Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 23 mai 2006

Soleils

Il fait très chaud à Marrakech, un temps anormalement estival.
Les saisons ont une curieuse tendance à se jouer des conventions, le temps donne aux temps des couleurs insolites.

Dimanche dernier messe exceptionnelle, célébrée par l'Archevêque du diocèse de Rabat lui même.
Magie quasiment onirique dans cet édifice baigné de lumière de la vision de la crosse et de la mitre. Journée rouge, les habits sacerdotaux de ce sixième dimanche après Pâques étaient rouges, la lumière diffusée par les vitraux "syriens" rouges submerge l'assistance et, drôle de raccourci, me ramène à mon évier de charmes.
Eh oui, l'émotion peut naître comme cela, inopinément, du détail le plus trivial. Je pense à cette pelure d'oignon rouge que le courant du robinet et un rai de lumière transformèrent tout à coup en goutte rubis immatérielle et précieuse.
Cet éclat de verre me renvoie, dans le même émerveillement diffus, à une épluchure transcendée par la combinaison d'une lumière et d'une certaine disponibilité (vacuité) de l'activité mentale.

Ce dimanche, tout se lie et concourt à tout noyer dans l'émotionnel, même la Madame Catho-Gaymard déja évoquée arbore une étonnante robe rose imprimée de blanc.

La chorale de jeunes étudiants Africains enlace voix, orgues et percussions dans des vibrations d'allégresse qui font tomber les dernièrs remparts de la retenue, l'oeil s'humecte, le coeur mollit et jamais Alléluia ne fut plus beau que celui-ci où les vagues des cantiques du vieil Occident s'échouaient avec une douceur infinie et une joie éclatante sur les rives des rythmes Africains, et tout cela en terre d'Islam.

Trois jeunes Africains recevaient, de la main de Monseigneur, la Confirmation, ces jeunes gens d'une vingtaine d'années, Olga, Ghizlaine et Daniel, vous amèneraient presque à croire à un renouveau de nos croyances tombées en léthargie.
Ghizlaine, moulée dans un vêtement traditionnel vert et noir, balance avec une nonchalence caressante une somptueuse chute de reins. Comme un ostensoir.

Impression de pouvoir partir de soi, être en tout, au delà même de la notion de foi. Se fondre en tout pour être tout. S'anéantir dans l'élan mystique pour naître du rayonnement universel.
Absorber, s'intégrer, se diffracter pour être dans la conscience "du reste". Voler en éclats pour conquérir l'Unicité.

Comme on aimerait retenir ces moments ! Mais les miracles sont courts, le flash déplacé d'un photographe indiscret, une conversation mezzo-voce de deux vieilles dames, l'annonce du calendrier pastoral pour la semaine à venir, et peu à peu, le réel, le contingent s'instillent en vous.

Dehors le soleil est vraiment très chaud, les gens sont rouges et suent, il fait beau, certes, mais il fait de nouveau "vrai".

Posté par Henri_Pierre à 20:35 - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

    Quel étonnant mélange de couleurs. Quelle belle schizophrénie émotive.

    Posté par Azure-Te, mercredi 24 mai 2006 à 01:39
  • En France, surtout à Paris, il fait vraiment froid. Ce matin, on a l'impression de retrouver l'hiver en une seule nuit. Est-ce un rêve? Du coup, la chaleur du sud me manque, beaucoup même. Merci pour ces mots qui m'ont donné encore plus de courage et plus de rêveries...

    Posté par buzenval, mercredi 24 mai 2006 à 07:26
  • pffffffffff

    Qui c'est cette Ghizlaine, hein, c'est qui celle là encore???? Henry, me ferais tu des infidélités?

    Posté par ghyslaine, mercredi 24 mai 2006 à 13:16
  • Il y a une jalouse ici !!!

    Posté par buzenval, mercredi 24 mai 2006 à 23:39
  • @ buzenval

    Naaaaaaaaaaannnn, i am not jalouse, je me pose juste des questions. C'est vrai que je lui mettrai bien une tarte dans la gueule à l'autre greluche qui bouge son fessard à l'église, mais je ne suis pas jalouse )))

    Posté par ghizlainelavraie, jeudi 25 mai 2006 à 11:32
  • @ Ghizlainelavraie (?!!!)

    OK. Je t'aiderai pour la tarte. C'est promis !

