Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

jeudi 28 septembre 2006

Allez donc savoir...

...pourquoi, de la chambre verte de Marrakech, où je métais assoupi un livre à la main, les accords de la lettre à Elise de Beethoven m'ont atteint, soudain neufs, loin du poncif tristounet et ennuyeux qui habite ma mémoire musicale.
Les notes, enroulées aux ferronneries des fenêtres et dissoutes dans la semi-pénombre viride, m'ont surpris par leur nouvelle verdeur en m'ouvrant l'accès à des incursions désordonnées et illogiques dans mes autrefois.
Cette nouvelle fraîcheur a ressuscité inopinément la vision de maman faisant tournouyer sa nouvelle jupe fleurie sous les attentions fascinées du petit garçon que j'étais ; c'était une nouvelle mode qu'elle venait d'adopter, celle des "jupeus paysaneus" de mon Sud-Ouest d'alors et qui n'ont rien à voir avec les "jup's paysân's" d'outre-Loire.
Une ritournelle jamais écoutée parce que toujours entendue, un abandon à la torpeur et le passé vous point le coeur à coup de dédales mentaux incompréhensibles.

Marrakech, en cette fin de septembre, est chaude et lumineuse, les automnes y sont des acmés d'été parfois voilés de brumes de chaleur étouffantes.
La Médina, où j'habite, vit au ralenti dans les fatigues énervées des débuts de ramadan, les yeux sont lourds et les susceptibilités à fleur de peau.
Dès que la sirène annoncera la fin du jeûne les rues se videront dans une course effrennée à l'abri, maison, boutique ou coin de rue pour les plus défavorisés, où le ftôr (repas de rupture du jeûne) mettra un terme à l'attente fébrile.
Les cigarettes sont au moins aussi attendues que la h'rira (soupe épaisse), les dattes et les pâtisseries.
Il est difficile de dormir dans une nuit modulée de psalmodies et appels à la prière.

A Guéliz, la ville Européenne, la spéculation immobilière sacrifie les villas et leur écrin fleuri au profit d'immeubles monstrueux où la grandiloquence de Bofill flirte, toute honte bue, avec les rodomontades saoudiennes.
Marrakech vend son âme ; heureusement survit encore son esprit populaire de canailles langueurs.

Je relativise parce que la même lèpre qui uniformise l'univers à coups de Prada, H&M, Zara et autres Diesel ou D&G a rendu caduc le Paris des cafés-crèmes et des librairies, le Madrid des verbenas ou le Londres des fish and chips.

Vieillirai-je mal ?

Posté par Henri_Pierre à 17:42 - Commentaires [16] - Permalien [#]

Commentaires

    Te lisant, je me demande bien qui tu es pour être ici ou là, partout avec autant d'aisance ou d'évidence et à cette question que je me pose, ayant lu d'un trait ce petit coup de pinceau, ton billet sur Marrakech, je ne te demande rien d'autre que rester Henri-Pierre, présent, venant souvent me visiter, me glisser un mot gentil, être là au bout du câble. Il y a 10 ans, nous regrettions déjà la Marrakech que nous avions connue auparavant, certain que tout était ici employé pour vendre son âme au diable comme s'y est si bien employé Pukhet ou Goa. Partout Cerruti ou Prada, partout cette volonté de rassurer l'occidental. Partout, il n'en reste pas moins vrai qu'il est facile de dénigrer quand on ne s'arrête qu'à la "oberflächtigkeit" des choses. Allez, je t'envie des soleils de là-bas, des nourritures de là-bas, de cet "au-delà" si loin de mes remparts et je t'embrasse.

    Posté par patrick, jeudi 28 septembre 2006 à 19:55
  • Latéralisation

    Devant : la mer.
    Derrière : le désert.
    À gauche : la médina.
    À droite : Charmes.
    Au dessus : Chopin

    Au centre : HP.

    Posté par Morts ou Vifs, vendredi 29 septembre 2006 à 00:48
  • Chopin. J'aime regarder Jacky en jouer, j'aime ses yeux quand il me regarde, j'aime ses larmes qui noient l'oeil et que je perçois derrière les miennes, j'aime aussi comme sa langue fait à l'intérieur de sa bouche comme des boucles pour retenir l'émotion, insurmontable qu'un seul divertissement peut alors chasser, radical, une tasse de café ou la décision de partir vite, tout de suite. Laisser Chopin là, le retrouver à la maison sous les doigts d'Argerich. Elle toujours, incontournable, déesse.

