lundi 29 janvier 2007
Comme les Rois-Mages
Non, non, je ne vais pas entonner le tube archéologique de Sheila, rassurez-vous !
Mais, comme les Rois -Mages, guidé par une étoile nommée TGV, je m'apprête à quitter Paris pour Bordeaux, faire la connaissance d'Angel né le 19 de ce mois de janvier 2007. Angel est le fils de Sophie et je suis tout intimidé à l'idée de voir celle qui reste pour moi une presque-enfant installée dans son rôle de maman.
Il est né le divin enfant, j'arrive...
Je suis également né un 19 et, bien que ce soit en juillet, cette coïncidence flatte mon égo et me rend le nouveau-né plus proche.
Quitter Paris ; je suis arrivé de Charmes en fin de matinée et mon train est à quatre heures moins dix, la parenthèse sera donc de très courte durée.
Paris, si décriée et en butte aux chimères des retour à la nature, aux provinces où la vie est plus "humaine", m'apparaît soudain souverainement belle, j'ouvre ma fenêtre et contemple, par dessus les toits, le sud de la capitale, j'en ai le coeur serré ; la ténuité de l'air rend les monuments lointains quasiment palpables, la tour Montparnasse et le Trocadéro, semblent m'appeler pour une de ces promenades museau en l'air où tout semble participer d'un miracle nommé Paris.
Paris, je sais que tu es définitivement mon point d'ancrage, le pivot de mes incessantes errances, mon port d'attache.
Un jour, je te chanterai ici.
Au revoir Paris, je reviens bientôt.
mardi 23 janvier 2007
Clepsydre
Nuit au sommeil fragile, le temps est rythmé par un clapotis espacé et régulier, certainement un robinet mal fermé, je prête l'oreille ; oui, l'origine du bruit est bien identifée.
Il faudrait que je me lève et localise le lieu de la fuite, mais la maison est grande et j'ai toujours eu la panique du noir.
Et puis, la régularité de la goutte qui heurte la porcelaine d'un lavabo ou d'une baignoire ou encore d'un évier, finit par me bercer, annihiler ma conscience et s'insinuer en moi.
Je suppose que, de chaque coin de la maison, le bruit doit changer de musique, et aussi d'intensité ; mon esprit se glisse dans la pénombre de l'escalier, monte vers le dernier étage, et, fantomatiques, les portes des chambres de part et d'autre du couloir central, sans avoir même à s'ouvrir révèlent les pièces plongées dans la pénombre, inquiétantes et familières à la fois.
Toujours en pensée, je redescends, guidé par le goutte à goutte, au premier étage où les grandes chambres vides ( ce week-end nous ne recevons personne ) sont refermées sur les sommeils ou les lectures solitaires de la semaine passée.Mon oeil caresse les formes des lits, armoires et fauteuils, tous en même temps, comme si la léthargie et le rêve nous offraient l'ubiquité.
Habité par le son obsédant et ténu, irritant et solliciteur, je parcours rez-de-chaussée et sous-sol. Le tapis de la pièce favorite des chiens doit encore être imprégné de leur chaleureuse présence ; au salon, certainement, les roses d'il y a quinze jours doivent continuer à se momifier dans le vase vide.
Que regardent les divers portraits maintenant que nous ne les regardons plus ?
Je deviens moi même goutte d'eau et m'aventure dans ce que je ne verrai jamais, les entrailles de la demeure : les tuyaux anciens en plomb, les plus récents en "chépakoi" gris et laid qui me conduisent à la fin de leur périple tellement mystérieux dans une campagne où le tout à l'égout n'existe pas, là où le mouvement de la particule liquide sera définitivement digéré.
Les maisons secrètent des sons sui generis, ils sont sa respiration, sa digestion, son expression et ses témoignages. Craquements des parquets ou de certains meubles (et seulement certains), frôlements de micro habitants ou d'origine imprécise, bruissements d'airs injustifiés et autonomes, ouverture spontanée de telle horloge de parquet du vestibule qui a toujours posé la même énigme dans les avants et les avants d'avant.
Mystères que l'on n'a aucune envie d'élucider.
Pigeon vole, meuble vole, enfin H-P, me direz-vous, un meuble se déplace ? Tu veux nous faire croire aux poltergeist de Charmes ? Tu n'en as pas assez fait avec tes bruits non identifiés ?
Mais non, voyons, je voulais vous parler du destin exceptionnel d'une pièce de mobilier acquise il y a quelques siècles à Casablanca par le petit coopérant fauché que j'étais alors.
Cette armoirette en bois léger, peinte de façon naïve et colorée fut acquise sur un vague marché aux puces, le "derb ghallef" pour quelque chose comme dix francs. L'intérieur est tapissé de papier Art Déco de roses bleues passablement défraîchies que j'ai toujours laissé.
Ma chienne de l'époque Lalla (paix à son âme) élut domicile sous ledit meuble dans ma cuisine casablancaise.
