Le blog de HP

Au fil de mes paysages mentaux

mardi 28 mars 2006

Enfin !

Marrakech est enfin redevenue la vraie Marrakech. Le soleil s'est imposé en maître incontesté de la terre, les murailles rouges et les palmiers crissants émergeant de lits de roses se détachent sur la toile de fond de l'Atlas enneigé.

Esthétique de carte postale mais inusablement époustouflante. Cliché necessaire des voyages immémoriaux. Bonheurs éblouissants des schémas mentaux où l'âme aime à s'y retrouver.

La ville rouge a basculé vers les langueurs voluptueuses qui rendent les démarches ondoyantes et les yeux carressants. Le khôl avive l'éclat langoureux des yeux des jolies marrakchies et les jeunes garçons, ivres de leur jeunesse conquérante, exhibent leurs jeans à la dernière mode ou agitent mollement les pans de leurs tuniques légères.

Toute la ville, médina ou ville nouvelle, le Guéliz, embaument la fleur d'oranger dont les senteurs roulent en spirales olfactives mûes par une délicieuse brise un peu plus que tiède.
Tout semble participer de ce nouvel élan vers la vie : les capucines des pots de la terrasse élargissent leur disque d'émeraude de jour en jour, le rouge des  géraniums vous frappe de plein fouet comme un éclat de rire, les bourgeons de la vigne ont délivré de leur gangue les feuilles dentelées d'un vert si tendre.

Lers cigognes tournoient sans cesse ivres de leurs rondes qui ne cesseront que sur les nids énormes où les claquements de bec indiscrets des mâles inviteront bientôt les femelles au rite de la pulsion de vie.
Mimi, notre chatte, oublie de pister les oiseaux tant elle offre les méandres souples de son corps aux rayons bienfaisants.

L'été, ici, est enfin de retour.

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jeudi 23 mars 2006

Sortilège...

"Il y avait un espace incertain entre ce qu'il savait et ce qu'il voulait croire, mais il n'y pouvait rien, et quand on n'y peut rien faire, il faut vivre avec"

J'espère que ma mémoire ne trahit pas trop cette dernière phrase de Brockeback Mountain la nouvelle bouleversante d'Annie Proulx.
Il m'est impossible depuis que j'ai lu ces mots de me soustraire à leur hantise ; mots profonds et graves qui font que ma perception du monde a changé depuis que cette lecture a envahi mon espace mental.
Littérature pregnante.
Sortilège des mots qui touchent aux tréfonds de la conscience et vous habitent, vous investissent.
Ce dire est devenu le filtre au travers duquel mon monde de maintenant m'atteint.
La musique de cette phrase rythme le bleu et le rouge du Marrakech enfin rendu au climat qui lui ressemble. Les verts de ce début de printemps, crissants ou délicats, sombres ou translucides m'émeuvent par ce qu'ils me disent ou me rappellent ou peut être par ce que je voudrais entendre ou aurais voulu voir... Les printemps succèdent aux printemps, ils se ressemblent tous, mais aucun n'est le même. Que gardons nous des renouveaux passés ? Leur essence ou l'essence de nos regrets et de nos bonheurs enfuis ?

Et toi, oeil de sphinx, où est ta vérité ? Dans ce que tu me dis et que j'aimerais croire ou dans ce que je voudrais t'entendre dire et que tu ne me dis pas ?
Dans les bonheurs que tu voudrais me livrer alors que je suis abstrait de toi, ou dans les illusions dans lesquelles tu m'entretiens pour que la réalité ne blesse pas mon rêve ?

Rares sont les moments de con-jonction, ils sont les miracles inattendus qui jettant un tapis de pétales sur nos interrogations nous aident à accepter les épines de nos itinéraires.

Et, avec cela, il faut vivre...

Posté par Henri_Pierre à 12:45 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 20 mars 2006

Soleil, poussière et vent

Cette fin d'hiver a des comportements étranges de climats hors références, comme issus du catalogue de vente d'un magasin mythomane.

Marrakech n'échappe pas à la règle, le soleil y est brûlant, les vents tournoient de façon désordonnée soulevant des spirales rouges de poussière, et,  quant aux nuages, ils semblent affolés comme des cavales incontrôlées en proie à la panique. De temps en temps quelques gouttes éparses viennent vous rappeler que l'hiver n'a encore pas abdiqué.
Et tout à coup, une plage aveuglante de l'astre opiniâtre qui cherche à s'imposer vient vous brûler voluptueusement la peau. On est ravi de n'avoir pas pensé à se munir de lunettes noires, c'est si bon de plisser les yeux et de se croire enfin, pour quelques minutes, dans un pays chaud.