    Posté par patrick, vendredi 29 septembre 2006 à 06:19
  • J'attendais tes nouvelles ici dans ce blog et je l'ai enfin eu . Je suis content de savoir que tu es toujours en forme ! En ce qu'il concerne le changement de ville... Je pense que tout simplement le souvenir embellit bien des choses. Il faut aussi accepeter que la ville est comme le corps d'un être humain, ça évolue, ça change, et ça vit en permanence... La ville qu'on aime moins aujourd'hui sera la belle souvenir de ses occupants actuels dans les années à venir. bizzz

    Posté par buzenval, vendredi 29 septembre 2006 à 08:48
  • Bon séjour à Marrakech, tout doir être bien joil là bas.
    Mais j'arrive pas a suivre ton itinéraire de la France au Maroc?
    J'ai un peu perdu le chemin, pardon et très bonne fin de semaine

    Posté par cristina, vendredi 29 septembre 2006 à 21:36
  • On peut vieillir dès 30 ans, jeunes cons donneurs de leçons égoïstes et préfabriquées.
    Il ne faut pas prendre l'habitude de ce verbe. Vieillir. Nous n'avons plus 30 ans. Certes. Mais nous connaissons des Charmes et des Marrakech. Des couples de longue date qui tiennent debout. Des musiques qui donnent du recul. Nous ne pouvons pas tout transmettre. Or nous sommes toujours là. Pour nous y employer.

    Posté par Jonas de Dieppe, samedi 30 septembre 2006 à 19:32
  • Salut Henri,
    échaudée par les années passées en exil en Sibérie orientale (=Aurillac), et qu'il fallait à la fin des vacances fermer La Touche, je me suis bien jurée de ne jamais plus de ma vie fermer de maison, et aujourd'hui, même quand c'est pour 15 jous de vacances, j'ai toujours horreur de quitter mon home !! (peut être toutefois ferai je un surhumain effort pour venir à Paris à Pâques ... on verra !)
    Impossible de te joindre sur libertysurf, alors réponds moi à l'adresse ci dessus!
    Bises à tous les 2
    Béné
    PS : Super la fontaine : "tout n'est que luxe, calme et volupté !"

    Posté par benedicte, dimanche 1 octobre 2006 à 10:56
  • Merci mes miroirs.

    Posté par Henri-Pierre, jeudi 5 octobre 2006 à 11:21
  • La lettre à Elise de Chopin ??? Et moi qui croyait benoitement qu'elle était de Beethoven...

    Posté par Antoine, lundi 23 octobre 2006 à 23:08
  • Antoine, tu ne pouvais pas me signifier mon lapsus plus tôt, non ?
    On ne se relit jamais assez.
    J'ai rectifié, merci et honte à moi.

    Posté par Henri-Pierre, mardi 24 octobre 2006 à 00:17
  • Oups !

    Et moi qui croyais qu'elle était de Dieudonné !
    Tu sais, Elise et Dieudonné ...

    Sérieusement, quand Beethoven joue du piano, on dirait souvent du Chopin. Quant à Georges Sand, elle-même se mélangeait les pinceaux entre Chopin et Liszt ! Comme quoi tout le monde peut se tromper ! lol

    Posté par Affreux Jojo, mardi 24 octobre 2006 à 00:50
  • LOL LOL LOL Jojo

    Posté par Henri-Pierre, mardi 24 octobre 2006 à 14:15
  • la seule fois où je suis allée au Maroc, c'était en période de ramadan... et j'ai bien perçu tout ce que tu décris : "les fatigues énervées du début", la susceptibilité, l'impatience à l'heure de la rupture du jeûne, la cigarette que l'on attend bien plus que la soupe... J'ai été contente de vivre cela, parce que je n'imaginais pas vraiment ce qu'était le ramadan (je pensais que c'était comme une sorte de carême !!)...
    Bien sûr Marrakech a vendu son âme définitivement ! Mais ça finira mal je pense... Que font les piscines des Européens sur les terrasses de la medina (pour ne citer que cette hérésie...)
    C'est un plaisir d'être à Marrakech alors que tu en es revenu )

    Posté par eva, mercredi 8 février 2012 à 19:13
  • @ Eva : Mon Dieu, j'avais complètement oublié ce billet...
    Merci de ce voyage de moi en moi

    Posté par Henri-Pierre, mercredi 8 février 2012 à 22:55
  • "ce voyage de moi en moi" ! j'adore tes mots !

    Posté par eva, mercredi 8 février 2012 à 23:21
  • C'est dingue ! Pourquoi mes pas aiment toujours autant les mêmes sentiers de ce "voyage en toi" ?

    Posté par eva, jeudi 9 février 2017 à 12:01

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