    Posté par buzenval, vendredi 26 mai 2006 à 10:26
  • On se croirait au béguinage ... venir gâcher un si beau texte plein de poésie et de rêve ! je vais devoir aller ailleurs pour comprendre g & b.

    Posté par Marie, samedi 27 mai 2006 à 20:59
  • Retour vers le froid...

    Si je te "suis" bien dans tes "espaces", le retour en France doit être maintenant effectif... avec des températures glaciales... Adieu SoleilS !

    Posté par Jean-Yves, mercredi 31 mai 2006 à 10:09
  • Merci de vos visites, de vos tartes aux fausses ghizlaines, de votre humour et d'abolir la tristesse du froid parisien par vos commentaires chaleureux.

    Posté par Henri-Pierre, mercredi 31 mai 2006 à 18:09
  • Je retiens cette pépite :
    "Ghizlaine, moulée dans un vêtement traditionnel vert et noir, balance avec une nonchalence caressante une somptueuse chute de reins. Comme un ostensoir."
    extra ! On dirait du Georges Bataille...

    Posté par eva, mardi 17 janvier 2012 à 22:24
  • @ Eva : Oops, merci, le compliment est de taille, mais, tu peux le constater je me suis arrêté à une certaine "décence"

    Posté par Henri-Pierre, mercredi 18 janvier 2012 à 16:53
  • oui, bien sûr ! c'est probablement le rapprochement entre la chute de reins et l'ostensoir qui m'a donné une pareille idée !!!

    Posté par eva, mercredi 18 janvier 2012 à 19:51
  • @ Eva : de toutes façons mon amie, j'aime les déambulations des démons autour des bénitiers

    Posté par Henri-Pierre, vendredi 20 janvier 2012 à 12:18
  • C'est incroyable, je reviens ici aujourd'hui, et je lis ce texte somptueux comme si c'était la première fois, et tout comme la première fois, je suis éblouie par le même passage... Cependant, je suis hypnotisée aussi par " cette pelure d'oignon rouge que le courant du robinet et un rai de lumière transformèrent tout à coup en goutte rubis immatérielle et précieuse." et je regrette juste de ne pas pouvoir mettre en clip ces éclairs littéraires...
    PS : lorsque je fréquentais un peu les offices religieux, je me demandais toujours à quoi pouvaient penser les fidèles avec un air aussi concentré...

    Posté par eva, mercredi 24 mai 2017 à 10:43
  • @ Eva : Je ne crois pas au hasard, tu reviens sur ce texte oublié et mon premier commentateur est Azure-Te, autrement dit mon ami écrivain (je l'ai évoqué hier sur Facebook) Alain Defossé qui vient de "partir" à 60 ans en me laissant un grand vide en cœur. Je pense à lui d'autant plus qu'il est incinéré ce jour même...
    Tu avais aussi, toi la Fidèle, amplement commenté ici, déjà...
    Merci, merci beaucoup d'avoir retissé ce lien magique d'amitié, d'avoir réenchanté nos souvenirs communs. Je t'embrasse fort.

    Posté par Henri-Pierre, mercredi 24 mai 2017 à 12:00
  • je suis triste aussi pour d'autres raisons mon cher Henri-Pierre... et j'ai toujours été partagée entre "Hasard" et "Destin".... ce n'est pas la première fois qu'un fil mystérieux me fait "le coup de l'amitié et de la complicité"... mais je CROIS fermement que la mort n'aura jamais raison, oui, c'est mon credo... La mort est une amie pour moi, et même davantage : j'ai toujours entretenu un flirt coupable avec elle... Voilà, je t'embrasse fort, et je suis avec toi dans la tristesse...

    Posté par eva, mercredi 24 mai 2017 à 12:25
  • @ Eva : Je pense que l'on ne vit vraiment qu'en sachant que, par dessus l'impermanence de tout, flotte ce quelque chose de l'homme qui survit à tout dans une égalité réconciliatrice. Et que l'inéluctable mort est l'aboutissement de tous nos fils d'Ariane, ce n'est pas un "flirt coupable avec la mort" c'est la lucidité qui nous oblige à délivrer, sincèrement, notre message avant...
    Je suis triste que tu sois aussi triste...

    Posté par Henri-Pierre, jeudi 25 mai 2017 à 07:28

Poster un commentaire