Je suis encore au regret d'avoir fini "Les âmes grises" de Philippe Claudel, j'aime ces livres que l'on déguste en évitant la précipitation car nous savons, que la dernière page fermée, ce sera comme si un ami vous quittait.
La question qui reste posée est si finalement les âmes ne sont pas plus noires que grises. Bon peignons-les en gris foncé et agissons de sorte à ce que nous ayons de temps en temps l'illusion d'une couleur plus claire.

J'ai commencé "Les pieds dans la boue" d'Annie Proulx, la première nouvelle vous la connaissez tous, c'est celle d'un certain secret agreste qui nous tous émus ces dernières semaines.
Je me demande si je n'ai pas la nostalgie du garçon de ferme que je n'ai jamais été. Magie de la lecture.

J'aime ce cyber de nulle part, sa lumière d'aquarium et ses petits isoloirs où se votent toute la journée les suffrages à l'espérance.
Image nouvelle et pourtant banale issue d'une technologie récente.

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vendredi 17 mars 2006

Billets... pas si doux que ça

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VOYAGE, VOYAGES

Quelques heures avant mon départ...

Voyages ? La belle affaire.
On change de décor, c'est sûr, mais voyons-nous autre chose que nous ? Ce que notre état d'esprit du moment nous permet de percevoir. On oublie seulement que c'est toujours soi-même que l'on emporte dans ses bagages.
Oui, je sais, j'ai l'air de cracher dans la soupe, moi qui suis toujours en transit. Mais justement, au delà des excitations et curiosités passagères j'ai toujours la même tronche, les mêmes préoccupations et les mêmes interrogations. Aucun mouvement géographique ne dépayse de soi.
De plus, pour peu que l'on se donne la peine d'observer, on se rend compte que quelle que soit la scène, l'homme est invariable, majoritairement égoïste et indifférent aux autres  sous n'importe quelle latitude. Parfois, une vraie rencontre, mais cela peut se produire n'importe où, n'importe quand.
Et alors, quel est le vrai voyage ? Je pencherai, en ce moment, vers l'option du voyage intérieur : lecture et réflexion dans un statisme dynamique qui, en vous retranchant du monde, vous donne la perception vertigineuse de vous même.
Belle image que celle d'Elisabeth d'Autriche, vagabonde de luxe, traînant son asthénie et son désenchantement dans le long ennui de ses traînes noires. Elle n'échappa ni à elle même ni à son destin.
Cependant, et pour être positif, les jours de vacance me sont précieux pour retrouver Charles "en continu".

BLOG EN R.T.T.

Je serai moins assidu, mais vous me manquerez, je ne résisterai donc pas à la tentation des cyber.

Dans cette phase de semi-vacance je repense à tout ce qui s'est agité dans la blogosphère depuis mon irruption dans ce monde pas si virtuel que ça. On en reparlera.
J'en viens à une première constatation : on commence ce genre de littérature (c'est une forme de littérature) avec l'ambition d'être élevé, intelligent, drôle, etc.
Mais peu à peu on glise vers l'anecdotique, la complaisance un tantinet narcissique de soi. C'est agréable, mais vous méritez quand même mieux que les pets en travers du matin ou les petites joies naïves de la journée.
Peut être est-ce le côté "journal" du genre qui nous y amène ?
j'essairai pourtant, sans pour autant "me la péter" ni "me/vous prendre la tête" d'avoir un niveau d'exigence moins lénifiant.

GADGETS ET PSEUDO-MYSTICISME

Là, je fais fort, je vais faire de la peine à certains que j'aime, allez hop, je les cite et rien ne me sera plus doux que leur pardon, ; donc je réclame l'indulgence et l'absolution de :