Ah si l'artisan qui l'avait conçu de toute sa naïve habileté avait pu prévoir le fabuleux destin nomade de son chef-d'oeuvre!
Le petit buffet, après Casa, fit l'objet d'un déménagement et fut entreposé aux Mureaux chez le grand-père d'un ami (Paix à son âme, celle du papy, pas celle de l'ami) en attendant que je m'installe à Paname, puis , l'objet m'accompagna dans toutes mes errances : rue de Pixérécourt, rue Haxo, rue des Archives, boulevard de Strasbourg puis Saint-Martin où, la semaine passée, il se trouvait encore.
Maintenant, la cuisine de Charmes qui offrait un renfoncement idoine l'a accueilli.
Nous y gardons les épices, et, toujours mutique, il livre, à qui l'interroge, la richesse éloquente de son âme lourde de ses tribulations.
A charmes, d'autre part, la saison de la chasse bat son plein, Belle et Chitan, énervés et frémissants battent la campagne à notre grande inquiétude.
De retour au logis, ils continuaient à arpenter frénétiquement les pièces, un coup d'oeil par la fenêtre nous a révélé la cause de leur émotion : un magnifique renard est venu chercher refuge chez nous, sa tête splendide dépassait des végétations qui bordent l'étang. Il est resté un bon moment, hiératique et sauvage ; fixez bien la gauche de la photo, vous le verrez lorsqu'il s'apprêtait à nous quitter.

mardi 16 janvier 2007
Retour...
...aux chroniques de Charmes.
Un hiver, insolite et capricant, donne à Charmes de singulières couleurs.
L'automne et le début de la saison "normalement" froide étaient d'une douceur extrême, après des pluies abondantes le sol est gorgé d'eau et l'étang, gonflé de vanité, se donne des allures de petit lac.
Après l'eau, un magnifique soleil s'est installé, zébrant les étendues d'un vert crissant, de stries lumineuses.
Bien sûr, ces anomalies d'une atmosphère capricante ont des effets curieux sur la nature et ses hôtes. Les chatons poussent insolemment sans avoir cure de l'inévitable retour à l'ordre glacé qui les anéantira ; les oiseaux, en délire, habitent l'espace du fond sonore d'un printemps incongru.
Les taupes s'en donnent à coeur joie et le jardin se met à ressembler au Verdun de 14-18.
Les vaches du voisin, qui voient de ce fait, l'heure de la stabulation reculée sont prises de folie, transgressent leurs clôtures et sont venues nous rendre une visite dévastatrice pour les alentours spongieux de l'étang.
Les travaux de réfection des murs du verger se poursuivent et le "manitou" (mot fraîchement acquis) du pépiniériste ajoute l'injure des ornières boueuses à un paysage définitivement chamboulé.
Du côté du mur de clôture longeant la départementale les choses ne sont pas plus reluisantes, la DDE a entrepris des travaux de curetage des fossés et, les zélés jardiniers départementaux n'ont trouvé rien de mieux que de balancer les terres enlevées par dessus notre vieux mur, envoyant ad patres, dans leur délicatesse, trois bons mètres linéaires dudit mur de pierres sèches.
Non, ils n'ont pas laissé de carte de visite, mais, dans un village de neuf âmes l'information circule de façon remarquable.
Chitan, qui aura demain dix mois, s'est mis en tête d'ajouter aux désordres naturels et humains. De retour d'une incursion en la bonne ville de Joinville, il fonce nous accueillir, primesautier et gambadant comme d'habitude. Horreur, son oeil droit est en sang ; une observation plus précise nous rassure, la plaie est située au dessus de l'oeil.
Ouf !
Retour en flèche dans l'automobile, direction Wassy où notre vétérinaire déguise, au moyen de sept agraphes, notre chiot en punk londonien.
La douceur de l'air se poursuivit tout le dimanche ; un ciel nocturne criblé de constellations annonçait cependant un changement radical de température.
Lundi, au réveil, de magnifiques scènes de givre s'offraient à nos yeux sous un froid piquant.
Dans l'après-midi, avant le départ pour Paris, la douceur recommençait à s'installer...
Les volets intérieurs et les persiennes fermés ont rendu à la pénombre les pièces du rez-de-chaussée les noyant de mystère
mercredi 10 janvier 2007
Vaporisateurs...
...aérosols, diffuseurs, brumisateurs, atomiseurs ou encore nébuliseurs, ne cherchez ni en parfumerie ni en pharmacie pas plus qu'en droguerie, non il n'y a que des "spray".
Vous faites, madame, du lèche-vitrines, oh pardon du "shopping", en cette période de soldes, et vous êtes en quête du chemisier, ou de la blouse, ou encore du corsage ou éventuellement du caraco de vos rêves ?
Fausse route jolie Madame, il n'y a plus que des "tops".
Pour être à votre aise, mais où ai-je la tête ?, je voulais dire "relax" vous avez opté pour un survêtement, excusez-moi je pensais "jogging", c'est plus détendu, zut, je voulais dire "cool".
