieu d'affaires qui ignorait tout des mouvements "contestataires" en marche, il faut dire que depuis l'inénarrable Reagan, les rêves libertaires d'alors sont passés à la trappe...
Ma soeur et moi qui faisions piètre figure venant d'un pays où "l'on ne s'habille plus" fûmes déguisés manu militari par ma tante de là-bas en véritables icônes kitsch de la saga "Dallas". Marie-Emilie, choucroûtée, laquée, make-upée, gantée et bijoutée vit ses dix-huit ans défraîchis en un tournemain. De l'art de transformer une jeune fille en future dadame.
La mode masculine était tout de même plus supportable... cependant, quelques décennies plus tard, l'insolence de ma belle jeunesse me rend soudain mon miroir insupportable.
Je n'ai plus vraiment la même gueule d'ange mais j'ai toujours conservé l'ineffable gilet de satin blanc broché d'argent.
Entre ciel et terre, entre eaux et rivages, Bordeaux et sa région semblent, en cet été entre soleils et pluies, vouloir brouiller les lignes de démarquation entre les éléments.
Les chevaux amphibies de la fontaine des Quinconces agitent frénétiquement l'air de leurs antérieurs palmés, leurs crinières d'algues serpentent telles des oriflammes, leurs naseaux furieux crachent l'élément liquide en jets de brume rageurs, mais leur protome se prolonge en queux marines de tritons monstrueux qui ne quitteront jamais l'onde.
Altière et embrumée de paillettes mouvantes, la République érige son sceptre vers les nuages que ses montures n'atteindront jamais malgré leurs élans désespérés.
A Pauillac, sur le port, une embarcation, curieusement, s'élève au dessus du sol et se découpe sur les nuées. Les étais ne semblent plus la caler mais, plutôt, retenir son envol
Avant d'atteindre lés gorges de Kakouetta (oui, je sais, le nom ne fait pas sérieux, mais je n'y suis pour rien) l'église de Sainte Engrâce recèle bien des trésors qui feront peut être un jour l'objet d'un billet sur ce blog, mais, en l'occurence l'huis qui en permet l'accès, entre la splendeur de la montagne et les pénombres du Saint Mystère marque la limite entre le profane et le sacré. Un autre église près de Tardets offre la tribune d'où les hommes suivent la messe alors que les femmes restent traditionnellement au rez-de-chaussée ; les sexes en Pays Basque, comme dans les vieilles mythologies, sont séparés devant le Divin, l'homme élément solaire, la femme participant de l'univers chtonien.
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Le col de Larrau, qu'il faut franchir pour atteindre Pamplona, matérialise la frontière entre la France et l'Espagne, ses hauts alpages sont peuplés de moutons, chevaux et vaches qui semblent vivre en toute liberté sur cette somptueuse toile de fond des montagnes pyrénéennes.
Je m'attarde plus volontiers sur les bovins, animaux qui m'ont toujours fasciné par leur corpulence et leur puissance en totale opposition avec la douceur profonde de leurs yeux si tendres.
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Les poncifs attachés à cet intéressant animal sont bien plus stupides que le caractère qu'on leur prête.
Je me demande quelle est la vue que les vaches ont de ce monde, est'elle frontale ou doublement latérale ? Comment nous voient'elles, placides et philosophes, alors qu'elles pourraient sans effort aucun nous anéantir ?
Leurs globes oculaires sont insondables et semblent scruter aussi bien l'intérieur que l'extérieur, ont elles prescience dans leur grande sagesse de l'horreur du couloir de la mort qui concluera leur itinéraire terrestre si lumineux et pur ?
En tout cas l'irrespect absolu, l'insulte de l'homme agraphée à leur oreille nous indique qu'elles ne sont qu'un numéro identifiant d'une marchandise promise aux enfers bouillonants de nos cuisines.
lundi 6 août 2007
Anges-Eventails
Périple vacancier de Bordeaux en Béarn et Pays Basque.
Incursion dans une Pamplona torride et sommeillante ; le fameux café "Iruña", l'un des plus anciens d'Europe et que fréquentait Hemingway, éblouit sans aveugler ; il n'y a pas, parmi les boiseries de sombre acajou sculpté, de dorures étincelantes, mais des gris argentés ou des argents enfumés, doucement irisés de tons de lichens ou d'algues. Les miroirs sombres brouillent les reflets des rares consommateurs en entités immatérielles et multiplient en abîmes opalescents les globes des luminaires.
Dehors, l'astre de feu abolit les reliefs, c'est l'heure du paseo et la vieille tradition se perpétue : des dames âgées et délicieusement fardées papotent avec componction sur les bans publics , sur l'un deux quatre anciennes beautés aux jolies robes estivales forment une brochette toute de douce malice. L'une s'évente mollement, et, m'approchant, je les apostrophe en Castillan : "Comment, Mesdames, l'une seule d'entre vous manie encore les grâces de l'abanico.?" L'oeil de lapin andalou que je me compose doit produire son effet, d'une même voix les trois autres vestales de la Tradition me disent "mais nous aussi avons les nôtres dans notre sac à main ".
Mon air peu convaincu me fait taxer de saint Thomas, et hop, d'un seul geste les éventails sont extirpés de leur contenant et aussitôt mûs dans des va et vient coquets, désuets et cependant éternels.
La plus audacieuse me fixe droit dans les yeux et me dit " Vous savez, Monsieur, l'éventail est dépositaire de tout un langage, je pourrais vous l'apprendre", puis, malicieuse : "il faudra que vous reveniez".
Les quatre sourient heureuses d'avoir retenu une attention.
Moi, j'ai le coeur qui fond d'attendrissement.
Genève, il y a de cela sept ou huit ans : Une élégantissime Genevoise, certainement septuagénaire, envisonnée de la toque au manteau promène dans la vieille ville un air diffus de contentement tranquille ; je l'aborde : "Bonjour Madame, ne vous ennuyez-vous pas à Genève ? "
Regard très doux sous la légère poudre bleutée du fard à paupières : "Mais nullement, Monsieur, puisque j'y suis née".
Son sourire très suave me bouleverse.
La vie vous écrit parfois de fort jolies pages...


