  1. Ghislaine pour Le Seigneur des anneaux

  2. Giorgino pour son poupon dodelineur du bureau

  3. Sté pou les mangas

Je ne veux pas mourir dupe ni victime des "tendances", vous avez le droit de me ranger dans le tiroir des vieux schnocks mysonéistes (ce qui serait une grave erreur, na !) mais tout de même, cette ruée, depuis le début du siècle dernier, vers ces interrogations existencielles de pacotille, ce monde binaire et schizophrénique du minuscule et faible héros triomphant de par sa vertu des conspirations les plus monstrueuses. l'arrogance irritante parce que subliminale de ces élus de Dieu (ou des dieux). Et ce fatras mystico-légendaire de maternelle. RAS-LE-BOL.
Et si notre époque s'essayait à une vraie réflexion.
Choisir le vrai chaman, le passeur adéquat,le modèle exigeant, la voie étroite, quoi.
Quant aux gadgets, voila t'il pas qu'ils s'animent, maintenant : il faut nourrir et flatter son taga-ché-plus-quoi (me dites pas le vrai nom, je réoublierai) qui, faute d'attention périra. Et tout ce fatras en plastoche qui vous sourit benoîtement, ce ne serait pas là la nouvelle génération des nains de jardin ? (Ouïe, là je me fais scalper)
Ah oui, je déteste Dysneyland,cette machine à briser le rêve en vous restituant les masques monstrueux des personnages qui peuplaient le monde névrotique de votre enfance. Le lucre a tué Mickey, ça on s'en consolerait, mais Donald, non, Donald tué par son bec en plastique et sa bedaine en peluche acrylique, ça on ne peut le pardonner.
Et moi, le suis-je ?
Euh, oui je sais, mais je n'en suis pas à une contradiction près : j'ai très envie d'un lapin nabaz-machin. (dit d'un ton gêné et les paupières baissées, surtout qu'au niveau de la déco, sur un bureau Louis XV...)

J'ai hâte de vous retrouver avant que d'être parti.

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jeudi 16 mars 2006

Cadet Rousselle

Comme lui, j'ai trois maisons, mais là s'arrête la comparaison, car les miennes ont poutres et chevrons, il peut y nicher des hirondelles, mais je ne fais jamais peur aux demoiselles.

Demain soir, au revoir Paris, au revoir Charmes et Belle la plus belle des chiennes, je vais passer deux semaines à Marrakech et retrouver son habitante pérenne : Mimi.

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Voici Mimi, mon fauve préféré

Mimi va sur ses sept ans, elle devrait donc avoir l'âge de raison, mais pensez donc c'est la plus adorable des traîtresses, refusant de se faire caresser quand vous avez une petite remontée de tendresse, sautant sur votre journal quand, elle, a envie d'être flattée, ronronnant comme un soufflet de forge pour tout à coup, inopinément, crac, planter ses petites griffes et ses crocs acérés sur votre main. Oh pas trop fort, mais suffisamment pour vous donner des envies de meurtre qu'elle prévient par une fuite instantanée.

Donc, dès demain, je retrouve les labyrinthes de mon quartier, les embrassades de tout un chacun qui transforment le trajet de "Bab el Ksour" porte d'accès à la médina la plus proche de chez moi à mon "derb" (ruelle cul-de-sac) en un parcours du combattant de vingt minutes, alors qu'à une cadence normale, il ne devrait pas excéder les cinq.
Mais c'est si bon cette sollicitude, ces cris de gosses : "Henriiii, Henriiii..." ou "Redouane, Redouane..." (mon prénom de là bas), c'est le début de la pénurie de bonbons et de chocolat de marque espagnole "maruja"pour les boutiquiers que je pille afin d'obéir à tant de sollicitations.

Nous avons acquis cette maison il y a de cela onze ans, lorsque ce caprice ne donnait pas de tachicardie aux banquiers sollicités. J'aime moins le Marrakech actuel d'affairistes, "jetsetteurs" ou touristes-de-masse laids, vulgaires et arrogants que dégueulent à pleine portières les cars Fram.
Mais dans ce monde en mutation, nous avons su rester des fils du quartier (ouled la oumma'a), quelques mots d'Arabe , chose rare et donc appréciée chez un Européen, sont un sésame pour le coeur et les portes des habitants ; c'est d'ailleurs cela qui donne à mes déambulations en médina des allures de campagne électorale.
En plus de Redouane, je suis communnément appelé "Chitan" (Diable) c'est justement mérité compte tenu de mon esprit facétieux et insolent qui brave tous les tabous avec force sourires et, donc, sans blesser.

Et puis il y aura le soleil, les chants des muezzins transformant cinq fois par jour la ville en vaste élan vers Dieu. Et la cuisine de Khadija (chic, ni fourneaux ni évier pendant quinze jours).
Et puis il y aura Mimi, ses ronrons et ses perfides attaques.
Et puis il y aura les cybercafés pour que je continue à vous enquiquinner de temps en temps.

Vous n'êtes pas encore débarrassées de moi... Inch' Allah.