Et l'entreprise qui distribue le courrier au lieu de le "dispatcher", existe t'elle encore ?
L'invasion de notre langue par l'anglais de bas étage est telle que souvent le mot vernaculaire fuit devant la pression du vocable importé, je dois remettre le "reporting" au comité de direction, "sorry" je voulais dire le "board of management" et ai du mal à me rappeler que les tableaux de bord existent.
Le "dance floor" est tellement pregnant que même en français la danse se meurt de plus en plus, laminée par la "dance". Quand à la piste de danse de nos ancêtres, trop long à prononcer.
C'est curieux, jamais on n'a autant maîtrisé le temps qu'à notre époque et on n'a jamais été aussi intempérants en raccourcis.
Oui, le français est tombé en dépendance, ou en "addiction" si vous le préférez, de la soumission voulue, prônée et revendiquée à l'idiome de l'action, de l'économique de notre doxa du moment.
Tant pis pour la réflexion et pour la culture...
Bien sûr, on me rétorquera qu'une langue qui n'évolue plus est une langue morte, on ne saurait dire le contraire, je revendique de dire "week-end" parce que "fin de semaine" ne traduit pas la notion de deux jours chômés.
J'aime la porosité à effet de balancier des langues, au XVIIIe siècle le "riding-coat" des cavaliers Anglais est devenu "redingote", terme que les britanniques eux-mêmes se sont empressés d'adopter en terme de modes. l'Angleterre était la patrie des courses et la France celle de la mode.
Mais il n'y avait là aucun impérialisme d'une langue sur l'autre et nous étions loin de l'adoption d'un terme ayant son équivalent en Français.
A mon avis, là réside la limite de l'aliénation linguistique.
Si le phénomène se poursuit, il s'en suivra une cure d'amaigrissement forcée de notre pauvre vieux Larousse mis au régime "slim".
Bon j'arrête, je m'échauffe la bile sur un sujet sensible et en plus me ringardise totalement aux yeux des patrons de l'économie, fossoyeurs volontaires de notre langue, et des "fashionitas" qui ne savent plus la profondeur du double "o" grec systématiquement prononcé "ou".
Bye-Bye (mince j'ai failli dire au revoir)
mercredi 3 janvier 2007
Passage
Ce dimanche, dernier de l'année 2006, une porte s'est refermée sur un hier en tous points semblable au jour d'hui, et, une autre porte s'est ouverte sur un lendemain identique à la veille.
Curieuse et éternelle obsession humaine que celle de compartimenter le temps en jalons, unités de mesure d'un flux qui pourtant, indifférent à nos calculs, suit son cours étal et inexorable.
Vous rétorquerez que les "dates" permettent l'étude de l'histoire.
Ces "passages" arbitraires nous offrent aussi l'opportunité d'exprimer à notre entourage les voeux de bonheur que nous sommes cependant censés formuler 365 jours par an.
Et, tant que nous y sommes, étendons notre désir de bien aux moins proches, aux plus éloignés et à la Terre entière.
La Terre justement, à qui nous souhaitons moins de folie et plus de raison ; que soit abandonné le cortège d'horreurs qui l'ensanglantent et l'endeuillent pour aller vers une marche tapissée de fleurs et de sentiments doux ; que, comme dans les tableaux de Poussin, chacun puisse prendre un jour à son compte le "Et in Arcadia ego" et qu'aussi, telle une évocation de Watteau les nefs que nous emprunterons soient des embarquements pour Cythère.
Mais au fait, qu'est la Terre ? Ne serait-ce pas nous, vous et moi ?
Alors rêvons, enfilons des perles, enfonçons des portes ouvertes : Et si nous y pouvions quelque chose ?
A bon entendeur, salut.
Mais, au delà de ces quelques réflexions, je ne bouderai pas le plaisir, vif et réel, de vous souhaiter une incroyable année nouvelle.
Que 2007 vous apporte des orages et des plages de paix, bouillonnez et contemplez, pleurez et riez, vivez vos malheurs pour ajouter de l'intensité à vos éclairs de bonheur.
Je vous souhaite tout sauf le confort moral, la satisfaction de soi et l'adéquation à quelque conformisme que ce soit ; je nous voudrais en quête perpétuelle, allant de questionnements en remises en question, louvoyant entre les écueils de l'abêtissement sans cependant nous fracasser ni sur Charybde ni sur Scylla.
Que nos fous rires soient les antidotes de nos pleurs et qu'aucun à priori ne nous fasse manquer une occasion de connaître et d'aimer.
Gardons intactes nos colères et nos indignations et éloignons de nos lèvres la coupe lénifiante des idées reçues.
A défaut d'être heureux vivons.
Et que cette année s'échoue à son tour sur les rives d'un autre millésime aux accents doux-amers, comme celui de ce boeuf improvisé et offert à Charmes par un jeune voisin accompagné de ses acolytes.
Et puisse cette toile, pas si virtuelle que ça, continuer à tisser ces liens devenus si chers.
BONNE ANNÉE.