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lundi 13 mars 2006

Vestige de jours

Au hasard d'un rangement, ce document, surgi du passé et du fond d'un tiroir depuis longtemps fermé, me jaillit en pleine mémoire.  C'est un très ancien feuillet, détaché d'un carnet de commandes de bistrot.
Compte tenu du support, je devais encore à l'époque, habiter à Bordeaux.

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Une signature oubliée donne vie à deux phrases qui submergent mon esprit dans un sentiment de douce nostalgie.
Jamais la nostalgie n'est si envahissante, obsédante que quand on ne peut la rattacher à rien de précis. Quand seule la musique du moment enfui flotte, insinuante et obsédante dans les zones subliminales de notre entendement.
Ces réapparitions vous envahissent de leur  parfum suranné semblable à celui des violettes ou des pensées prisonnières des pages de livres naguère lus.
Suavité doucereuse des momies d'émotions passées.

Le temps a effacé de ma mémoire l'auteur de ces mots qui aujourd'hui me bouleversent.
J'essaie de décrypter le paraphe qui, hermétique, reste lourd de mystère. Il ne surnage du passé que l'émoi amorti de ce qui a été.

Non, je ne me souviens plus de l'auteur, qui pouvait'il bien être ?
Quelqu'un qui a du m'aimer ; l'ai-je aimé ?
Si nous nous sommes aimés, de quelle sorte ? L'amour peut revêtir tellement de formes ; séduction intellectuelle, reconnaissance de deux champs d'esprit parallèles mûs par une quête identique, conjonction de deux solitudes, embrasement des sens vécu jusqu'à quel registre, quelle intensité ?
Rencontre fortuite où hasard et éphémère nous jouent la comédie de l'éternité ?
Ou quelle autre forme encore ? Aucune amour ne ressemble à une autre, elles restent toutes uniques et ne peuvent en aucun cas servir de référence ou d'exemple pour celles à venir.

L'auteur de ces lignes m'a t'il offert une plage de sérénité ou de paix ? M'a t'il fait pleurer ou rire, ou bien les deux...
Ai-je attendu dans la crainte impatiente ; m'a t'il, lui, espéré dans la fièvre et l'anxiété ?
L'un a t'il été pour l'autre un repos de l'âme ? Combien de temps ?

Je retranscris les deux phrases surgies du néant, oubliées au fond d'un tiroir.
Je les trouve très belles, pas vous ?

"On ne méprise pas ceux qui ont du vice, mais tous ceux qui n'ont pas de vertu, alors que la vertu est l'appât du vice."

"Pour un coup de dent j't'arrache les yeux, fais moi une place dans ton linceuil, quand y'en a pour un, y'en a pour deux."

Les feuilles mortes, pas si mortes que ça, continuent leur ronde imprécise et sans but dans les méandres paresseux des émotions enfouies.
La vie, la vie qui passe...

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vendredi 10 mars 2006

On n'entre pas

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Cette sculpture ne vaut que par le miroir dont elle constitue le cadre.
Je l'ai acquise, il y a fort longtemps dans une brocante d'Egreville aujourd'hui disparue. D'emblée j'ai su qu'elle était liée à moi.
Vue de dos, on ne distingue qu'un lourd drapé dissimulant les courbes d'un corps de femme très Art Nouveau, femme végétale comme celles que dessinait Mucha.
En se déportant sur la gauche, le miroir qui fait corps avec la sculpture dévoile l'anatomie de la jeune personne qui, mutine, dans une expression ambigüe faite de désir de transgression assumée et de retenue affichée s'apprête à franchir le miroir.
L'amour, ailé, malicieux et complice toque à la paroi de verre.

Le titre de la composition est :  On n'entre pas

En fait, cet univers symboliste rejoint l'obsession de Cocteau, si poétiquement mise en scène.

Qu'est ce miroir ?
Qu'y a t'il derrière la surface des choses ?
Qu'est ce qui se cache derrière la transparence impénétrable d'un regard ? La cruauté sous une savante humidité ? la tristesse derrière l'insolence cynique des yeux ? La joie masquée par une quiétude feinte ?
Que disent les yeux derrière ce qu'ils expriment ?

Et ce sourire attirant ? Ne vois-tu pas les crocs prêts à mordre qu'il dissimule ? A moins que le rictus de défi ne soit le masque d'une infinie tristesse...
Et les sourires navrés qui font mal, et ceux de mépris qui éboulent les certitudes de soi.
Sourires mondains, remparts de toutes les bassesses et les compromissions.

Rires en cascade qui justifient les yeux mouillés par les larmes.

On ne saura jamais ce qu'il y a de l'autre côté du miroir, personne n'en est jamais revenu.
C'est l'expérience ultime, le transit fatal, la fin des rêves et des ambitions.
Qu'emportons nous au delà du miroir des soubresauts capricants et contrastés de nos vies ?

Trouvent'on enfin l'apaisement, où bien les regrets de nos misères nous acharnent'ils sur le tain, sur l'envers du miroir, pour vainement essayer de repasser la frontière en sens inverse ?

Miroir : point de jonction de l'en deça et de l'au dela. Mais dans quel sens ?

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jeudi 9 mars 2006

Peau d'Âne

Elle se para d'une robe couleur du Temps...

Mais de quel temps, au fait ?
Celui qui passe ?
Celui qu'il fait ?
Celui qui, joint aux distances, guérit, efface et annihile ?
L'histoire ne le dit pas, alors, je m'interroge.

Le sillage de la traîne de Peau d'Âne était-il de regrets et d'amertumes, d'opportunités insaisies ou d'initiatives malheureuses ?
Ou bien le tissu précieux qui caressait le sol était'il son passé, ses actions, ses amours qui peu à peu avaient construit la jolie et intéressante princesse qu'elle était ?
Peut-être cette queue d'étoffe était'elle tissée de tout cela.

Et la couleur ?
Temps de naufrages glauques et virides ?
Temps de mer étale encore plus bleu que le ciel ?
Peut être cette couleur était le rose diapré des aurores de printemps, à moins qu'elle ne fut sanglante comme un ponant d'orient.
Etait'elle bayadère comme l'arc qui fait chanter la terre lorsque le ciel pleure en soleil ?
Ou du vert crissant des palmiers de légende...
Nacrée comme un matin de gel ou incandescente comme une éruption volcanique ?
Hésitait'elle entre l'argent et l'or comme les petits matins d'hiver par temps clair ?
Ou bien cette couleur était'elle le dramatique combat du jaune sulfureux et des gris de plomb des orages d'été ?

Et le temps, dans tout cela, le temps que l'on tue alors que c'est lui qui nous anéantit, le temps qui émousse le souvenir des étreintes les plus torrides et ferme les plaies que nos vanités font croire iéternelles.
Le temps d'avant et celui d'après qui entre regrets et illusions voilent le temps qui est et qui n'habitera notre conscience que lorsqu'il sera passé. Pathétique gestation de souvenirs morts-nés.

Les horloges qui le ponctuent en nous éjaculant en pleine gueule les rides qui s'imprimrnt sur notre temps, notre temps de vie.
Les méplats qui compromettent l'ovale du visage et affaissent l'arrogance déja passée d'un col de marbre.
Le temps qui transforme en ennemi, l'allié que fut le miroir.
Petit miroir, petit miroir, surtout ne me dis plus rien, puisque tu n'as pas su garder en toi mes péchés de vanité.

Pourquoi donc Peau d'Âne n'arborat'elle pas tout simplement une robe couleur d'oubli galonnée d'inconscience ?

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mardi 7 mars 2006

Extases dyonisiaques

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Il a fallu que ce diablotin de Sté fasse un billet sur la bouteille de vin qu'il a dégusté, apparemment en bonne compagnie, ce week-end.

Et, vlan ! en pleine période d'abstinence ( j'entame mon sixième jour), mes sens ne sont qu'appels de rubis ou d'ambres chantant dans leur prison de verre.

Eh bien, voici donc mon chant au vin, la plus belle alchimie résultant de la rencontre des  dons de la terre et de l'art de l'homme.
Tout d'abord, respecter le vin dans sa spécificité, ne pas céder à la mode lénifiante des raccourcis, style champ, bordeaux, chablis, etc.
On parle, comme au dix-huitème siècle, qui lui savait vivre, de vin de Champagne, vin de Bordeaux, vin de Tokay... Vous remarquez que par la même occasion les origines retrouvent leur majuscule.

Autre cancer qui affecte aussi nos crus : le désir de simplification et d'uniformisation des goûts.
Foin des boisages intempestifs et focalisation sur les seuls cépages. J'ai entendu dire par un français courtier en vin à Londres qu'il ne propose plus de vins français, trop compliqués, parce que les gens, en sortant du bureau, voulaient un vin immédiat, simple et sans grille à déchiffrer.
Comme si on "se jettait" un verre de vin au sortir du bureau !
Le pire c'est que par seule logique marchande, nous "boisons" à tout va en France, on pense même enlever le vocable "château"  des appelations car il paraîtrait que ce mot crée de la distance et intimide.

Le miracle du vin c'est une alchimie subtile et complexe entre des cépages, un terroir avec ses contraintes climatiques et un savoir faire respectueux des saveurs qui doivent naître et fleurir de cette conjonction grâce aux vrais maîtres de chais qui savent écouter, regarder, réfléchir.
Ce sont les noces de Gé et de l'esprit humain.

Partant de là, pour celui qui prend le temps de déguster et non de boire, quel plaisir que de caresser le nectar des yeux lorsqu'il est versé dans un verre, quel bonheur de le faire délicatement osciller pour saisir le jeu des fulgurances et des puits d'ombres qui entrent alors en jeu selon les caprices de la lumière, quel délice, enfin, de le reccueillir en bouche, ne surtout pas l'avaler tout de suite, le laisser se présenter, s'affirmer, envahir et fleurir le palais tout entier avant d'aller enchanter le corps entier par l'état de grâce et de quiétude dont il nous fait don.

Tiens, histoire de ne pas finir sur une note trop "jolie" rappelez-vous le mariage de Mademoiselle Arnaud où il y a tant à dire sur l'opportunité des vins (très chers) par rapport aux mets. Et surtout, Monsieur Arnaud posant devant l'indispensable appareil à décanter le vin à la chandelle avec...
... Un vin blanc.
Comme si la transparence de la robe du vin blanc requerrait l'usage de la bougie lors de la décantation !

Vous avez envie de relire Le Bourgeois Gentilhomme ?

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dimanche 5 mars 2006

Poulet derniers outrages

Non, ne raignez rien, mon blog ne va pas devenir un recueil de recettes culinaires pas plus qu'un compte rendu des agapes de mes déjeuners ou dîners sucessifs.

Cependant, mon déjeuner de ce jour, à Charmes, vaut plus par la signification du plat présnté que  par l'originalité ou la qualité du menu.

Voilà ; nous avons dans notre petite communne de Charmes-en-l'Angle une modeste et charmante  église qui, mis à part quelques cas exceptionnels ne voit jamais de célébration. Pensez donc,un office dans une localté deeuf habitants alors qu'il dessert vingt-deux paroisses.
J'ai ien essayé de lui faire entendre que, quand on a la foi,je ne voyais pas la différence entre vingt-deux et vingt-trois, rien à faire, notre entêté pasteur breton ne pense pas que a foi qu'il professe est censée déplacer les montagnes...

Ce prêtre (Dieu l'ait en sa bonne et sainte garde) ne daigne nous honorer de son ministère que très rarement, la dernière fois c'était il y a deux ans pour le mariage de ma cousine Florence, vous pensez, un mariage "parisien" avec débauche de capelines et de talons-aiguilles dans notre si rurale contrée devait flatter son égo.
Ajoutez à cela la bonne chère...
Depuis, plus rien, j'ai beau lui faire la danse du ventre, pas question d'avoir ne serait-ce qu'une messe annuelle.
Il n'es pas non plus possible, sans démarches et autorisations diverses et compliquées de faire dire la messe par un prêtre ami dépendant d'un autre diocèse.
L'Eglise est devenue d'un administratif...

Quoi qu'il en soit je vais être parrain de la petite Adèle le 24 avril et nous aurions désiré, à cette occasion, faire revivre notre humle Demeure de Dieu.
Rien à faire, ce sera dans un village proche à la fin de la messe qui ya lieu ce jour-là que ma filleule sera baptisée.
Cependant, ce dimanche, et afin de régler les derniers détails, j'ai eu notre pasteur à déjeuner.

Je tenais cependant à avoir ma revanche, voilà comment j'ai scellé mon abominable forfait, ma secrète revanche:

Eh bien, en plein carême, j'ai fait manger à ce brave Ministre du Culte un poulet deshonoré, ayant subi les derniers outrages, oui, vous avez bien compris : Un poulet sodomisé.
Pas par moi, rassurez-vous, à mes nombreuses dépravations je n'ai pas ajouté la zoophilie.
Simplement, je dispose d'un plat à four assez spécial que ma soeur Marie-Emilie m'a ramené de Logroño (Espagne) et qui permet une savoureuse cuisson de la bête au moyen de ce que ces illustrations vous décriront mieux que ma littérature.

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L'objet du supplice, et... lobjet supplicié

Je compte tout de meme sur la miséricorde divine, n'oublions pas que j'en suis à mon cinquième jour sans alcool...

Tiens, j'a déja perdu 500grammes !

Posté par Henri_Pierre à 23:33 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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